‹ La conscienceChapitre 24 sur 27 · L* IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

L* IMMORTALITÉ

grand cas, mais qui ne nous donne que des probabilités, tandis que le premier nous donne la certitude. — t L* homme, a dit Pascal, est né pour l'infinité. » Nous aspirons à la science absolue, à la liberté parfaite, à Tamour éternel. Or ces aspirations ne sont pas satisfaites icibas. Donc il existe d'autres mondes, où la contradiction qui existe entre ces aspirations et nos facultés si misérablement imparfaites, disparaîtra.

Cela est très-bien raisonné, et d'une déduction presque géométrique. Mais, en général, nous préférons au raisonnement, à la déduction, à la dialectique la plus délicate et la plus rigoureuse, le témoignage direct de la Conscience. A un raisonnement on peut toujours opposer un raisonnement, tandis qu'à un fait de conscience on ne peut rien opposer. — Je m'en tiens donc à ceci : Je suis immortel , parce que je suis responsable. Je serai puni ou recompensé, parce que cela est juste.

Voilà ce qui est certain. Si nous allons plus loin, nous rencontrons les hypothèses, — deux hypothèses surtout, — la première est la théorie catholique, paradis immobile et enfer

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•etôurne par la mort ; car elle participe de Té- ;ernité et de Tunivcrsalité, qui est Dieu. »

Nous ne nous arrêterons pas à critiquer, dans ce texte, deux ou trois propositions, inclinant trop évidemment vers le panthéisme. Il nous suffit de dire que cette hypothèse, prise dans ses données les plus générales, nous paraît, non pas démontrée (nous sommes ici dans une sphère que la démonstration n'atteint pas) , mais la plus probable.

. Dieu est tout ce qui est, et n'a pas de rival. Donc le mal absolu n'existe pas. La croyance à un paradis immobile et à un enfer éternel se trouve ainsi renversée, car elle ne repose que sur Thypothèse de la coexistence de deux principes également puissants, sur le dualisme de Dieu et de Satan. — 11 n'y a pas de peines éternelles, il n'y a pas d'enfer, puisqu'il n'y a pas de mal absolu.

Madame de Gasparin, dans un livre profondément religieux, les Hatizons célestes^ a fort bien nommé le paradis immobile « un paradis qui fait peur. » — Galilée, en brisant le ciel de cristal du moyen âge, en nous révélant la vie universelle dans l'immensité des mondes, are-

ffësiK: nt JOfUBfr cDiQL à&i^ Ifi pépoD des (anlûnisE. c parsâs ^ J^niisr d? raocâenne théoîisrk. dmn cl peu: âbr gifik n^'oot i^os ni fea IL iifiiL — ITmliems ce paruSs eodésiastiqtie fagiprîmixi: nffi jeraoraiiJhé ^ pcBâqa''il supprimai: mac uâhik^. «d sue oûodunnant à une caE^aKqjisûJVOï àernelk. 11 ctaôl ainsi moins défiirii^ie que li xie lerrKlre, où nous souffrons^

I>9DC ni paTMfis isranobile, ni «sfer éternel,

ExaminoRS de plus près rhypctfhèse des migrations.

Nous ne pouvons la justifier que par des inductions, ou plutôt par des analogies, tirées de la loi qui, d'après les données actuelles de la Srîir;ncc, régirait la vie universelle.

lia ftcionce est aujourd'hui bien près d'établir riiiiilr'î do plan, Tunité de force, l'unité de loi.

L(5 irionde nous apparaît de plus en plus <!()nnii() lo développement d'une substance unii\\\i\ organisée d'après un type unique de fornialion. VX oo développement lui-même se conlihut> tMi vtiiud'uno force éternelle et universelle, loii|\Mirs iilontitjuo à olle-même; et cette force OHil ^ww rt\Hso, oonformémont à une Loi.

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Cette loi de la vie, vous l'avez déjà tous nommée par son nom ! Elle s'appelle le Progrès.

Tout ce qui est, était en germe dans ce qui a été. Tout ce qui sera, est en germe dans ce qui est. C'est ainsi que le végétal n'est qu'un minéral, doué des facultés de nutrition et de reproduction; que l'animal n'est qu'un végétal, doué des facultés de sensibilité et de mouvement, mais où apparaît déjà le premier germe de l'activité volontaire et libre, qui constituera essentiellement la personnalité humaine.

Le globe que nous habitons, passe par une série de révolutions, ou plutôt d'évolutions, trèslentes dans leurs modes d'action, formidables dans leurs résultats, qui donnent naissance à des êtres nouveaux, végétaux et animaux, où la vie apparaît toujours plus complète et plus active. Et, si nous levons les yeux vers ces innombrables soleils qui brillent au-dessus de nos têtes dans les belles nuits d'été, ne sommes-nous pas déjà en droit de conclure, par analogie, des révolutions de notre globe à une série de révolutions progressives dans chaque planète, dans chaque système polaire et dans le système entier de l'univers?

Dieu est le suprême désirable et le suprê

If-N,

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intelligible. Le monde entier aspire à le posséder et k le comprendre. Il monte vers lui, s'en rapprochant sans cesse, sans l'atteindre jamais. L'univers est une immense échelle de Jacob, où chaque être s'efforce d'atteindre la plénitude de la vie. L'âme est partout : « le monde ^st plein d'âmes, » disait Heraclite, et Tâme du monde est dans un effort continuel pour se rapprocher, à travers les espaces et les temps, de Celui qui est l'absolu.

La loi du progrès, qui régit les évolutions de l'univers, est également la loi de l'humanité.

Nous lisons dans les triades bardiques :

« Trois choses se renforcent de jour en jour, la tendance vers elles devenant toujours plus grande : l'amour, la science et la justice. Trois choses s'affaiblissent de jour en jour, l'opposition contre elles devenant toujours plus grande : la haine^ ^injustice et l'ignorance* »

L'histoire n'est autre chose que Teffort de l'humanité pour arriver à une vie individuelle et collective plus complète, par la destruction de l'ignorance, de l'esclavage et de la guerre*

L'humanité, comme le globe qu'elle habite, traverse une série de révolutions, qui ont p6ur

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fin d'augmenter sur la terre la somme de science, de justice et d'amour. •

A chaque révolution a succédé jusqu'ici un âge de repos, où l'humanité s'organise en vertu d'une certaine synthèse plus ou moins imparfaite ; puis, le besoin du mieux se faisant de nouveau sentir, à l'âge organique succède un nouvel âge critique ou révolutionnaire. L'étemel voyageur est de nouveau en marche vers son but : l'amélioration physique, intellectuelle et morale.

Procédons toujours par analogie.

Nous sommes en droit de conclure de la constatation de la loi qui régit la vie collective de l'hymanité à une loi identique qui régirait le développement de l'individu.

• Le premier principe de toute philosophie, véritablement scientifique, est celui-ci 2 Tout ce qui est, a été et sera. « Aucune vie, disaient les anciens, ne procède du néant, aucune vie ne retourne au néant. »

Je suis, donc j'ai été; je vis, donc j'ai vécu* Mon être est, en ce moment^ à un certain degré de son développement; doncj il a passé par une çériç de dévçlpppejnents antérieurs^ qui con-

^6 LA aVfSClC3CE

Ipfiaipnt CB geime KM» être actueL t Joe de

traB^armatioas socotsâTes n'a-t4l pas failo poor ne doaoer ia conscietice et la liberté qui

Arant dTétre une etnsdence, une activité Mire, une persocme, ai on mot, je me traosformas dTane manière aTeogle et fatale, &ï lertade la loi dn progrès^ à laqœlle je né pouvais résBster, mais dont je ne pouvais non plus aider Faccoaipfissemeiit, poisqoe je ne possédais pas crae actÎTÎté qoi me fût propre.

Dans la TÎe actuelle, on nooTel ordre de phénomènes ^>paraiL

UiiomiDe, coQflaL55ant ia loi et étant libre, peut robgenrer ou la violer.

Toates les fois qae Thomme observe la loi, sacfaAût qiïil Tobserve, il se rapproche de ridia', il est en progrès; il gravit Téchelle des êtres, pour monter v«s une vie supérieure.

Toates les fois que F homme viole la loi, il se rapproche des é^res inférieurs, il déchoit, il dc^scetîd : il devient chaque jour moins homme, et plus animoL Ec, dans cette dégradation successive, il peut même arriver que sa personnalité s'aitècv et di^xaraisse complètement.

Dès lors, quel est le devoir de Fhomme? C'est

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d'aspirer à la plénitude de l'être dans lui-même et dans les autres* •

Trois facultés constituent surtout Thomme :

la connaissance, la liberté et Tamour.

Cest un devoir pour nous d'augmenter chaque jour la somme de nos connaissances et des connaissances de nos semblables*

C'est un devoir pour nous, non-seulement de maintenir dans son intégrité notre liberté morale, mais de la développer sans cesse, et aussi de la faire respecter chez les autres, d'inspirer aux autres le respect d'eux-mêmes, le respect de la force libre qui est en eux.

Enfin, c'est un devoir d'aimer et d'être aimé. Celui qui laisse l'amour dépérir en lui et chez les autres, commet le crime que l'Évangile appelle le péché contre la charité et qu'il déclare le seul irrémissible.

Supposons un homme qui, pendant sa vie terrestre, aura sans cesse reculé les bornes de sa science, de sa liberté, de son amour, — quand arrivera cette heure qu'on appelle l'heure de la mort et que j'appelle l'heure du passage, il se trouvera naturellement porté vers une vie supérieure, et cette vie sera sa récompense.

Dans le cas contraire , il faudra que l'homme

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expie» c'est-à-dire qu'il perde les facultés qui le faisaient homme. H s'est plongé volontairement dans l'ignorance, dans la servitude et dans la haine. Il sera châtié en devenant plus igno^ rant, plus esclave, plus haineux. Il descendra jusqu'à ce que, ayant lavé ses souillures, la juslice éternelle rappelle de nouveau des mondes de l'expiation vers les mondes de l'épreuve.

Ces mondes, où sont-ils? Dans les heures de la nuit, alors que tous les bruits de terre se sont éteints, que vos passions elles-mêmes dorment dans votre cœur, que vous vous sentez en communion avec toute la nature vivante, et que l'universelle harmonie vous parle tout bas, penchez-vous à votre fenêtre et regardez autour de vous.

L'infini vous environne. Yous le voyez audessus de vos têtes, vous le devinez au-dessous de vos pieds. Une étoile se penche vers vous et semble vous sourire ; vous lui souriez vous-même, car vous la connaissez : elle était peut-être l'étoile aimée de quelqu'un qui s'est en allé, en emportant la moitié de votre cœur* Là-bas, la voie lactée répand dans les espaces du vide sa blancheur, où flottent (Jes univers* Partout au-

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tour' dé vous, des mondes et de là poussière de mondesi Vous voilà face à face avec le ciel ; et vous entendez une voix qui vous murmure à l'oreille : Ceux que tu pleures, sont là-bas.

Oui, ils sont là-bas, ils y sont tous vivants, et non pas morts. Le ciel n'est pas vide, et il n*est pas non plus peuplé de fantômes. Dans chacune de ces sphères, qui roulent autour de ces myriades de çoleils,. il y a des êtres qui se souviennent comme vous, qui pleurent comme vous, qui espèrent comme vous. Vous êtes leurs frères et ils sont vos frères. Demain, peut-être, vous serez leur concitoyen.

Ils sont vivants, vous dis.je. Ils continuent là-bas ce qu'ils ont commencé ici. Le penseur, frappé tandis qu'il poursuivait la science qiii fuyait devant Uii, continue dans une autre .étoile sa méditation commencée. Le soldat de la justice et de la liberté, celui que les ighorarices, les haines, , les tyrannies ont empoisonné, ont mis en croix, ont brûlé à petit feu, se réveille dans une cité plus juste et plus libre, et continue le bon combat, où jl a perdu sa vie terrestre. Le martyr de l'amour salue l'aurore d'une vio où s'ébauche déjà Tharmonie de la réalité et du rêve, d'une vie d'où le mensonge et la contrainte

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sont bannis, où les âmes se cherchent et s^em-* brassent dans la liberté, oii tout vibre à Tunis* son, où toute terre est un autel, tout rayon du ciel une bénédiction.

Ils sont vivants, vous dis-je. Il n'est pas vrai qu'ils habitent un paradis immobile, dans une contemplation égoïste, au sein d'un bonheur fu* neste, où ils deviendraient indifférents à nos luttes et à notre amour. Il n'y a de vivant que celui qui agit. Ils sont donc toujours agissants et toujours moins imparfaits. Toutes ces qualités que vous estimiez, que vous admiriez, que vous aimiez en eux, atteignent sans cesse une plus grande perfection. Ils étaient bons, ils deviennent sublimes; ils cherchaient la justice, ils deviennent justes; et déjà leur beauté sMllumine d'un reflet de la beauté éternelle.

Et maintenant vienne la mort ! nous pouvons l'accueillir, le sourire aux lèvres, comme le voyageur accueille le guide qui vient frapper le matin à sa porte pour le conduire sur quelque cîme des Alpes, illuminée par le soleil levant. Sénèque disait : « Qu'est-ce que la mort? Une fin ou un passage. Je ne crains pas de finir, car c'est la même chose de ne plus être ou de n'avoir

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