SCENE V CAUVELIN, seul, puis RICHARD
CAUVELIN, à lui-même.
Plus lard, je m'occuperai d'Emmanuel !
Pour le moment, c'est Germaine qu'il faut sauver, qu'il faut mettre à l'abri, en la mariant tout de suite! Pourvu qu'il ne soit pas
trop tard! (Appelant.) lîicliard! (Richard rentre
en scène.) Dis-moi, mon ami, quand marions
nous les enfants? Nous devrions fixer une date.
RICHARD
Je le disais à Jean^ ce matin. Mais il objecte des travaux et demande encore un délai.
GAUVELIN.
Il faut en finir !
RICHARD
C'est mon avis.
Tant que ce mariage ne sera pas fait, je ne serai pas tranquille.
RICHARD: étonné.
Que crains-tu donc?
GAUVELIN.
Oh! rien de précis.
RICHARD
Tu n'as pas l'air dans Ion assiette, aujourd'hui, mon vieux Cauvelin. Qu'ya-t-il? Une pique avec ton gendre?
CAUVELIN.
Cela ne serait rien ! . . .
RICHARD
Hum I Allons, dis-moi tes tristesses ! Nous avons ét('' unis, depuis le collège, d'une amitir d'un tel métal qu'elle a résisté à toutes les causes de rupture. Tu as eu beau monter en haut de l'échelle, devenir président à la Cour de cassation, et moi, rester sur l'un des bas échelons, modeste capitaine au long cours, nous nous sommes restés fidèles, ce qui est très beau, surtout de ma part! J'ai donc droit à ta confiance!.. Ton fils Emmanuel, peut-être?
CAUVELIN, avec empressement.
Il est, en effet, un de mes graves soucis.
RICHARD
Il me paraît pourtant un bon enfant, soumis, respectueux, et qui fait son chemin...
CAUVELIN.
Oui, mais il n'est rien par lui-même. Il ne sait qu'exploiter mon nom et vivre en rentier sur le capital de considération que j'ai acquis.
RICHARD
Eh! bien, mais c'est trùs légitime^ ça! Cette considération est une propriété de famille. Si tu as pu, par tes œuvres personnelles, augmenter l'éclat de ton nom, c'est que tes ancêtres, par leurs aspirations, par leurs mariages entre gens de bonne race, ont aboiili au produit. .. siipiMiciir (pic lues... Ms oiil travaillé dans les travaux, ils oui ai^i
dans tes elTorts, c'est leur conscience qui vit en toi. Tl est donc juste que tu partages avec ton lils un honneur qui est un patrimoine commun !
CAUVELIN.
On parle ainsi quand on a un^fîls comme le tien...
RICHARD
Chez nous, c'est autre chose. Mon fils est, comme qui dirait, la fleur de ma race. Je me sens honoré, anobli par lui, suivant l'idée des Chinois qui pensent que la noblesse remonte les générations.
CAUVELIN» méditant douloureusement.
Heureux Richard ! Ta race prospère ! Et la mienne décline !
RICHARD
Pas dans la personne de Germaine, la brave enfant. Je partage ton impatience au
sujet du mariage. Je l'adore, moi, cette petite I Aussi tu as raison... Voici Jean. Laissemoi un instant, je vais le secouer!
Gauvelin sort, Jean entre.