‹ La conscience et la foi (volume 2)Chapitre 14 sur 23 · ET L'£6LISE · texte numérisé non relu

ET L'£6LISE

l'Église. Maintenez tous vos droits : vous le devez à vos enfants ; ne permettez pas qu'ils soient frustrés un jour des libertés dont vous jouissez et dont ils doivent jouir après vous. Ne permettez pas que notre libre et large Eglise dégénère jamais pour eux en une secte clroitemenl tyrannique et leur fasse subir une domination dans laquelle ils ne sont pas nés. Ne souffrez pas qu'on leur présente la religion sous un jour faux qui vicierait leurs rapports avec leurs concitoyens et leur rendrait difficiles toutes les relations de la vie. Maintenez tous vos droits : vous le devez à vos pères ; ne reculez pas en arriére ; ne détruisez pas follement les progrès qu^ils ont lentement opérés, n'abdiquez pas les privilèges qu'ils vous ont conquis. Maintenez tous vos droits : vous le devez à votre patrie et à votre siècle, qui cherchent une Église vraiment libre, où la pensée, la science, la vie, aient la liberté de leur développement légitime. La responsabilité de l'Église du libre examen, en ce temps de crise universelle, est immense, et une foule de catholiques ou de philosophes,

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quand on leur propose un protestantisme aussi intolérant et aussi peu respectueux des droits individuels que TÉglise de Rome, s'en détournent avec un juste mépris» et souvent, hélas! renoncent à Jésus et à Dieu même. Maintenez tous vos droits : vous le devez enfin à Dieu et à Christ; vous êtes infidèles au mandat qu'ils vous donnent» et ingrats après avoir été comblés d'inimunités et d'avantages spirituels, si vous trahissez la sainte et grande cause de la liberté protestante. Votre abandon ne la perdrait pas, elle ne peut pas être perdue (que tous le sachent bien !); mais votre abandon, votre ingratitude, votre lâcheté, entraveraient^ retarderaient son développement et sa victoire.

Laissez mourir de vétusté les dogmes faux et les formes abusives, et voici ce qui en résultera : Dieu règne ; Christ parle, son Évangile touche les cœurs; la vérité gagne les espritSi les consciences s'affermissent et s'élèvent ; les justes droits ^ont compris, défendus, exercés; la liberté triomphe de toutes les ambitions dominatrices et de toutes les peurs; le monde incrédule admire et vient de plus en plus s'enrôler

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sous une bannière si libre. Le catholicisme s'use , délaissé par qniconque a réellement une conscience indépendante ; et le temps approche où rÉglise, unie par la profondeur du sentiment chrétien,malgré toutes les diversités des esprits, adoptera pour mot d'ordre, pour signe de ralliement, pour seule confession de foi, l'accomplissement de ce magnifique oracle de Jésus, si peu réalisé jusqu'ici : c C'est à ceci que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. »

(1) Édition Hegnier, t. II, p. 364.

(2) Ce que je blâme ici, c'est un mauvais choix des frag-^ ment 8 de l'Écriture désignés pour être lus dans les temples anglicans. Je n'oublie pas que l'Église d'Angleterre, malgré les XL articles de sa confession de foi, malgré les symboles des Apôtres, d'Athanase et de Nicée, qu'elle lit dans son culte, n'est nullement fermée de nos jours à l'esprit de progrès. A distance presque égale d'un parti qui se nomme lui-même évangélique et qu'on appelle aussi basse Église (parti dont l'intolérance et l'étroitesse exercent, en France, une influence très-regrettable) et d'un parti ptuéisle ou ritualiste, qui s'appelle par excellence haute Église, et qui cherche le salut dans les pompes extérieures et l'imitation du catholicisme , il existe un troisième parti, dit Église large, qui est plus modéré et plus éclairé que les deux autres, et qui ne cesse de grandir dans le clergé, les universités, les populations les plus cultivées et, en particulier, à la cour : c'est l'opinion que représentent, avec éclat et autorité, l'évéque de Natal, Golenso ; le

professeur Jowett, à Oxford ; le doyen de Westminster, Stanley, savant de premier ordre, qui jouit d'une haute et puissante influence, méritée par son vif amour de la vérité^ de la justice, du progrès, son vaste savoir^ son grand tact et par un caractère auquel ceux qui le craignent rendent hommage. On entend aujourd'hui, dans mainte Ëglise anglicane, des sermons fort peu orthodoxes, où la vérité franche et hardie offre un contraste caractéristique avec l'antiquité des cathédrales gothiques et les formes imposantes, à quelques égards surannées, du culte officiel.

(3) Ruhens a peint^ pour l'église des Récollets, de Gand, un tableau de grandes dimensions où saint François et Marie s'opposent à la colère du Christ, qui veut lancer la foudre sur le globe terrestre. Dans le fond est un vaste paysage, où Ton voit s'accomplir les crimes qui ont irrité Jésus : le meurtre, le vol, le rapt, l'incendie. Un arc-en-ciel indique au spectateur que la Vierge et le saint Tont emporté. Cette toile est au musée de Bruxelles, tne autre, tout à fait analogue et du môme peintre, est à Lyon ; mais comme elle a été faite pour les Dominicains d'Anvers, saint Dominique s'y joint à Marie et à saint François pour défendre le monde contre le Christ, et d'autres saints personnages concourent à l'action ou en son^ témoins.

A une époque plus reculée, c'était Jésus qui, assisté de sa mère, était représenté comme détournant le courroux de Dieu. Un triptyque d'autel, de Hans Baldung Griin (1478-1545), conservé au musée germanique de Nuremberg, représente une multitude au milieu de laquelle on distingue des moines, des évoques^ un roi, un empereur, un pape, demandant à Dieu la

fin d'une peste. Bans la partie supérieure de la toile, Dieu, en cheveux blancs, portant sur son front la colombe mystique, tire de l'arc contre les hommes ; ses flèches, couleur de sang^, sont lancées plusieurs à la fois vers la terre. A droite et à g;auche, Jésus et Marie sont à genoux: le premier montre à Dieu ses plaies, la seconde son sein. A mesure qu'elles passent entre les deux intercesseurs, les flèches divines se rompent* elles tombent à terre impuissantes. On ne dit pas dans quelle occasion cet ex-voto public a été consacré. Sans être un chef* d'œuvre^ le tableau est loin d'être sans mérite.

(4) Voici les propres termes du symbole dit d'Alhanase et admis par toutes les Églises ou sectes orthodoxes : « Quiconque veut être sauvé doit, avant toutes choses, professer la foi catholique. Kt quiconque ne la gardera pas pure et entière, il périra indubitablement à jamais. Or^ la foi catholique est que nous adorions un Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l'Unité, — sans confondre les personnes ou diviser l'es* sence^ — car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit. Mais la divinité du Père^ du Fils et du Saint-Esprit n'est qu'une. Leur gloire est égale et leur majesté est coéternelle. Tel qu'est le Père, tel est le Fils et tel est le Saint-Esprit. Le Père non créé, le Fils non créé et le Saint-Esprit non créé. Le Père incompréhensible» le Fils incompréhensible et le Saint-Esprit incompréhensible. Le Père éternel, le Fils éternel, le Saint-Esprit éternel. Toutefois, ils ne sont pas trois Éternels, mais un ÉterneL Comme aussi il n'y a pas trois incompréhensibles^ ni trois non créés ; mais un non créé et un incompréhensible. Et ainsi le Père est toutpuissant, le Fils tout-puissant et le Saint-Esprit tout-puissant.

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Et cependantUs ne sont pas trois Tout-Puissants, mais uu Tout- Puissant. Et ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint- Esprit est Dieu. Et cependant ils ne sont pas trois Dieux, mais un Dieu. Et de même que le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur et le Saint-Esprit est Seigneur. Et cependant ils ne sont pas trois Seigneurs^ mais un Seigneur. Car, comme la vérité chrétienne nous oblige de reconnaître que chacune des personnes prise à part est Dieu et Seigneur, aussi la religion chrétienne nous défend de dire qu'il y a trois Dieux ou trois Seigneurs. Le Père n'est fait de quoi que ce soit^ il n'est ni créé, ni engendré. Le Fils est du Père seul, non fait ni créé, mais engendré. Le Saint-Esprit est du Père et du Fils, n'étant ni fait, ni créé, ni engendré, mais procédant. De sorte qu'il y a un Père, non trois Pères ; un Fils, non trois Fils ; un Saint- Esprit; non trois Sainls-Esprits. Et dans celte Trinité il n'y a ni priorité ni postériorité; l'un n'est pas plus grand ni moindre que l'autre ; mais les trois personnes sont ensemble de même éternité et égales en toutes choses. Tellement qu*en toutes choses, comme il a été dit ci-devant, il faut adorer l'Unité dans la Trinité et la Trinité dans l'Unité. Quiconque veut donc être sauvé doit penser ainsi de la Trinité... »

(5) Rédigée par M. Guizot, cette déclaration de principes orthodoxes a été plusieurs fois votée par des conférences pastorales, à Paris et ailleurs. Pour pallier le mauvais effet produit par les lacunes qu'elle présente, on a répondu qu'elle était destinée seulement à affirmer les dogmes attaqués. C'est une pauvre défaite, car les trois dogmes omis sont précisément de ceux que la science et la conscience modernes ont niés ou transformés le plus complètement.

(6) a C^est pourquoi la première règle de notre logique c*est qu'il ne faut jamais abandonner les vérilés une fois con» nues, quelque diflSculté qui survienne quand on veut les concilier ; mais qu*il faut, au contraire, pour ainsi parler, tenir toujours fortement comme les deux bouts de la chaîne, quoiqu'on ne voie pas toujours le milieu par où Tenchaînement se continue. « (Bossuet, Traité du libre arbitre, ch. IV.)

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