TU LA CONSCIENCE
lure intelligente du Dieu de vérité, osez savoir. Jésus a dit souvent: Que celui quia des oreilles pour entendre entende.
En toute recherche, quiconque veut sincèrement trouver le vrai doit prendre pour point de départ, non des opinions préconçues, quelles qu'elles soient, mais les faits, les faits euxmêmes, aussi scrupuleusement constatés que possible. Ce principe admis, qu'est-ce que la Bible?
Un seul peuple entre tous, avant l'ère chrétienne, a connu, a adoré le Dieu unique etsaint. Par une conséquence nécessaire de ce fait, ce peuple a eu foi en un avenir providentiel, a cru que de hautes destinées lui étaient réservées et que toutes les nations de la terre verraient en lui un jour l'objet de bénédictions extraordinaires. Ce peuple a eu dans son sein^ en dehors de son clergé, une longue suite d'hommes d'élite et de courage, pleins de Dieu et des saintes destinées de leur patrie, rappelant sans cesse à la nation son auguste mandat et censurant avec une indomptable intrépidité le présent au
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nom de l'avenir, le peuple lui-même, les rois et les prêtres au nom de Dieu. Connus sous le nom de prophètes, c'est-à-dire de prédicateurs, plusieurs d'entre eux furent, en outre, des poêles du premier ordre par la sublimité des pensées, la grandeur des mouvements, l'abondance et l'éclat des images. Organisés par Moïse, ce peuple et son culte ont reçu une législation si puissante et ont été pénétrés d'un esprit si yivace, que des milliers d'années , des milliers de défaites et des exils sans fin, la dispersion dans le monde entier, l'impossibilité matérielle du culte et de la loi, l'apparition, dans son propre sein, d'une religion infiniment supérieure, n'ont pu l'anéantir encore. Après son premier exil en terre païenne, Esdras reconstitua cette nation, réunit ses livres nationaux qui, pour la plupart, étaient tout imprégnés de religion ; il les fit lire à Israël assemblé, et dès lors le culte des synagogues, le ministère des docteurs de la loi s'organisèrent en Judée autour de ces livres retrouvés, qui eurent leurs interprètes accrédités, leurs lecteurs publics, leur explication hebdomadaire.
Quand les rois de Syrie et plus lard Rome opprimèrent les Juifs, ces livres furent la consolation et Tespérance des vaincus, le refuge d'un immense orgueil national cruellement froissé, l'aliment d'une ambition séculaire et d'un ardent désir d'indépendance et de vengeance, en même temps que la nourriture quotidienne de la foi et de la piété.
Un travail immense, infiniment minutieux, commença et se prolongea pendant des siècles sur les écrits sacrés ; tandis qu'on en vénérait la lettre jusqu'à l'idolâtrie, on en traitait le sens fort librement. Pour y trouver sans cesse et partout des promesses de restauration, de conquête et de représailles , on attribuait à chaque parole une signification prophétique ; chaque fait donnait matière à mainte allégorie, chaque personnage devenait un type de l'avenir; enfin chaque mot, chaque caractère reçut une valeur mystique ou conventionnelle, et toute une science compliquée, la Kabbale, s'éleva sur le texte sacré. Les lettres ont été évaluées en chiffres , les chiffres remplacés par des lettres. Oa a imaginé de remplacer la première
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lettre de l'alphabet par la dernière, Tavant-dernièrepar la seconde, et c'est d'après cette méthode que Jéréraie écrit deux fois, au lieu du nom de Babylone : Babel, le mot mystérieux Chechak. On compta les mots et les lettres de chaque livre saint. On inscrivit dans les Bibles hébraïques, à la fin de chaque livre, le nombre des mots et des lettres qui y sont contenus, et l'on indiqua aussi quel est le mot, quelle est la lettre qui en occupe le milieu. On en a fait autant pour la Bible tout entière. Six siècles après Jésus-Christ, ces recherches, qu'on appela du nom de massore (on irsiàiiïon) , se poursuivaient encore. Cependant quelques-uns de ces travaux étaient commencés depuis longtemps, quand parut Jésus.
En introduisant, dans la religion juive, ou plutôt en développant le principe de l'amour de Dieu et du pardon, qui s'y trouvait faiblement indiqué, il en fit une religion nouvelle. Le christianisme fut un épanouissement sublime du judaïsme par toutes les puissances de l'amour, du pardon, de l'esprit divin ; ce qui était le boulon de la fleur encore fermé et sans
coulôur ni senteur, devint, sous le souffle de Jésus, la fleur largement ouverte, resplendissante des couleurs les plus belles, remplissant Pair de parfums suaves et vivifiants.
Il supprima toutes les limites de nationalité et de race, toutes les incapacités attribuées au sexe ou à la servitude; à sa parole, cessèrent l'usage matériel, universel et ancien comme le monde, des sacrifices sanglants, le règne de la loi et de la lettre. Jésus ne supprima point la lettre et la loi, il ne fit pas table rase du passé comme les novateurs sans portée. Il transforma la lettre et la loi en les spirîtualisant ; il se dit venu^ non "pour les abolir^ mais pour leur donner la plénitude de la puissance et de la sainteté. Il déclara, dès le premier jour, sur une colline de Galilée, la guerre au formalisme et à l'esprit pharisaïque, opposant hardiment son enseignement à celui de la Bible juive: Vous avez entendu qxiHl a été dit à vos pères : Tu aimeras ton jwochain et tu haïras ton ennemi ; mais moi^ je vous dis: Aimez vos ennemis^ bénissez ceux qui vous maudissent^ faites du bien à ceux qui vous haïssent^ et priez pour ceux qui vous
persécutent. Il annonça en même temps les persécutions que devait provoquer sa pensée libératrice ; trois ans après, la lettre et la loi, les prêtres et les docteurs coalisés contre lui le punirent en le crucifiant.
Après lui, l'Église tout d'abord demeura émancipée. Saint Paul parle pour elle quand il dit : Nous servons Dieu selon l'esprit, qui est nouveau, non selon la lettre, qui a vieilli. Admirable parole! car il est de la nature de la lettre de vieillir, tandis qu'il est de la nature de l'esprit de se montrer toujours nouveau.
Avant saint Paul, le premier des martyrs, parlant devant Caïphe et le Sanhédrin contre la lettre et la loi, plein de grâce et de puissance, rempli de sagesse et de V esprit d'en haut, fulmina contre l'endurcissement et l'étroitesse des Juifs une accablante harangue, interrompue et close parle martyre. En prononçant ce merveilleux discours, il était rempli du Saint-Esprit ; mais en rappelant à grands traits, aux Juifs, leur histoire, il se trompa en bien des points sur les dates ou les détails, et son discours est arrivé jusqu'à nous plein de fautes historiques
sans que personne ait songé à le rectifier, tant l'Eglise des premiers siècles était peu préoccupée delà lettre, tant le Saint-Esprit, même aux moments les plus sublimes de triomphe et d'extase, est étranger à l'exactitude littérale d'une dictée.
Il faut le reconnaître, la puissance qui a fondé l'Eglise et conquis le monde païen, ce n'est pas l'Evangile écrit, le livre des chrétiens qui n'existait pas encore, c'est l'Evangile vivant, la parole des croyants, leurs exemples, .leur amour, leurs martyrs. Un Père de l'EgHse, Irénée, a eu raison de le dire : Le Saint- Esprit, sans encre et sans papier, avait écrit et scellé dans le cœur des croyants F assurance du salut. Toutes les idées chrétiennes circulaient largement dans l'Église avant qu'un seul livre du Nouveau Testament fût écrit. Peu à peu, par degrés, ces livres se répandirent séparément. D'abord l'Apocalypse, pleine de consolations et d'espérances, et ce livre, si peu lu et compris depuis, fut à lui seul tout le Nouveau Testament de bien des chrétiens. Puis se propagèrent les Épîtres do saint Paul, isolées les
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unes des autres. Ensuite et toujours à part, les trois premiers Évangiles, et plus tard celui de saint Jean. Ces livres étaient rares, ne se trouvaient guère en la possession des simples fidèles et ne furent rassemblés que plus tard. On ne sait par qui. On ne sait ni à quelle époque, ni en quel lieu. On ne sait pas même quels principes, quelles règles présidèrent à la formation de ce recueil. Il est difficile de dire pourquoi on exclut du recueil l'épître de Barnabas, qui est appelé apôtre dans le Nouveau Testament même et dont saint Paul ne fut d'abord que le compagnon d'œuvre; il est plus difficile encore d'approuver qu'on y ait admis la deuxième épî- Ire de saint Pierre, dans laquelle un auteur inconnu et moins ancien combat, sous le nom de cet apôtre, une secte bien connue qui n'avait pas encore apparu de son vivant. Même quand le NouveaU'Testament exista, on le cita rarement ; ce n'était pas en lui qu'on plaçait l'autorité, mais en Jésus, dont le souvenir très-vivant et très-présent encore, dont l'esprit surtout avait seul autorité dans 1 Église.
Malheureusement la sévc des premiers jours
cessa (Je monter dans le tronc et les branches du grand arbre semé par Jésus ; l'esprit chrétien s'affaiblit, la vie spirituelle se ralentit. Le génie judaïque et le génie romain, tous deux obstinément attachés à la lettre, à la légalité, remportèrent sur le spiritualisme hardi de saint Paul. Ils formèrent, par leur alliance, le catholicisme, qui s'inspira de saint Pierre et de ses transactions timides, de ses faiblesses, que saint Paul lui avait reprochées avec tant d'éclat dans Antioche : Je lui résistai en face^ écrit-il aux Galates, parce qu'il méritait d'être repris.
Peu à peu, rÉglise, le clergé, éclipsèrent à la fois les souvenirs de Jésus, Tesprit et la lettre même de l'Ecriture ; et ce furent eux, non le Nouveau Testament, qui conquirent les barbares du Nord, lorsqu'ils envahirent l'empire romain. Les livres saints furent de plus en plus oubliés.
Ce fut la réforme qui les remît en lumière; et d'abord ce ne fut point la lettre, mais l'esprit dont elle restaura le régne. Son dogme fondamental, la justification par la foi, signifiait que l'homme est rendu juste, régénéré, sanctifié,
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non par quoi que ce soit d'extérieur à lui, autorité, Église, culte, rite, loi, lettre, mais par la foi, qui n'est que le sentiment religieux, la conscience chrétienne arrivée au plus haut degré de vitahté et de puissance. Luther n'hésitait* pas à écrire: « II ne suffit pas de dire: Luther, » Pierre ou Paul renseignent, mais il faut sen- )) tir, dans sa conscience, d'une manière irré- )) sistible, que c'est là en effet la parole de Dieu, y> quand Tunivers entier le contesterait. » Il ne craignait pas d'en appeler hardiment de l'Écriture à Christ ; il appelait Jésus-Christ « le Seigneur et le Maître de l'Écriture ». Calvin affirmait aussi que « l'Écriture a de quoi se faire » connaître, voire d'un sentiment aussi notoire D et infaillible, comme ont les choses blanches » et noires de montrer leur couleur, et les cho- » ses douces et amères de montrer leur saveur. » Mais bientôt la ferveur et la liberté des premiers jours s'affaiblirent. Calvin, Luther luimême, qui tous deux avaient pris, à l'égard de l'Écriture, des libertés étranges, crurent devoir opposer une digue au torrent, mettre en regard de l'autorité catholique une autorité de même
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genre et se séparer avec éclat de quelques enfants perclus de la réforme ou de libertins tels que les anabaptistes, qui effrayaient le monde par leur immoralité. Au lieu de comprendre que l'esprit chrétien était la meilleure défense, on se réfugia dans la lettre. Peu à peu les protestants dépassèrent les catholiques dans l'adoration insensée de la lettre ; on épuisa, à l'égard de l'Écriture, interprétée aussi littéralement que possible, toutes les expressions d'obéissance, de servilité, d'adoration. Malgré la vie, la variété de caractère, d'éducation et de style des écrivains sacrés, un théologien fameux (Calow) osa soutenir qu'ils n'avaient apporté, aux révélations divines, que leur bouche et leurs mains. Un haut dignitaire de l'Église luthérienne alla plus loin encore, et publia un traité intitulé : L* Ecriture sainte est -elle Dieu lui-même ou une créature ? [\ )
On fit ainsi de la Bible une véritable idole, un fétiche; et l'on s'imagina même obliger Dieu à répondre à des questions de tout genre en
(1) Georges Nitzsche, surintendant au commencement \\\\ XVI II® siècle.
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ouvrant une Bible au hasard. Le premier verset qu'indiquait la lame d'un couteau introduite dans le volume sacré passait pour la réponse de l'oracle. Honteuse et grossière superstition! dégradation irréligieuse, en fait, sinon en intention, des saints livres. Indigne dégénérescence de la religion de Jésus, qui avait dit avec une autorité si élevée : Les j)aroles que je vous (lis sont esprit et vie !
Je conviens volontiers que ces ténèbres se sont dissipées ; mais j'affirme qu'il en reste quelque chose dans les esprits et dans la façon dont on agit encore en notre temps à l'égard de la Bible. Il ne me sera que trop facile de vous le démontrer.
Comprendre n'est jamais irrespectueux; abuser Test toujours.
Cette idée fausse, déraisonnable, que chaque phrase de la Bible est un oracle, a trouvé un point d'appui dans les divisions qu'en avaient faites les auteurs de la Massore et dans celle qu'en firent plus tard les éditeurs, en chapitres et en versets. Les ignorants croient encore que le
Saint-Esprit a pris la peine de la découper ainsi, à mesure qu'il la dictait. On sait au contraire que, dans tous les manuscrits antiques, ni chapitres, ni versets, ni phrases, ni mots, ne sont séparés, et que toutes les lettres s'y touchent. Ce sont des moines dominicains, présidés par un cardinal, Hugues de Sainte-Cher, qui, au xiii'' siècle, ont divisé chaque livre en chapitres -, c'est un imprimeur protestant de Paris, au xvi^ siècle, Robert Estienne, qui a subdivisé chaque chapitre en versets. Ni le cardinal, ni le huguenot, n'ont fait une œuvre parfaite, mais ils ont rendu faciles les renvois et les citations. On en a abusé. Rien de si commun que d'entendre deux adversaires se combattre en se jetant l'un à l'autre des versets de la Bible, en nombre effrayant, sans prendre la peine de s'assurer d'abord de ce qui précède et de ce qui suit chacun de ces textes. Je pourrais nommer un pasteur mort il y a vingt-cinq ans, qui prêcha sur ce mot du livre des Proverbes : Pourquoi le temps passé valait-il rnieux que le nôtre? Au pied de la chaire on lui montra l'endroit du livre sacré ; et il y lut avec quel-
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que honte : Ne dis jamais : Pourquoi le temps passé valait-il mieux que le nôtre, car cette demande manque de sagesse.
J'ai eu souvent occasion de voir une statue de Joseph, l'époux de Marie, au pied de laquelle on lit, en lettres d'or: Ite adJosephum, adressez-vous à Joseph ; et ces mots sont tirés de la Bible. Quoi donc ! l'Écriture ordonnet-elle le culte des saints et dirige-t-elle nos prières vers saint Joseph? Rassurez-vous, quoique le mot soit bien dans la Bible : il s'agit non de prières, mais de blé à acheter; non de l'époux de Marie, mais du fils de Jacob, et c'est le Pharaon d'Egypte qui répond à ses sujets lui demandant du pain pendant la famine: Adressezvous à mon ministre.
Il est un monument de l'Immaculée Conception au bas duquel on a écrit ce texte : Ma fille, cette loi n'est pas faite pour vous. Quoi donc î le nouveau dogme est-il dans la Bible? S'agit-il de la loi de l'hérédité et du péché originel? est-ce Dieu qui parle à Marie ? Rassurez-vous encore ; il s'agit d'une loi de l'étiquette à la cour d'Assyrie, et c'est le roi Assuérus qui coil-
sole sa femme Esther au moment où elle s'évanouit de crainte, pour être entrée chez le souverain sans son ordre.
Il n'y a pas seulement, dans ces derniers exemples, la déplorable habitude de détacher une parole biblique de tout ce qui en déterminait le sens. 11 y a l'erreur d'après laquelle le texte sacré peut donner lieu à une infinité d'applications arbitraires. Les puritains fanatiques se justifiaient à eux-mêmes leurs crimes en appliquant à leurs ennemis les titres d'Amalécites, d'Amorrhéens, de Philistins, et les cruelles menaces des Juifs contre ces peuples délestés. Nos pères ont triomphé en croyant trouver l'Eglise catholique condamnée dai>& l'Apocalypse sous l'image de la grande Babylone, de la femme impudique ivre du sang des saints, et assise sur sept collines ; l'Église de Rome a triomphé également en trouvant, dans le même livre, Marie représentée par la femme resplendissante qui a le soleil pour vêtement, la lune pour chaussure et les étoiles pour couronne. L'erreur est égale des deux parts. Ce que l'on prend pour le catholicisme , c'est l'empire
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romain sous le règne païen de Néron, le bourreau des chrétiens. Ce qu'on donne partout pour le portrait de Marie immaculée, c'est la religion chrétienne, victorieuse des cultes juif et païen.
Un tort plus grave qu'on a souvent contre la Bible, c'est l'aveuglement volontaire avec lequel on nie l'évidence, pour ne pas voir les erreurs matérielles d'histoire naturelle, d'astronomie ou de calcul qui s'y trouvent, maintes contradictions dans le détail des mêmes faits ou des mêmes discours rapportés autrement, et les éléments manifestement légendaires qui, en divers endroits, se sont mêlés à des histoires qui avaient circulé de bouche en bouche avant (ju'on les écrivît. Jadis cet aveuglement allait jusqu'au dernier degré de la tyrannie la plus cruelle, et l'inquisition, en vertu d'un cri de guerre attribué à Josué et emprunté par la Bible au livre inconnu de Jachar, prétendait rendre gloire à la vérité en forçant, par une torture morale et peut-être aussi par la torture matérielle, Galilée à menlir. Aujourd'hui ce même aveuglement n'est plus que ridicule.
N'est-ce pas l'an dernier que de graves théologiens anglais suppliaient un illustre naturaliste de leur dire qu'il n'est pas tout à fait impossible que le lièvre rumine ? Et cela parce que Moïse, en deux endroits du Pentateuque, classe le lièvre parmi les animaux à deux estomacs, tandis qu'il n'en a qu'un !
Peu importe, direz-vous, et assurément la foi n'est point intéressée dans ce débat. Mais est-ce seulement à propos de choses étrangères à la religion que la Bible s'est quelquefois inexactement exprimée? Un pasteur de l'Église anglicane (1) a publié récemment un sermon sous ce titre : « Tout ce que dit l'Écriture au sujet de notre Père céleste est-il strictement vrai?» A l'ouï de cette question, nous serions tous disposés à répondre affirmativement. Regardez-y cependant de plus près. N'avez-vous jamais lu, dans cette antique et belle parabole du premier péché, qu'on a si grand tort de dénaturer en la prenant à la lettre, que r Éternel Dieu se promenait dans lejar-
(1) M, Voisey.
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din^ à la brise du matin; ou dans Thistoire de la tour de Babel, qu'il se dit a lui-même : Descendons pour voir la ville et la tour que bâtissent les fils de rhomme, et qu*il descendit en effet? Ce langage puéril des premiers siècles vous paraît-il exact? Sont-ce là des expressions dignes de Dieu? N'avez-vous jamais vu qu'il est question , dans rAncien Testament, de Jéhovah qui se repent de ce quil a résolu, ou qui est en colère et se vemje ? Des sentiments pareils peuvent-ils être attribués au Père par des disciples de Jésus ? Et qui de nous s'est jamais permis déchanter, dans un temple chrétien, cet horrible verset du beau psaume 137, où les Juifs captifs sur les bords des fleuves d'Assyrie, après avoir éloquemment exhalé leur patrio-; tique douleur, se promettent le dédommagement infernal , la criminelle consolation de rendre largement le mal pour le mal, et d'arracher les petits enfants aux mamelles des mères païennes, pour écraser sur la pierre leurs tètds infidèles?
Quelle folie! mes frères; quelle honte de ne pas oser dire que cela est abominable.
antihumain, antichrclienî que Jésus nous a parlé tout autrement de nos ennemis et des petits enfants !
Ces scandales et bien d'autres viennent de l'inconcevable erreur qui met toutes ces choses sur le compte du Saint-Esprit et toutes les paroles de l'Écriture sur la même ligne. Rien n'est plus faux, plus mensonger! Il y a des inégalités énormes de valeur, de beauté, d'autorité, d'inspiration, entre les diverses parties de cet univers qu'on nomme la Bible. L'Ecriture sainte contient deux religions différentes, la juive et la chrétienne ; quand on les confond, on recule en arrière de Jésus-Christ. Certains protestants d'Ecosse et d'Amérique pratiquent scrupuleusement, quant au sabbat, ce que Jésus a blâmé et condamné cent fois chez les pharisiens. Dans le Nouveau Testament comme dans l'Ancien, tous les auteurs sacrés différent; chacun a son caraclére, ses idées, ses tendances, son style meilleur ou plus mauvais, sa valeur propre. Un mot de saint Jude n'a pas l'importance d'un précepte du grand apôtre saint Paul. Dans les écrits même
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de ce grand émancipaleur chrétien, il faut avoir abjuré le bon sens pour ne pas donner mille fois plus d'autorité à son sublime tableau de la charité, qu'à ce conseil d'ami qu'il donne à son jeune disciple Timothée de boire un peu de vin, à cause delà faiblesse de son estomac, ou à la réclamation de son manteau qu'il a laissé à Troas chez Carpus. Il y a quelques semaines, on a prêché sur ce texte, en Angleterre, un sermon où l'on a voulu prouver que ce manteau était une chape ou une chasuble, et que saint Paul attachait une très-haute importance aux vêtements sacerdotaux.
Enfin attribuer à qui que ce soit la même autorité qu'à Jésus, c'est montrer qu'on ne le connaît pas, et je déclare que si j'avais à choisir entre les trois chapitres de saint Matthieu, qui contiennent le sermon sur la montagne (c'està-dire la religion de Jésus annoncée par luimême) et tout le reste des livres saints, je n'aurais pas un instant d'hésitation.
Il y a plus : pour comprendre soit l'Ancien Testament, soit le Nouveau, soit les prophètes, soit les évangélistes, soit le Maître lui-même,
il est indispensable de se rappeler qu'ils parlent tous à des Orientaux et en langage oriental.
Je vais essayer de me faire entendre par un exemple tout moderne et bien clair. Peut-être avez-vous lu les lettres échangées, il y a trente ans, en Algérie, à propos d'un échange de prisonniers entre un maréchal français et Abd-el- Kader. La lettre du maréchal est nette, brève, va simplement, droit au but. Celle du fils de Mahed-Din est pleine d'images : le soleil, le désert, l'eau vive, les fleurs y abondent. Cependant ces deux lettres, si différentes, disent exactement la même chose, l'une en style oriental, l'autre en expressions occidentales. Nous, hommes de rOccident, accoutumés à parler naturellement et directement, nous ferions les plus grossières erreurs si nous prenions à la lettre les métaphores des fils du soleil.
Entrez sous la tente d'un Arabe ou le toit d'un Kabyle, il vous dira que tout ce qu'il possède et sa demeure même est à vous ; c'est son devoir d'hospitalité et de politesse. Le vôtre est de l'en remercier ; mais si vous aviez le malheur de prendre ses offres trop à
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la lettre, il vous tuerait comme un voleur, et il en aurait le droit.
Voici maintenant un exemple des métaphores de l'Ancien Testament, expliqué par un apôtre.
Le jour de la Pentecôte, saint 'Pierre prêchait devant le peuple de Jérusalem, et voulant dire que l'esprit de Dieu était désormais donné à tous sans distinction d'âge ni de sexe, et n'était plus l'apanage des seuls prophètes, il cita une poésie magnifique de Joël: C'est ici, dit-il, ce qui a été prédit par le prophète Joël : // arrivera y dit Dieu y que je répandrai de mon esprit sur toute chair: vos fils prophétiseront et vos filles aussi.,. Et je ferai des prodiges en haut dans le ciel et des signes en bas sur la terre, du sang et du feu et une vapeur de fumée. Le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang, A ce mot, des hommes d'Occident, vous ou moi, nous aurions été tentés d'interrompre saint Pierre pour lui dire que l'oracle de Joël n'était point accompU comme il le disait, puisque le soleil ni la lune n'étaient changés en ténèbres ni en sang. Mais le premier yenu dans
la foule nous aurait crus insensés de ne pas comprendre que le soleil transformé en ténèbres et la lune en sang, n'étaient que des métaphores, des images destinées à annoncer un immense changement : l'inspiration des prophètes devenue commune à tous les croyants.
Il en est de même à toutes les pages de TÉcriture. Quand Jésus a dit : Si ton œil droit te fait pécher, arrache-le et jette-le loin de toi. Il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille. Laisse les morts enterrer leurs morts. Cette coupe est la nouvelle alliance, ce pain est mon corps... personne autour de lui ne s'y est trompé, et ces images étranges pour nous, ces façons de parler démesurées selon notre sens, ces hyperboles qui nous semblent énormes, étaient claires et faciles pour un peuple qui ne s'exprimait jamais autrement. C'est nous qui, dans noire ignorance occidentale, nous y trompons. Notre devoir, et notre seul moyen pour comprendre l'enseignement qui nous est donné, est de traduire en langage occidental et moderne ce qui
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a été dit aux Juifs en termes orientaux et antiques. Il n'y a pas d'abus plus criant, hélas ! et plus répandu dans les églises chrétiennes que d'emprunter à l'Écriture quelque sublime image, quelque saisissante hyperbole, pour la prendre maladroitement à la lettre, l'ériger en dogme, et déclarer exclus du ciel, ou tout au moins de l'Éghse, tous ceux qui ne veulent pas en faire autant. 0 Moïse, si grandiose, si glorieusement spirilualiste en un temps barbare, qui enseignas le premier que Dieu s'appelle 7e suis! 0 David, si éloquent, si émouvant dans les angoisses déchirantes de ton repentir! 0 saint Jean, l'apôtre de l'amour chrétien ! 0 Jésus, incomparablement plus sage et plus saint qu'eux tous, quelle douleur, quel sujet d'indignation pour vous que l'abus qu'on fait de vos paroles !
Pour comprendre la Bible, vous disais-je, il faut la traduire à notre usage ; il faut peser, comparer, méditer, voir avec ses yeux, saisir avec sa raison, admirer avec son imagination, juger avec sa conscience. La conscience en présence de la Bible., et illuminée par elle,
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reste ce qu'elle est partout, le juge souverain et en dernier ressort. Cette liberté, elle-même nous la donne, nous l'impose, de livre en livre, de page en page. Ouvrez le Deutéronome, relisez les adieux de Moïse à Israël, résumant en quelques mots toute sa religion et sa législation : Ce commandement que je te prescris aujourd'hui n'est point trop élevé au-dessus de toi. Il n'est pas éloigné de toi. Il n'est pas dans les deux, qu on puisse dire : Qui est-ce qui montera pour nous aux deux et nous rapportera.,,''] Il n'est pas non plus au delà de la mer, quon puisse dire : Qui est-ce qui passera au delà de la mer pour nous et nous l'apportera ? Car cette parole est fort proche de toi; elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu l'accomplisses.
Rappelez-vous Josué terminant sa carrière par un appel aux consciences : Choisissez, dit^il à tous les Israélites, qui vous voulez servir ; pour moi et ma maison, nous servirons Jéhovah, Rappelez-vous Jésus provoquant la recherche avec la plus suprême hardiesseet sans ombre de restriction: Cherchez et vous trouverez^ demandez
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et Von vous donnera^ heurtez et il vous sera ouvert. Immortelles paroles qui donnent toute liberté, en même temps, à la conscience et à toutes les sciences ! Écoutez saint Pierre recommandant aux pasteurs de paître le troupeau de Dieu qui leur est confié ^ mais non par contrainte, non comme aijant domination sur les héritages du Seigneur. Entendez enfin saint Paul dire à ses disciples : Je vous parle comme à des personnes intelligentes; jugez vous-mêmes de ce que je vous dis. Examinez tout, retenez ferme tout ce qui est bon, et abstenez-vous de toute espèce de mal.
Reconnaissez à toutes ces déclarations et à tant d'autres semblables, qui se pressent en foule dans ma mémoire; reconnaissez que changer la Bible en idole, adorer la lettre, c'est faire violence tout à la fois à la conscience et au bon sens, à Tesprit de l'Écriture et à la lettre elle-même. Alors on foule aux pieds tous les droits, on opprime les consciences, on entrave les esprits, on rend toute science impossible, on donne la mort au lieu de la vie, car la lettre tue ; cest F esprit seul qui vivifie.
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Je résume tout ce discours en deux mots : Nous sommes, et nous en rendons grâce à Dieu, avec une profonde, une ardente reconnaissance, nous sommes ce qu'on a appelé en langage oriental, les fils du Livre; mais nous ne sommes pas et nous ne voulons pas être les esclaves de la lettre.
Nous le serions si nous n'osions protester, comme nous le devons, contre les abus de la lettre. Un dernier exemple vous expliquera ma pensée. J'étais naguère dans une église anglicane : suivant l'usage suivi chaque dimanche matin, deux hcons, comme on les appelle, c'està-dire deux morceaux de la Bible furent lus solennellement par le pasteur, et l'assemblée entière s'était levée pour écouter avec plus de respect la parole de son Dieu. Le fragment de l'Ancien Testament que j'entendis lire et qu'on lisait à la même heure dans les temples anglicans très-nombreux de toutes les parties du monde, c'était une histoire qui me fit frissonner d'horreur : Saûl a vaincu les Amalécites et passé au fil de l'épée toute la peuplade, sans distinction d âge ni de sexe, à la seule exception
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du roi vaincu, Agag. Le vieux Samuel, un prophète illustre entre tous, apprend cette nouvelle et accourt pour accabler Saûl des plus terribles reproches; mais pourquoi? Est-ce parce qu'il a égorgé une multitude d'hommes sans défense, de femmes et d'enfants? Nullement (tout cela lui était ordonné par Dieu). — Parce qu'il a épargné Agag. Puis, agissant d'autorité, Samuel se fait amener le captif. Ce malheureux vient, heureux, dans son infortune, d'avoir la vie sauve et se disant : Certainement V amertume delà mort est passée. Il se trompait : Samuel, est-il dit, le fit tailler eii pièces devant l'Eternel (1). Voilà ce que j'ai entendu lire. Et nous, des chrétiens, debout dans un temple chrétien dix-huit siècles après Jésus-Christ, nous écoutions avec vénération un pasteur chrétien, lire, pour nous édifier, cet épouvantable récit! 0 esclavage de la lettre! ô infidélité éclatante et inexplicable à l'esprit de l'Évangile ! ô sanglant outrage au Dieu de Jésus, à notre Père céleste, que de l'accuser d'avoir commandé regorgement de tout
(1) Note 2, à la fin du volume.
un peuple et de s'être courroucé uniquement de ce qu'un peu de sang, une seule vie avait été épargnée !
Prenez-y garde, mes frères, jamais le monde ne deviendra chrétien tant qu'on le nourrira de ces horreurs. Et vous, pères et mères de famille, instituteurs de la jeunesse, ministres de l'Évangile, je vous adjure, au nom du Dieu de charité, au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, si vos enfants, vos élèves, vos catéchumènes vous demandent compte de cette affreuse page, je vous adjure de leur dire la vérité. Affirmez-leur que Saûl se trompait en croyant plaire à Dieu par regorgement en masse d'une tribu vaincue, et que quand il fit tailler Agag en pièces devant l'Éternel, Samuel, tout prophète qu'il était, n'était qu'un fanatique. Je vous scandalise! Eh bien, j'en appelle à ce Jésus qui a dit de Jean-Baptiste qu'il était un prophète et le plus grand des prophètes, mais que le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui. Demandez-moi qui je suis, pour traiter de fanatique un prophète tout couvert du sang d'un prisonnier sans défense, je vous dirai que
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je suis le plus petit des disciples de Jésus, mais que ce litre me donne plein droit de juger et de condamner Samuel et tous les prophètes, fût-ce même de plus grands que moi dans l'Église, s'ils font de Dieu le complice, l'auteur d'un massacre ; plein droit de juger et de condamner l'abus d'après lequel de pareilles his-» toires sont la meilleure nourriture spirituelle que Ton sache donner à des chrétiens du xix^ siècle. Les esclaves de la lettre, nous ne voulons pas le devenir.
Les fils du Livre , oui ; car ce livre, à côté de quelques pages déplorables , monuments des erreurs du passé, restes cruels des temps les plus barbares, contient, en bien plus grand nombre, des pages saintes et sublimes; ce livre où se lisent les admirables leçons de Moïse, de Job, les merveilleux psaumes de David, les poëmes si élevés d'Esaïe, a fait plus qu'aucun autre pour l'éducation du genre humain. La piété grandiose des patriarches m'édifie, les invectives éloquentes d'Esaïe contre le formalisme me remplissent d'enthousiasme, les beaux psaumes me consolent et me fortifient. Nous
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sommes les fils du Livre, et surtout de l'Evangile. Jamais on ne méditera assez les discours de Jésus, les épîtres de Paul aux Galates et aux Philippiens, le christianisme tout amour de saint Jean.
Nous sommes les fils du Livre; car c'est toujours là qu'il faudra chercher le christianisme à sa source, dans sa fraîcheur primitive et sa première heauté. A cette source, tous les siècles viendront retremper leur foi, et ils y puiseront à larges flots des applications nouvelles et des développements encore inconnus.
Nous sommes les fils du Livre enfin, et nous en sommes fiers, parce que de lui résulte notre culture intellectuelle et morale; la nécessité de l'école à côté du temple ; l'habitude pour nos esprits d'oser savoir; le devoir pour nos consciences de tout juger, et cette solidité, celle indépendance, ce gouvernement de soi qui font \{\ gloire du protestantisme et sa force. Un livre n'est pas une autorité matérielle, coercitive comme un tribunal ou un conseil; il laisse tout leur jeu aux facultés humaines. Et un philosophe dont je suis loin de partager les doctrines,
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Hegel, a eu raison de dire de certains pays protestants : Ici la Bible est le préservatif contre tout assei'vissefnent des esprits.
C'est pourquoi l'absolutisme, tout en en faisant une idole, ne se fie pas à elle, n'ose pas, comme l'écrivait Ghanning, nous laisser seuls avec Jésus y et veut y ajouter l'autorité humaine d'un code ou d'un Credo, Repoussez ce joug, mes frères; ce qu'il vous faut, c'est la Bible, librement interprétée par la conscience chrétienne.
Lisez et relisez-la, avec choix et jugement; quand votre conscience est froissée de ce (ju'elle y trouve, tournez la page, cherchez ailleurs, et ne forcez pas votre conscience à ne pas voir ce qu'elle voit, ni à approuver ce qu'elle doit condamner. Quand, au contraire, votre conscience confirme ce que vous trouvez dans la Bible, adorez, croyez, obéissez ; car c'est Dieu qui vous parle. Résister, serait faire la guerre à la conscience, à Dieu, pécher contre le Saint-Esprit.
C'est ce péché que j'aurais cru commettre aujourd'hui, mes frères, si je ne vous avais