SCÈNE XI
CAUVELIN, MADAME GAUVELIN, MONTRET, JENNY.
.TENNY, ne pouvant plus se contenir.
Cela ne peut pas être ! Cela n'est pas juste I Cela ne sera pas !
MADAME CAUVELIN.
Bien!
LA CONSCIKNCK U !■: l/fcNfANT -^lô
GAUVELIN, avec colère.
Que dis-tu ?
MONTRET^ dont la douleur s'exaspère.
Merci, Jenny, pour ce cri de ton cœur généreux. Mais cela sera, car je le veux ainsi! A quoi me servirait le droit de voir l'enfant, de l'embrasser quelquefois? Pensestu que de pareilles entrevues soient bien réjouissantes pour moi? ou aurais-tu la pensée de me ménager de l'amour filial par obéissance? Ohl non, pas de cela! Ce n'est pas cette séparation de fait qui importe, mais l'état d'âme qu'elle consacre. Tu as vu avec quelle perfection on a desséché le cœur de notre enfant, fanatisé son esprit, tué en elle toute confiance et toute pitié ! Il est odieux qu'on ait fait cela, mais le mal est fait!
GAUVELIN. se dressant.
Vous avez prononcé un mot étrange, monsieur!
216 LA CONSCIENCE l)K L'ENFAM
MONTRET.
11 m'a échappé, monsieur, mais puisque je suis moins fort que je ne croyais, tant pis! Vous saurez ce que je pense! Je ne quitterai pas celte maison sans vous avoir demandé compte de l'enfant que j'ai perdue!... Certes, monsieur, je n'ai pas été un modèle de pureté ! Mes actions n'ont pas toujours été bien honnêtes! Mais elles n'étaient pas faites pour être jugées par ma fdle dont l'innocence et le sentiment filial devaient être respectés.
G AU VELIN, frémissant.
J'ai dit la vérité à ma petitc-fdle, la vérité cruelle et salutaire. Je lui ai donné l'enseignement qu'elle ne pouvait trouver dans votre exemple. Je lui ai appris le respect de la loi, le sentiment de la justice, la religion de l'honneur!