‹ La Conscience Morbide: Essai de Psychopathologie GénéraleChapitre 32 sur 62 · Cf. IT, p. 171 et suivantes · texte numérisé non relu

Cf. IT, p. 171 et suivantes

Cu. BLONDE. 19

notre expérience et de notre langage, mais contre lesquelles s’insurge en même temps la radicale originalité de leurs états psychiques. Car l'élément collectif, cessant de jouer son rôle réducteur et de repousser la masse cénesthésique dans l'inconscient, est incapable de se détacher d’elle spontanément et de venir figurer seul au foyer de la conscience claire : d’où, à la fois, l'appel que font les malades à nos cadres conceptuels et leur impuissance à s’en satisfaire.

D'ailleurs, comme la cénesthésie ne saurait pas ne pas être affective, nous admettrions volontiers, à l’origine des troubles que nous étudions, un état douloureux de la cénesthésie, mais à condition d'y voir de la douleur pure, c’est-à-dire de la douleur vécue et non pensée, considérée antérieurement à toute détermination conceptuelle. Et ce qui, au point de vue mental, provoque les conséquences morbides, ce n’est pas le caractère douloureux en lui-même de cette douleur pure, mais c’est qu'elle reste rebelle à toute réduction conceptuelle, et d'une insurmontable subjectivité qui embarrasse la conscience socialisée, faite pour s’objectiver en sentiments, représentations, propos et actes qui, valables pour tous, ne sont le propre de personne.

Or, du moment que toute l'expérience antérieure des malades est faite, comme la nôtre, d'impressions, d’émotions et, en général, d'états psychiques conceptualisables et conceptualisés, du moment que cette expérience antérieure est, au moins primitivement, pour eux comme pour nous, le type unique de la vie consciente normale, en présence de ces états nouveaux qui viennent la contredire en ne se rattachant plus à elle, il ne se peut pas qu'ils n’éprouvent le sentiment de quelque chose d’inouï, et que, suivant qu'ils le vivent ou qu'ils le pensent, ils ne se débattent dans l’angoisse ou ne crient au mystère. Donc le premier effet psychologique de l’irréductibilité conceptuelle des masses cénesthésiques se trouve être tout naturellement l’état d’angoisse et de mystère, auquel notre analyse nous a montré

Page 1