‹ La conscience de l'enfant; comédie en quatre actesChapitre 7 sur 54 · SCENE IV GAUVELIN, MADAME GAUVELIN · texte numérisé non relu

SCENE IV GAUVELIN, MADAME GAUVELIN

(^AUVELIN, q'ii a suivi des yeux Montret.

Quelle tristesse de devenir vieux !...

Il marche avec énervement.

MADAME CAUVELIN.

Mon ami, pourquoi t'agites-tu ainsi ?

CAUVELIN.

11 y a des choses que je ne puis voir sans que mon sang bouillonne !

MADAME CAUVELIN

A notre âge...

CAUVELINj vivement.

Je me sens encore plein de vigueur !

MADAME CAUVELIN.

Tant pis ! A notre âge, les passions doivent être mortes. Notre rôle est fini. Nous n'avons plus qu'à être des spectateurs. Et encore, ne devons-nous voir que ce qu'on veut bien nous montrer.

CAUVELIN.

Je ne puis supporter qu'Emmanuel laisse son honneur, le nôtre, se noyer dans une passion indigne !

MADAME CAUVELiN.

Une passion siuc^ro n'est jamais indigne.

GAUVELIN.

Et je puis supporter encore moins que Jenny et Germaine soient entraînées dans le gouffre qui s'ouvre sous les pieds de Montre! I

MADAME GAUVELIN, se levant.

Crois-tu donc qu'un malheur est proche ?

GAUVELIN.

Je n'ai que trop de raisons de le croire !

MADAME GAUVELIN.

Je suis sûre que tu te trompes. J'ai confiance en Montret.

GAUVELIN.

Pourquoi ?

MADAME GAUVELIN, simplement.

Parce que ma fille Palme.

CAUVELIN.

Comment peut-on aimer un homme pareil ? Gomment peut-on aimer une femme comme cette Eva !

MADAME CAUVELIN.

C'est si naturel !

CAUVELIN.

Quoi ! tu prends la défense, toi, le modèle de toutes les vertus, d'un aventurier d'affaires qui n'a aucune idée de l'honneur, et d'une coquette, prête à toutes les fautes, si elles ne sont déjci commises !

MADAME CAUVELIN.

Tune les as pas toujours aussi mal jugés.

CAUVELIN.

Sans doute ! Montret m'a séduit tout d'abord, comme il séduit tout le monde, avec son adresse de parole vA sa souple intelligence. Mais quand je lui ai donné ma lille,

qui s'était follement éprise de lui, je pensais que son activité s'cxercoiait uniquement dans l'industrie, et j'ignorais le joueur effréné qu'il est, et dont l'audace ne connaît

plus (le bornes ! (Madame cauvelin fait un signe pour lui faire baisser la voix.) Quant à Eva, parbleu ! elle était une charmante jeune fille. Cependant, j'aurais dû voir plus clair. La futilité de son esprit et le milieu de luxe malsain où elle avait été élevée, auraient dû me donner des inquiétudes... Mais, voilà! les soucis de ma propre carrière m'absorbaient entièrement à cette époque, et j'ai marié mon lils comme on marie ses enfants aujourd'hui... légèrement... sur la recommandation banale de gens qu'on connaît à peine! C'est un lourd remords pour moi.

MADAME CAUVELIN.

Regrette donc ces unions, si tu ne peux faire autrement^ mais regrette-les tout bas...

LA CONSCIEiNCE DE I/ENFANT 43

Et si, par malheur, tes prévisions se justifiaient, tùche de faire croire que tu n'en sais

rien. (Mouvement de Gaiivelin.) Il faut laisser

ses enfants vivre comme ils peuvent. Il faut avoir confiance en ceux qu'on aime. Bénissons leur destinée, mon ami, et surtout... respectons-la!

CAUVELIN.

Alors, tu voudrais donc?...

MADAME CAUVELIN.

Je voudrais que mes enfants fussent heureux, tout simplement.

CAUVELIN.

Moi aussi ! mais je no crois pas qu'on puisse l'être en dehors d'une situation honorable !

MADAME CAUVELIN, qui est arrivée près de la porte de son liôtol.

Mon ami...

C AU VELIN, allant lui prendre la main.

Ne le tourmente de rien.

Il remonte.

MADAME CAUVELIN. le regardant s'éloigner.

Hélas ! Que de chagrins nous avons en core devant nous.

Bile rentre dans l'hôtel.

Page 1