‹ La conscience et la foi (volume 2)Chapitre 7 sur 23 · ET L'ÉCRITURE SAINTE · texte numérisé non relu

ET L'ÉCRITURE SAINTE

lia conselenee et l'fterltnre aalnte.

Un des hommes illustres de TAUemagne moderne, également remarquable par la di« gnité de sa carrière politique, par la noblesse de son caractère , par une science aussi vaste que variée et par une piété rare ; un diplomate qui renonça trois fois à son poste d'ambassadeur parce qu'il recevait des ordres que sa conscience n'approuvait pas et qui devint l'ami intime de son souverain sans cesser de demeurer indépendant; un théologien, ultra-orthodoxe et piétiste dans sa jeu-

nesse, dont la foi, tout en devenant plus profonde, devint toujours plus libérale à mesure que son expérience et son savoir s'étendaient, M. de Bunsen ne cessait de répéter pendant son dernier séjour en France, et m'a dit à moimême deux fois, avec l'autorité bienveillante que lui donnaient ses cheveux blancs et sa haute renommée, que la mission des théologiens et des prédicateurs de ma génération doit être de rectifier les idées fausses qui régnent dans notre pays au sujet de la Bible et de l'autorité qui lui est due. Je voudrais aujourd'hui m'acquitter, en quelque mesure, de ce mandat légué pour ainsi dire, à notre époque, par ce vieillard éminent, peu de temps avant sa mort , cette mort si chrétienne et si belle, qu'elle a fait une impression profonde sur tous ceux qui en furent témoins ou qui ont pu en lire l'émouvant récit.

Que pense-t-on, en effet, de la Bible en France ? L'irréligion en est encore à cet égard où l'a laissée Voltaire. C'est en vain que les contrées, les usages, les langues de l'Orient, beaucoup mieux connus, et en particulier la

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découverte très-féconde des ruines de Ninive^ ont fourni en grand nombre des explications et des confirmations inattendues à plusieurs des parties les plus obscures de l'Ancien Testament, rirréligion n'en persiste pas moins dans ses dédains ignorants. Comme Voltaire, elle ne voit guère, dans l'Écriture, qu'un amas de fables absurdes inventées parles prêtres: on sait avec quel avide empressement il en détachait tantôt des récits d'actes immoraux, dont l'auteur de tant d'écrits immondes avait moinsquepersonne le droit de paraître scandalisé; tantôt des pages cruelles dont il s'indignait sincèrement, car il était humain : c'est là le plus pur de sa gloire, et nous devons toujours, nous protestants, rendre cet hommage de gratitude à l'infatigable défenseur des Calas et des Sirven. Mais lors-> qu'il attaqua l'Écriture, ce fut le plus souvent avec autant de légèreté et d'ignorance que de passion.

Quant & l'absolutisme, sa façon de parler de l'Écriture est étrangement contradictoire: d'un côté, il enseigne hautement que l'unique auteur de la Bible, c'est le Saint-Esprit, qui l'a

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dietée mol pour mot aux écrivains sacrés; et d*un autre côté il prétend que cette divine dictée ne peut $e passer du concours d'une au* torité humaine qui la résume ou l'explique. De ces deux assertions, ni l'une ni l'autre n'est vraie.

C'est faussement qu'on veut faire de la Bible, pour les protestants, une autorité de même nature que l'autorité de l'Église pour les catholiques. Il n'est pas vrai que la Bible soit^ comme on l'a dit, un pape de papier qui décrète des dogmes, qui formule les articles d'un code ou d'un Credo. La Bible n'est ni un code ni un Credo où les doctrines qu'il faut croire soient enregistrées, formulées, numérotées. Les ca* tboliques ont eu raison contre nous sur ce point quand ils ont dit par la plume de Joseph de Maistre : c II n'y a pas une ligne dans ces écrits qui déclare, qui laisse seulement aperce-^ voir le projet d'en faire un code ou une dôda* ration dogmatique de tous les articles de foi, » De là le catholicisme conclut que l'Église doit imposer à tous ce que la Bible n'impose à personne; tandis que, selon nous, ce n*est ni dési^

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rable, ni légitime, et personne {n'en a le droit. L'Ecriture fournit, à la recherche de la vérité, les éléments les plus précieux, des lumié* res sublimes, d'excellents secours ; mais, pour extraire ces éléments, pour les coordonner, les résumer, il Faut que quelqu'un intervienne* Ce quelqu'un, qui sera-l-il? Le catholique répond : L'Eglise et son clergé. Le protestant : La conscience. On a cru nous tourner en dérision et nous causer quelque embarras par ce vers fameux :

Tout protesUiit «it pape ane Bible à Ui tutin. .

Rien n'est plus vrai cependant, pourvu qu'on ajoute : Il n'est pape que pour lui-même et pour lui seul. Il est son propre pape, une Bible à la main, parce qu'il faudrait être insensé pour vouloir trancher les plus hautes questions sans remonter aux sources les plus pures et les plus abondantes; il Test par Tautorité que cette Bible elle-même lui reconnaît et lui confère, comme je me réserve de le montrer avant de fmiri II l'est parce qu'il est obligé de l'être»

Entourez-vous, j'y consens, et je vous le demande, de tous les conseils et de toutes les ressources utiles; mais quand la Bible est ouverte devant vous, ce qui doit décider de votre foi ce n'est pas la page ou la ligne que vous lirez au hasard , ce n'est pas le premier mot qui aura frappé votre regard, ce n'est pas la lettre; c'est votre conscience éclairée par Tensemble de l'Ecriture, la conscience chrétienne, toute pénétrée de l'esprit du christianisme, car la lettre tue; c^est l'esprit qui donne la vie.

Je voudrais examiner avec vous ce qu'est l'Ecriture sainte de FAncien et du Nouveau Testament, l'usage trompeur et funeste qu'en fait l'absolutisme, et l'usage éclairé, respectueux, consciencieux, chrétien, que nous devons faire de ce livre des livres, le don le plus précieux que la Providence ait accordé au monde, après la personne de Jésus-Christ ; ce livre qui est et demeurera toujours le patrimoine le plus sacré et le plus riche que nos familles protestantes aient reçu de leurs ancêtres et qu'elles puissent léguer à leurs enfants.

Je réclame, pour cette difficile élude, votre

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allcnlion la plus soutenue et la plus impartiale. Je ne pourrai éviter, dans un sujet si délicat, des développements arides, mais nécessaires; je serai forcé peut-être de vous retenir plus longtemps qu'il n'est d'usage et qu'il ne serait désirable. Peut-être aussi aurai-je le malheur de causer à quelques-uns d'entre vous quelque étonnement pénible , quelque froissement. Je le regretterais, à moins que cette surprise, cette secousse ne déterminât chez ceux qui l'éprouveraient une foi plus vraie et plus efficace en l'Écriture.

Mais il y aurait pour moi un malheur plus grand que celui de choquer les esprits : ce serait celui de les tromper en leur dérobant la vérité. La vérité n'est pas à moi pour qu'il me soit permis de la taire dans cette chaire qui lui appartient. N'ayez jamais peur de la vérité, mes frères; elle est sainte et belle, elle vient de Dieu. J'ose vous la dire, osez l'écouter. Je ne vous dirai rien qui ne soit connu des plus savants et des plus pieux théologiens; mais la vérité n'est pas seulement faite pour les savants, elle est faite pour tous : qui que vous soyez, créa-

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