‹ La Conscience Morbide: Essai de Psychopathologie GénéraleChapitre 48 sur 62 · Cf. II, p. 487 et · texte numérisé non relu

Cf. II, p. 487 et

sagère au sein de la masse morbide. Le malade n’a pas oublié que moi, corps et choses sont trois divisions essentielles de l’expérience et il ne peut, non plus, brutalement, se soustraire à la consécration que cette division a reçue du langage : quand il parle du changement qu'ont subis ses états, il le localise donc, suivant l’occurrence, à son moi, à son corps ou aux choses. Mais le même trouble est en réalité présent à la fois dans les trois domaines ; les trois expressions qui nous en sont données ne doivent pas nous faire illusion, elles ne nous mettent pas en face de trois états distincts, isolés et indépendants, elles sont, au contraire, pratiquement synonymes. La preuve en est que très souvent elles se continuent et se prolongent les unes les autres, que le malade ne se lasse pas d’en parcourir la série et qu'il les utilise successivement, au mieux des circonstances et selon les besoins, toutes marques de la diffusion réelle du trouble derrière son apparente détermination conceptuelle et discursive {.

Il arrive aussi, il est vrai, que de contingentes influences ou une préoccupation plus aiguë de notre logique cantonnent le trouble plus particulièrement en l’un de ces trois domaines. Dorothée et Fernande sont, par exemple, avant tout des dépersonnalisées, l’étrangeté du monde extérieur demeurant chez elles embryonnaire. Mais le souci de notre logique, lesté de la sourde continuité de l’état morbide, les conduit à un autre désastre : elles ne voient plus leur corps comme autrefois et il ne fournit plus les mêmes images visuelles à des yeux pour lesquels aucun autre objet n’a changé. Alors donc même que la conscience morbide semble le plus se plier à la discontinuité de notre expérience, le paradoxe dans lequel elle vit fausse l’emploi qu’elle essaye de notre logique et démontre ainsi le malaise qu’elle éprouve devant les conditions normales de la pensée.

Plus manifestes encore sont les effets de la continuité que

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