‹ La conscience de l'enfant; comédie en quatre actesChapitre 45 sur 54 · MONTRE T · texte numérisé non relu

MONTRE T

Allons donc, monsieur, vous avez agi par jalousie, par manie autoritaire! Vous avez agi pour me faire du mal, pour me rendre mon foyer inhabitable ! Car vous me détestez, moi qui fus aime de votre lille ! Et voilà pourquoi vous avez pénétre dans un jeune cœur sans défense^ pour m'y voler le bien précieux qui m'appartenait, ce qui était le meilleur de mon être, l'essence même de ma chair et de mon sang : la tendresse de Germaine !

GAUVELIN.

Vraiment, monsieur, je vous admire !

Vous vous permettez d'élever la voix et de me demander compte d'un amour que vos actions ont détruit bien plus que mes paroles! Certes, monsieur, je vous hais! je vous

hais de toutes mes forces....

JENNY, effrayée.

Pore... père...

GAUVELIN, se contenant.

Mais ne rabaissez pas ma haine au mobile d'une jalousie mesquine ! Je vous hais parce que vous compromettez mon nomi Je vous hais parce que nous ne sommes pas de la môme espèce! que dis-je? parce que nous sommes les éternels adversaires, vous, le violateur, moi, le défenseur de la loi!

MONTRET.

Si vous me haïssez, pourquoi me jugezvous? 3

Vous m'accusez de vous avoir volé ce

qui vous appartenait en Germaine? Je l'ai

fait pour sauver ce qui m'appartenait en elle !, y

'y pour que l'esprit de ma race ne soit pas

faussé par votre influence !

LA CONSCIENCE DE LENl'ANT Ul9

MONTliKT.

Vous n'aviez pas le droit d'agir ainsi!

GAUVELIX.

C'était mon droit^ monsieur^ de mettre dans la conscience de l'enfant, l'idéal que vous ne pouvez comprendre, d'une famille dont vous n'êtes pas!

MONTRET.

11 fallait laisser cette conscience à ses propres lumières ! Il ne fallait pas, de vos mains brutales et passionnées, manier cette fleur délicate!

GAUVELIN.

C'était mon droit et mon devoir d'arracher de ce cœur loyal des sentiments dont vous (Mes indigne !

JENNYj se jelaut eiilru les deux hommes.

Assez, père, assez! Je ne puis supporter

cela! Je connaissais ton hostilité pour Georges, mais je ne savais pas à quel point tu le haïssais ! Ah I je suis bien coupable, car j'avais répondu de Germaine à son père!

MONTRET, ému.

Jenny !

JENNY, continuant avec emportement.

Et je n'aurais pas dû te laisser commettre cette mauvaise action !

(^.AU VELIN, sévèrement.

Tu oublies à qui tu parles !

JENNY» changeant de ton.

Non, non, je parle à mon père, à mon père bien-aimé... qui sait quel amour on a pour ses enfants... Quand la passion nous aveuglait, quand nous doutions que Georges fût un bon père, nous étions excusables... Mais il n'est plus possible, après l'explosion

de sa colère qui n'était qu'un cri de souffrance , de nier son affection pour Germaine...

fCAUVELIN.

11 devait la prouver par des actes, et non par des paroles!

JENNY, menaçante.

Père, il faut respecter, chez un autre, ce que tu veux qu'on respecte chez toi!

CAUVELIN.

Respecter quelque chose chez monsieur?

MADAME CAUVELIN.

Prends garde !

CAUVELIN.

A quoi ? Je suis le maître ici ! (a Jenny.) Où donc est ta dignité d'épouse? où donc est la femme révoltée de tout à l'heure?

222 LA CONSCIENCE DE f/ENFANT

JENNY, avec un accent profond de reproche et de doaleur.

Tu n'as pas besoin de nie rappeler la blessure de la femme. Comment pourrait-elle l'oublier? Mais je ne suis pas seulement une femme, je suis une mère! Je viens de sentir que le père et l'enfant sont attachés en moi et qu'en les arrachant l'un de l'autre, c'est mon cœur même qu'on déchire !

GAUVELIN.

Que demandes-tu donc?

JENNY

Je demande que les droits du père soient respectés...

CAUVELIN.

C'est impossible!

MADAME OAUVELIN.

Prends garde!

GAUVELIN.

C'est impossible!

JENNY, hors d'elle-même.

C'est impossible? Eh bien ! soit! Tout est fini entre nous I Puisque tu as appris à mon enfant l'ingratitude liliale, je profite de la leçon! Ce que tu as détruit dans l'àme de Germaine, je l'arrache de la mienne! Et puisque tu veux que ma fille n'ait plus de père, tu n'as plus de fille !

GAUVELIN.

Il en sera ce que tu voudras! Ose donc pourtant faire le malheur de ton enfant, et empêcher son maria^ avec l'homme qu'elle , aime.

JENNY» reste ua moment frappée de stupeur, puis elle va se jeter aux pieds de sa mère.

Mère, toi qui es si bonne et dont le senti-

ment est si pur, conseille-moi, je t'en prie ! Dis-moi quel est mon devoir le plus sacré 1

MADAME GAUVELIN, regardant sa fille dans les yeux.

Il n'y a pas d'autre devoir pour toi, mon enfant, que d'ofcéir au cœur que tu as!

JENNY, se relevant, résolue. Alerci ! (^Elle va à la porte. — Appelant au dehors.)

MM. Richard!... Germaine!...

Anxiété de tous, un silence. Germaine entre, suivie des Richard.

MONTBET.

Quelle est ton idée?

JENNY

Tu vas le savoir.

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