TE
ue —
le trouble morbide réalise entre les états de conscience que nous jugeons les plus distincts. Dans de telles conditions les états deviennent en effet irréductibles à l'expérience antérieure et rebelles à l'expression discursive. Le malade ne sait plus si ce qu'il éprouve est une peur ou une envie, il utilise indifféremment, pour rendre compte de sa situation, des concepts aussi contradictoires que ceux de mort et d'immortalité?, il sent pour des états nouveaux le besoin de catégories nouvelles, telles que nous en avons eu des exemples avec l’horrible de Fernande ou la pensée antagoniste de Berthe. Comme les états de conscience sont tous rentrés en communion intime dans l'unité du trouble morbide, ils se peuvent tous, au gré des circonstances, combiner entre eux. Il leur suffit, quels qu'ils soient, d’être appréhendés ensemble, pour qu'il se sente entre eux quelque chose de commun, et ainsi, comme ils échappent à tout contrôle efficace d’une expérience collective, se constituent ces systèmes d'influences mystiques, ces affrontements de causes et d'effets inintelligibles pour nous*. Enfin la continuité peut opérer sous le couvert du langage. Le malade nous parle et nous croyons l'entendre, quand tout à coup nous nous rendons compte que, derrière les mots qu’il emploie, ont pris en masse des ensembles que nous avons l’habitude de différencier et s’est réalisée, comme nous avons dit, une véritable symbiose de concepts déconcertante pour nous*.
Il n'est pas indifférent que les mots cerveau, tête, cœur, goût, gêne, etc., grâce auxquels il nous a été permis de deviner de telles complexités conceptuelles, appartiennent à un vocabulaire que nous utilisons alternativement pour désigner, au concret, des organes et des états physiologiques et, par métaphore, des faits moraux. S'il est vrai, en effet, que l'existence de l’homme soit triple et qu'il ait une
AC IT p.226:
2, Cf. II, p. 195 et 226.