R -LA CONSCIENCE
dre ei réfuter une trop cruelle image, quand les damnés, c*est^à-dire ceux qui portent la juste peine de leurs fautes, soulétent leur tête au^essus de la mer de feu pour demander l'heure» aucun démon ne répond : L'éternité I rétemitél mais un ange miséricordieuit leur crie : Il est Tbeure du relèvement, du repentir, l'heure du aaïut, l'heure du progrès. Cet auge, ce messager de Keu, je puis tous dire son nom : c'est la conscience.
Et si Ton réplique : le mot terrible de peines éierneiles est de Jésuis, c'est lui qui Ta prononcé dans une de ses paraboles; si malgré le vague d'une double traduction et du terme lui-même, on insiste sur un seul mot, voiei ma réponse* Je suis parfaitement convaincu que isi Jésus éiail là debout au milieu de nous, et si nous lui disions avec angoisse, avec vénéralioïi, gratitude et amour : Maître^ Tas-tu dit? — H nous répondrait avec ce sourire doux et triste qui trahissait sa surprise et «a douleur en pré«^ senoe de la petitesse humaine : gens de peu de foî, n'ave«-vou8 pas compris encore que ft» ItUre H^Ç) ftmrfw fii« ftsprii mùfiei Puis, ou*
ET lA VIE UtMAlN£. 5^
vraût ce même livre dont oti veul opposer quelques syllabes à tout l'esprit de sa religion ^ il nous y montrerait ce que maintes fois les prophètes d'Israël ont répété : Par ma me^ dit le Seigneur^ t Éternel, je ne prends point de pltdsir à iû mo^t du méchant » mais à ce qH*ii rigvienne de m v^ie et qu'il vive!
<L Qu'il revienne de sa voie et qu'il vive >^ que iMgnifieni ces mots, sinon le relèvement, lé saluti le progrès éternel ?
Ainsi ressort du fait de la conscience, et de notre nature d'êtres responsables, celte majestueuse vérité : l'unité de la vie humaine. Une el constante à elle-même, fidèle ii sa loi unique, à son droit divin, le progrès. La vie humaine «e déroule à travers le temps et l'éternité, à travers les peines et les joies, les luîtes et les progrès. Je me sens né pour grandir dans le bien, le vrai, le beau, le saint et lè juste , dans le dévouement et l'amour, dans l'aspiration vers l'infini, dans Téternel mouve^ ment de l'être créé vers le Créateur, dans l'élan filial dts enfants de Dieu vers leur père.
Je ne sais quel mode d'existence m'attend après la mort, quelle forme de l'être sera la mienne, quelle fonction et quel rang seront les miens dans le cortège èclalant qui marche à la rencontre de mon Dieu; mais je me vois d'avance dans l'avenir, comme dans le présent, montant vers mon Père, gravissant les degrés de l'échelle lumineuse à travers les siècles, et les mondes, et les cieux, appelé, attiré toujours plus puissamment par la paternelle bonté de Dieu.
A ce point de vue, il n'y a pas deux vies, mais une seule. Comme le dit l'Évangile, celui qui croit possède la vie étemelle. Elle n'est pas ajournée à je ne sais quel jour mystérieux du réveil des trépassés et de la fin des temps. Ici même, avant notre propre mort, elle a conimencé; nous y sommes, elle est le flot qui nous porte, le fleuve qui nous entraîne dans son cours.
Ainsi apparaît l'inanité de cette accusation adressée par l'irréligion à la piété, d'ajourner les progrès de l'humanité, de négh'ger les devoirs actifs qu'exige le présent, et de vivre en
dehors du réel, dans rindifférence pour les maux actuels, dans Tattente paresseuse d'une aulre vie. Adressez, j'y consens, ce reproche à ces couvents où l'oisiveté se complaît à mépriser le monde et à se promettre un paradis égoïste. Mais ne l'adressez point à la conscience chrétienne. Pour elle, l'homme sera ce qu'il se sera fait ; pour elle, la vie est une éternelle et réciproque éducation; pour elle, chacun de nous passe son temps à se développer lui-même, et les autres avec lui, soit en bien, soit en mal. Vivre et aider à vivre, vivre en homme, en chrétien, en être immortel, voilà le devoir.
Ajourner le devoir, c'est renoncer à l'avenir autant qu'au présent. Aucune indifférence n'est permise. Dieu, la bonté infinie, n'est indifférent à rien. Les besoins, les droits, les souffrances de nos frères sont notre affaire, affaire urgente d'aujourd'hui et non de demain, de la (erre et non du ciel. Être indifférent à l'humanité, à la société^ à la civilisation, à la patrie, à la liberté, c'est un crime. Ces grandes questions, ces problèmes terribles sont la responsabilité de tous. Je ne puis à cet égard admettre l'exemption pour
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personne, ni le plus riche, ni le plus pauvre» ni l'homme, ni la femme. Oui, sans arracher la femme à la modestie sévère qui est le charme et la dignité de son sexe; fans vouloir la jeter dans Tarène grossière des luttes politiques et sociales, sans lui ôter la spécialité divine et sublime de ses fonctions maternelles, je prétends qu'elle peut et qu'elle doit éprouver une pitié profonde pour tout ce qui souffre, venir en aide à l'humanité, aimer sa patrie, sentir son cœur battre pour les grandes causes, y dévouer ses fils au besoin, ce qui est plus dur que de s'y dévouer soi-même, et soutenir par l'élévation de ses idées et de son amour l'âme de son mari à la hauteur de tous les sacrifices. Je plains profondément, en notre temps de lutte, l'homme de devoir qui a lié son sort à celui d'une fçrarae frivole, cliarmante peutêtre, et l'ornement du monde, mais au cœur vulgaire^ àl'âme intéressée, incapable de comprendre ce qui est grand, de conseiller au besoin ce qui est héroïque, et de s'ensevelir plutôt avec son mari dans une misère glorieuse que de lui conseiller, par légèreté ou par inté*
rët^ un seul pas hors de la ligne droite. J'estime heureux au contraire, et bien plus fortqu'il ne le serait seul, Thomme qui trouve dans l'ftme de sa femme autant d'élévation au moins que dans la sienne, et qui sent qu'il a doublé les forces de sa conscience et sa propre valeur morale, en joignant un si noble cœur au sien.
Hommes, femmes, vieillards, adolescents, n^ajournez rien, ne restes indifférents à rien. Il y a énormément à faire pour instruire, pour améliorer, pour rendre plus digne, plus libre, plus heureuse, l'humanité dont vous faites par* tîe. Il y a d'effrayants problèmes à résoudre; il y a des montagnes d'ignorance et de préjugés à soulever, il y a de détestables influences ft vaincre par l'influence bénie de la vérité et du devoir; il y a des abus odieux à détruire, des progrès urgents à opérer, des douleurs et des dangers croissants à conjurer;
Vous voulez vivre, jeunes gens, et vivre largement, puissamment ; vous voulez vivre long^ temps, vieillards. Vivez en autrui, vivez pour autrui; épousez les bonnes causes et donnezleur une part de votre vie ; vivez pour Dieu et
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pour ses enfants, et votre vie ne sera perdue ni pour eux, ni pour vous.
Est-ce là, je le demande, en finissant, àchacun de vous, est-ce là ce que vous faites ? Vous vivez : pour qui ? pourquoi ? à quoi êtes-vous utiles ? A vous-mêmes, à vos intérêts, vos vanités, vos passions? ou seulement à vos enfants, à un cercle étroitement limité? Ou bien vivez-vous, comme des hommes énergiques que je pourrais nommer, comme de saintes femmes que je vénère, pour être utiles partout où il se peut, en commençant par les plus proches, mais sans s'arrêter qu'aux limites du possible ? Alors persévérez, développez plus encore votre noble et chrétienne activité. Mais si jusqu'à ce jour vous-même, votre plaisir, votre avantage, que dis-je, votre salut, vous ont absorbés tout entiers, je ne crains pas de vous le dire, et votre conscience vous le répète en ce moment, après moi, de la part de Dieu : Vous n'avez jamais vécu ; hâtez-vous de changer, il en est temps ; commencez à vivre !