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EXPOSITION DU SUJET. À di ne
peu de conviction, peu d’élan, et encore moins de per-
sévérance, la conduite de tous les jours, qui n’est pas soutenue par une conscience suffisamment éclairée, est entraînée par les instincts du moment et flotte aux hasards des hommes et des choses. Que sera-ce donc, si,
au milieu de cette mollesse et de cet abandon, les pas-
sions viennent à naître, etelles viennent toujours, si les sens et l'imagination s’enflamment, sile cœur se prend? Que deviendra ma raison avec ses délibérations au milieu de ce tumulte intérieur, et la voix de ma conscience, réduite à elle seule, aura-t-elle chance de se faire entendre et surtout écouter dans celte furie des orages de l'âme? |
En outre, si je me fais ma morale à moi-même, avec ma conscience et ma raison, je suis, sinon le législateur, du moins le promulgateur de la loi. Je m'impose telle chose, je me défends telle autre; la règle que je me fais, je puis la défaire, et je n’y manquerai pas dès qu’elle me contrariera. — Vous me direz que la loi morale est indépendante de ma volonté, qu’elle est fondée dans ma nature, que ma raison ne fait que la constater en moi.— Je l'avoue, j'avoue qu’elle est quelque chose de divin, la voix de Dieu même. Mais cette voix qui vient d’en haut est-elle toujours bien distinguée de la voix qui vient d'en bas? N’y a-t-il pas aussi dans ma nature une autre loi, d’autres mobiles qui cherchent à me soustraire à la loi supérieure, et si je n’ai pour m'en défendre que le sentiment de ma dignité, l'idée abstraite du devoir, n’est-il pas à craindre que je leur préfère la jouissance et le plaisir? |
Voilà ce qu’on risque, quand on n’a pas une morale indépendante des faiblesses de la conscience, des incertitudes de la raison, et qui, toujours, à toute heure, remette
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46 ©. * CHAPITRE PREMIER. | devant les yeux l’idée immuable du bien et la volonté de Dieu, jusque dans les plus petits détails de la vie Mais e.
si j'ai reçu une loi qui vient de celui qui m'a créé etmer ‘conserve, de celui dont je dépends dans le présent et. pour l'avenir; si sa volonté est manifeste, si elle est formulée dans un commandement précis, si à ce commandement il y a une sanction de peines et de récompenses; si je sais en outre que celui qui m'a imposé celle M loi peut lire jusqu’au fond de mon cœur, descendre dans mes plus secrètes pensées, saisir à leur racine même mes désirs les plus intimes ; si je sais que son regard plonge dans la substance même de mon âme et pénètre jusqu'aux ressorts les plus cachés de mon être, de telle M sorte qu’il m'est impossible de rien lui cacher, ni de lui échapper, oh! alors, quelle ne sera pas l'autorité d’une | telle morale ? La loi est là, devant moi, écrite en caractères nets et clairs, que je ne puis méconnaitre. Elle m'est imposée par une autorité toute-puissante et tout intelligente, qu’on ne peut récuser ni tromper, et, sije la viole, je tombe entre les mains du Dieu vivant, dont la justice est inévitable. Certes, l'autorité d’une telle morale est autrement puissante qu’un système rationnel sur l'idée du devoir, ou de vagues dictées de la con … science, qui n’ont pas de sanction. | | À ce sujet, qu'on me permette encore une compa= raison. Les comparaisons ne sont pas des raisons, diton, cela ne les empêche pas d’être très-utiles. Nous | avons dans la société des lois positives, par exemple celles qui protégent la liberté des personnes et la proprêté. Ces lois sont faites par le pouvoir, quel qu’il soit, |
. par l'État ou ceux qui le représentent. Puis, derrière 4
ces lois civiles qui garantissent la société et les indivi= «*
dus, et pour les soutenir et les sanctionner, ilyaun
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4. EXPOSITION DU SUJET. A7 tribunal et des juges; car il faut quelqu'un qui interprète la loi, ou au moins qui l’applique. Mais le tribunal est une autorité morale, et il faut une force physique pour faire respecter et exécuter les arrêts des juges; donc, derrière les juges il y a la force publique, qui est représentée par un homme, le gendarme.
Eh bien! vous, philosophes, qui ne voulez vous conduire et conduire les hommes que par la raison et la conscience, vous devrez dire : Je suis un être raisonnable, Jai ma conscience qui me défend de faire du tort à mon voisin, j'ai ma raison qui doit suflire à régler mes rapports avec mes concitoyens. Qu’ai-je besoin de ces lois positives, de ces règles écrites ? C’est une honte, une indignité, que des lois pareilles. Est-ce que ma constience avec ses dictées, ma raison avec ses lumières, ne me suffisent pas? Ne suis-je pas un être intelligent et libre? A quoi bon un tribunal qui vient juger entre mon semblable et moi? Je saurai bien le convaincre par mes discours, et avec l’aide et les lumieres de la raison nous parviendrons à nous entendre. Mais ce qu'il y a de plus abominable, c'est ce gendarme, cet homme de fer, qui est la personnification de la violence, et qui vient mettre la force brutale à la place de la puissance de la raison. Arrière donc le gendarme, arrière le tribunal, arrière les lois positives, arrière tous les codes! Vivons en société librement, raisonnablement, sous la règle unique de la conscience et de la raison! Alors seulement nous aurons un état social digne de l’homme... Qu’on essaye seulement un jour de ce régime social, et le lendemain ceux qui ont quelque chose à perdre, nous en rendront compte.
Il en est de même dans l’ordre moral proprement dit, et surtout pour les choses que la loi extérieure ne
peut atteindre. Si nous n'avions que des lois abstraites … que là conscience se pose et que la raison approuve, la plupart du temps nous ne saurions ce que nous avons à faire, et surtout nous n'aurions ni le courage ni la force
° de le faire. Il nous faut des lois morales qui se person-
nifient, il faut un tribunal, un juge, une force inévitable, des peines et des récompenses, un malheur à craindre, un bonheur à espérer; il faut une sanction claire et infaillible, il faut en un mot Dieu qui commande, parce qu'il est la vérité, parce qu’il est le bien, et que sa volonté est identique avec le bien et la vérité, et qu’on ne peut pas les concevoir séparés. Alors, nous savons à quoi nous en tenir, et la position est nette et
franche.
Voilà la loi que Dieu à donnée au Sinaï, la voilà en dix commandements qu’il est facile d'apprendre et de retenir. Voilà l'Évangile, développement et complé= ment de la loi ancienne : c’est la loi nouvelle ; elle nous mène de la justice naturelle à la justice chrétienne, à la charité. Elle fait sortir de l'homme tout le bien qui est en lui; elle le conduit à la perfection dont il est capable, et cela, sans doute, par la vertu de la parole, par la force de la persuasion, mais aussi et d’abord par la
crainte du législateur et du juge, par la salutaire frayeur
des châtiments réservés au violateur de la loi divine et par l'espoir bien fondé des récompenses promises à ceux qui l’observent.
Ïl y a donc là une tout antre autorité, celle de Dieu même. De l’autre côté, je ne vois que l'opinion d’un homme, d’un philosophe, qui sera peut-être Épicure, Triste autorité F Mettez, si vous voulez, les hommes les
pluscélèbres, Platon, Aristote, jen’en connais pas de plus
grands en philosophie, Platon surtout; Sans doute, Platon
est un n homme plus habile, Le nant plus den que beaucoup d’autres, mais enfin de quel droit l’opinion de Platon Fee elle la régle de ma conduite? On dira peut-être : mais ce n’est pas un homme qui . parle, c’est la raison impersonnelle qui s’exprime par la bouche du philosophe. Je ne connais pas de raison im- . personnelle, je ne connais que des personnes; hors de là, je ne vois que des abstractions. La raison imperson- Pnélle, je ne l'ai jamais vue, je ne sais où elle est, où elle : Éparle. ni comment elle parle, j'ignore à quels caractères . on peut reconnaitre qu’elle parle par un homme ou par un autre. Dans un homme, je ne vois qu’un homme, à moins que la raison de Dieu, qui n’est nullement im- - personnelle, ne daigne parler par lui. Cet homme aura alors une mission supérieure, et il la prouvera par des signes éclatants. S'il est l’homme de Dieu, il le mamifestera par une puissance, par une science surhumaines, par des prophéties ou par des miracle. Une vertu surnaturelle agira, parlera par lui, et en me soumettant à sa parole, à sa direction, c’est à Dieu que j'obéis, c’est l'autorité divine que je reconnais et accepte.
Ainsi s'établit la religion et la morale religieuse, nt c’est ce qui fait l'autorité et la vertu de la théologie morale. Mais en philosophie on ne peut avoir cet avantage, et, spécialement dans la morale philosophique, on na pour appui que la raison d’un homme, et, en défi- nitive, sa propre raison, qui doit la juger pour l'admettre ou la récuser? Vous en êtes done, en définitive, ÿ | réduit à à vous-même, à votre raison, àses lumières, pour discerner entre les systèmes humains celui qui vous . semblera le plus vrai, le meilleur, et, après les avoir tous . examinés et pesés, si vous êtes vraiment philosophe , trouvant qu'il y a partout du vrai et du faux, du bien
et du mal, des parcs de vérité au milieu de beaucoup 3 d'erreurs, vous n’aurez point de raison suffisante pour adopter l’un plutôt que l’autre, ou bien vous tenterez à de choisir et de concilier ce qu’il y a de vrai en chaeun, sans avoir ni règle ni mesure dans votre éclectisme,
qui tournera facilement au scepticisme dans la science
et à l'indifférentisme dans la pratique.
Dans un tel état de choses, savez-vous ce qui domine la conduite morale de la plupart ? Outre la raison et la conscience, qui peuvent encore suggérer de bonnes pensées et d’honnêtes. inspirations, ce qui l'emporte le plus souvent, c’est la peur de la loi civile, la crainte de l'opinion, et, par-dessus tout, l'intérêt propre. On vit dans la société de manière à ne pas se brouiller avec ses lois, avec ses tribunaux, et surtout avec ses gendarmes. On s'arrange avec l'opinion du monde pour paraitre un homme convenable et ne pas se compromettre à ses yeux. On ne veut pas la choquer, ni surtout la révolter. Mais on ne se fait pas scrupule de l’abuser, de la fasciner, si l'on peut, afin de se satisfaire sans blesser ce qu'on appelle la délicatesse et les convenances. On devient ce qu’on appelle dans le monde un honnête homme, un galant homme, qui fait ses petites affaires d'intérêt ou de plaisir sans se compromettre précisément avec personne, ni avec le public, niavec les particuliers, et qui passe dans la société pour un homme honorable, parce qu'il ne prend pas le bien d’autrui et n’a rien à démêler avec la police correctionnelle ou la cour d'assises.. On vivote ainsi au milieu de ses semblables, oc cupé exclusivement des intérêts et des jouissances de ce monde, lant qu'on peut s’y mêler et en profiter, Jusqu'à ce que, par le déclin de l’âge, par la diminution des. forces et l’affaiblissement des facultés, on arrive à cette.
he qui ressemble à l'enfance et où l'on va s’éteindre, comme les animaux sans intelligence et sans avenir. |
C'est là ce qui arrive trop souvent, quand on n’attache pas son âme à quelque chose de supérieur, quand on ne se redresse pas vers le ciel par l'esprit et par le cœur, quand pour la conduite de la vie on n'accepte pas une autorité divine qui domine et règle la volonté, mais qui en même temps la soutient et la fortifie dans les dangers, les épreuves, et les tentations de ce monde.
Le troisième avantage de la théologie morale sur la philosophie morale est dans son étendue,
C’est un préjugé mondain que la foi rétrécit l'esprit. On reproche assez communément aux hommes pieux d’avoir peu d'esprit, ou de l'avoir peu large. C’est tout le contraire. Cominent ! la foi rétrécirait l'esprit, elle qui a pour but immédiat de l'élargir, de l’étendre en l'enri-
chissant d’une nouvelle lumière et de vérités nouvelles, La foi ne commençant que là où la raison expire, le domaine de la foi se surajoutant au domaine de la raison, et lémonde surnaturel au monde naturel, qui ne voit que l’entendement du chrétien est Ce à agrandi, puisque son horizon est plus vaste de toute la vastitude de l’ordre surnaturel? En cé qui concerne la morale en particulier, nous avons vu que la philosophie n'avait
jamais pu exprimer ni formuler la loi naturelle dans son ensemble, et que ses plus beaux systèmes étaient à cet égard déféétneux et incomplets. Qui donc nous a restitué lasloi morale tout entière, sinon la foi, la révélation, et par conséquent la théologie morale ? C’est elle qui l'a fait sortir du vague où la philosophie l'avait lais- sée, et qui nous l’a exposée complète, précise et explicite. Ainsi la théologie morale l'emporte sur la philoso-
. morale, en ce sens qu’elle comprend tout ce que
celle-ci connaît, qu'elle restitue même à la première 1 une foule de vérités qu’elle avait perdues, etiqu'en ou-
tre elle s'élève à un monde supérieur qu'elle n’atteint.
pas. Car non-seulement elle admet la loi naturelle et uk explique, “mais elle possède encore la loi révélée, la loi ancienne ou mosaïque, et la loi nouvelle, qui développé | l’ancienne et la complète.
Mais là encore où elle va plus loin que la philosophie, et surtout plus haut, et où l’on peut dire que le rayon de sa sphère est infini, c’est dans l’ordre des vertus qu'elle exige et qu’elle réalise. Car aux vertus naturelles
elle ajoute les vertus surnaturelles, à la justice humaine
la justice chrétienne, et la charité. Elle couronne les vertus humaines de la philosophie, la justice, la force, la tempérance et la prüdence par les trois vertus divines,
qu’on appelle théologales, parce qu’elles ont Dieu directement pour objet, la foi, l'espérance et la charité; les-
quelles, augmentant la force de la volonté et lélevant au- AE d elle-même et de la nature, lui donnent, une
puissance qu’elle n’a pas dans sa propre condition, et là
rendent capable d'accomplir tant d'actes de grandeur, de sacrifice et d’héroïsme,
La théologie morale commence done là où finit la philosophie morale, qu’elle suppose, et le sommet.
de la morale humaine devient pour la morale théolo- M
gique comme un point de départ d'où elle s'élève vers
le ciel, entraînant l'homme à sa perfection et à Ses hautes - destinées sur les ailes des vertus divines. ’
En quatrième lieu, la théologie et la philosophie mo-
rale différent par les moyens qu’elles emploient, et cette différence est grande.
Un philosophe moraliste enseigne à sès disciples la:
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“ae à la bail: il l'expose mélaphysiquement,
philosophiquement, et alors il leur dit : Voilà l'idée.
vraie, absolue, de la distinction du bien et du mal, voilà Je bien qu’il faut faire, et le mal qu’il faut éviter. Je vous ai donné la seule véritable explication de l’obligation morale; après cela, vous en ferez ce que vous vou- … drez, ce que vous pourrez. Comme philosophe, comme
professeur, il n'a point d’autre action sur eux, car il.
n'a pas les moyens d'agir sur leur conscience. Il peut les exhorter, les engager à faire comme il fait, mais voilà tout, et encore, la plus médiocre modestie l’empêchera de se donner lui-même pour modèle. Il est en effet difficile de dire à ses auditeurs, ou de leur laisser entendre : Moi qui vous parle, et qui viens vous enselgner la vérité morale, je vous en offre l'exemple dans la pratique. Si mon système est vrai, il faut que ma conduite lui soit conforme, il faut que mes actes soient en rapport avec mes paroles, Regardez-moi donc et imitezmoi comme un idéal de vertu et de perfection. Faites ce que je fais encore plus que ce que j'enseigne. Sans doute, un homme qui a quelque pudeur n’osera tenir ce langage, et cependant s’il se pose comme l'inventeur d’une théorie nouvelle de la moralité, s'il affirme que personne avant lui ne l’a bien expliquée, n'en doit-on pas inférer naturéllement qu'il la pratique aussi mieux que personne” Car partout, et en morale principalement, à quoi sert la théorie sinon à diriger et à perfectionner l'application, et n’est-on pas fondé a exiger plus de vertu de celui qui en parle si magnifiquement?
Le maître de la morale chrétienne n’a point cet em-
barras. Comme il n’a point inventé de système et qu'il
neidit rien de lui-même, il n’est point exposé à se donner en modèle de la réalisation de son idée. Il transmet
NPOSITION DU SUJET. : 93.
Le
LANCNR PE Fo cies A TA SEE AN pis n LP A 2 LAN k 10e
24 | | CHAPITRE PREMIER. he
simplement l'enseignement qu'il a reçu de l'Église, “à le modèle lui est donné en la personne adorable de Jésus-Christ, de l’'Homme-Dieu. Jésus-Christ est toujours devant lui, devant son auditoire, comme le représentant de toutes les vertus, les enseignant par ses actes encore plus que par sa parole; car il a commencé par faire et ensuite il a enseigné : Cœpit Jesus facere et docere. C’est la vraie méthode dans l’ordre moral, et elle n’est pas ordinairement suivie par les philosophes, qui enseignent d’abord et le plus souvent font peu de chose ensuite.
La théologie morale a donc cet avantage, que dans ses écoles il n’y a qu’un seul maître, celui-là seul qui peut être appelé maître dans toute la rigueur du terme, Jésus-Christ, le Verbe divin fait homme pour instruire, guérir et sauver les hommes. Et en même temps qu’il est le maître unique de tous les maîtres, qui se font gloire d'enseigner sa parole et de n’enseigner qu'elle, il est aussi le modèle des modèles qui ne défaille jamais, et dans la contemplation duquel nous pouvons puiser l'idée du bien par excellence, et le goût de la vertu parfaite. Ce divin modèle, dont {a Se pourrait nous éblouir, dont la perfection pourrait nous décourager, pour se mettre à la portée des faibles, se réflechit dans les âmes et dans la vie des saints, hommes comme nous et qui nous offrent l’exemple des vertus les plus héroïques dans des proportions plus accommodées à notre faiblesse. C’est pourquoi les disciples de la morale chrétienne, instruits par la parole de Dieu et conduits par sa lumière, ont toujours sous les yeux les modèles magnifiques du bien et des vertus qui leur sont enseignées, Jesus-Christ d'abord, qui est la voie, la vérité et la vie, et ensuite cette brill ante couronné de
ECS Te DE PORT EN EN Re 0 Es de GE vu PTIT
; EXPOSITION DU SUJET. : | 25 saints dont il est entouré dans sa gloire, qui y participent, et dans lesquels resplendissent les rayons de sa divine auréole,. | :
Salluste d't quelque part, et à peu près en ces ter- -mes: Les familles patriciennes ont des âmes nobles et élevées, parce qu’elles ont des ancêtres glorieux ; et que chacune d'elles voit appendues dans ses palais, dans ses galeries, les images de ses aïeux qui lui parlant sans cesse de courage, de grandeur d'âme par les exemples qu’elles rappellent, leur inspirent, et leur soufflent, pour ainsi dire, la vertu par leurs regards, Ainsi chaque génération se forme et grandit sous ces généreuses influences, et il faut bien qu’il en sorte des hommes d’un haut esprit et d’un Su cœur.
Ne pouvons-nous pas dire la même chose et avec bic plus de raison des chrétiens? Dans leurs temples, dans leurs maisons, partout brillent les images de Jésus-Christ et des saints; ils ont sans cesse devant les yeux les mo- dèles de toutes les vertus, qui les exeitent à une noble imitation, dont les exemples encouragent et soutiennent leurs ÉMOrts: et de tous ces modèles qui sont les reflets du grand modèle, du modèle unique, sort comme une vertu divine, un rayon de lumière et de charité, qui en illuminant, élevant et échauffant leur âme, les pousse aux grandes choses, et les dispose à l’héroïsme.
Voilà une différence dans les moyens; il y en a encore une autre plus considérable et qui produit de plus grands effets.
: Quand le philosophe a donné sa parole, son enselgnement, son livre, c’est fini, il n’a plus plus rien à donner. Or, en fait de morale, il ne suffit pas de savoir. Que d’ ue connaissent leur devoir et ne le font
pas! Le plus difficile n’est pas de savoir ce qu’on doit
96 Fa CHAPITRE PREMIER.
faire, mais de l'exéeuter. Il faut donc des moyens qui
nous y aident, et c’est là que brille la morale chrétienne, Elle a entre les mains un moyen excellent, tout divin, quis appelle la grâce. Nous sommes assurés par notre foi, que si nous embrassons avec amour l'Évangile, Ja : barole de Jésus-Christ, si nous avons le désir sincère de le réaliser par nos œuvres, par toute notre vie, un secours supérieur nous sera fourni, une lumière, une
vertu d’en haut éclairera notre esprit, et revêtira notre
cœur d’une force surhumaine, laquelle, nous transformant et nous unissant à Dieu, nous fera participer à son intelligence, à sa puissance, aux ineffables propriètés de son éternelle vie et ainsi nous rendra capables de comprendre par la foi ce qui dépasse la portée de notre raison, et d'opérer par la charité ce qui est au-dessus des forces de la volonté humaine.
Voilà ce que fait la morale chrétienne et ce que la philosophie morale ne peut pas faire.
Entrons maintenant dans le champ de la théologie
morale, et, après avoir parcouru d’un coup d’œil l’étendue du terrain, traçons la portion de notre travail actuel.
La théologie morale peut être divisée en trois parties principales, auxquelles se rattache tout ce qui est l’objet de son enseignement. La première traite des actes humains et des conditions de leur moralité; la seconde, des lois qui les règlent et servent à les apprécier; la troisième, des vertus et des vices qui en résultent, La première partie, ayant à expliquer les actes de l’homme en tant que moraux, doit d’abord déterminer ce que c’est qu'un acte. humain, et ce qui le distingue
de tous les autres actes, qui peuvent venir de l’homme :
sans être proprement des actes humains, C’est une dis-
EXPOSITION DU SUJET. 97 tinction Scolastique qu il est bon de conserver pour mieux préciser les choses. Sans doute, en un sens général, tout ce qui est de l’homme est on mais, dans Londres moral, on appelle actes humains Ne seulement qui sont accomplis ävec raison et liberté. Ainsi, les fonctions organiques où notre volonté ne peut rien, au moins directement, les tendances spontanées et irrésistibles de notre âme, les premiers mouvements, les entraînements instinctifs qui naissent des impressions reçues, tous ces actes ne sont pas des actes humains, parce que l’homme n’en est pas la cause intelligente et libre.
Après avoir défini les actes humains, il faut reconnaître ce qui les règle et les juge, la loi. Le traité des lois est donc la seconde partie de la théologie morale.
Ce traité peut se diviser à son tour en deux parties. La première traite de la loi et des lois en général; elle explique leur origine, leur formation et l'obligation . qu’elles imposent ; puis, la division des lois en naturelle et positive, en divine et humaine, en civile et ecciésiastique. Cette partie peut s'appeler la philosophie ou la métaphysique des lois, qui doit rendre raison de leur établissement, de leur autorité, de leur développement, de leur affaiblissement, de leur restriction et de leur extinction !.
La seconde partie traite des lois en détail, et, comme théologie morale, elle laisse de côté les lois civiles et même les lois ecclésiastiques qui concernent la discipline et sont l'objet du droit canonique, pour s’occuper des lois morales proprement dites. Ici vient l'explication du Décalogue, de la loi évangélique, et tout ce qui con-
1 La Philosophie des lois, au point de vue chrétien, a paru cette année à la librairie académique de Didier et Cie.
cerne la justice et la charité chrétiennes, ou le com-.
mandement nouveau.
La troisième partie sort de la seconde, comme la seconde de la première. Les lois, règles des actes humains, seront accomplies ou violées, observées ou transgressées. La transgression des lois constitue la faute, le péché d’où résulte le vice. L’accomplissement de la loi fait la moralité de l’action humaine d’où provient la vertu ; donc le traité des vertus et des vices, avec leurs consequences, les récompenses et les peines, le bonheur ou le malheur, la perfection de l'âme ou sa dégradation, suivant qu’elle s'attache à la loi pour l'observer fidèlement, ou se tourne contre elle pour la combattre.
De ces trois parties, nous n'en exposerons qu’une dans celivre. Nousy traiterons des actes humains, et nous expliquerons les conditions de leur moralité.
Nous distinguerons d’abord les actions humaines proprement dites des actes de l’homme, auxquels ne participent point la volonté et la raison. Nous expliquerons ensuite la formation de l’acte moral, en analysant soigneusement les principes divers qui concourent à le former, savoir : les principes immédiats, la volonté et la liberté d’une part, et de l’autre la raison et la conscience : puis d’autres principes internes, mais médiats, à savoir : les facultés intellectuelles et morales, qui prennent part à la formation de l'acte humain, la sensibilité, l’imagination, l'appétit irascible et concupiscible, les passions. Nous considérerons après cela les causes externes, qui concourent à la production de nos actions, les objets qui nous impressionnent par les sens, l'influence de nossemblables par leurs exemples et leurs discours, les suggestions mystérieuses, bonnes où mauvaises, qui agissent dans les inspirations
ere ou dans les tentations, et, en dernier lieu, l'action la plus intime et la plus or bfodE dont l Éoure puisse être pénétré, l'influence de Dieu sur les âmes par la grâce.
Aprés avoir exposé l’acte humain et sa formation, nous examinerons sa nature, qui est tout entière dans sa moralité, Il faudra dire ce qui constitue la bonté ou la malice des actions, soit essentiellement par l'intention de l’agent et la qualité de l'objet, soit accidentellement par les circonstances qui modifient et changent quelquefois la propriété des actes; et, enfin, après avoir approfondi la nature des actes humains, nous en verrons les conséquences et la fin dernière, à savoir : le mérite et le démérite, la responsabilité, la solidarité, les peines et les récompenses, la vie ou la mort, qui sont les suites inévitables du choix de la liberté humaine et de l'im-
prescriptible justice.
Telles sont les grandes vérités que nous avons à exposer; c'est le fond mème de lâme humaine qu’il faut dévoiler, c’est la destinée que l'homme se fait à luimême par sa volonté libre qu’il faut déterminer. À toutes ces questions profondes, nous tâcherons de donner des solutions. Mais, je le déclare en commençant, si je n'étais ici qu’un philosophe, je serais saisi de frayeur ; J'entendrais encore au fond de ma conscience cette voix que j'ai entendue si souvent jadis, et qui me troublait toujours : Quoi! tu oses décider de ton autorité privée en pareille matière ? En des questions aussi périlleuses tu ne crains pas de donner tes opinions pour la vérité? Tu engages {a responsabilité, et peut-être celle des autres, sur
à la fi de ton jugement propre ! Mais qui es-tu, pour done matiser devant tes semblables et leur imposer peut-et tre Les réveries de ton esprit, les chimères de ton imagination? ” 2.
mn < | CHAPITRE PREMIER. .
Qui es-tu, pour avoir l'assurance de leur dire : Je mets le bien et le mal devant vous, choisissez, et vous aurez en raison de votre choix. Es-tu bien sûr de ne pas appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien, et ne serais-tu pas, sans le savoir et sans le vouloir, mais par ton orgueil imprudent, le corrupteur de ceux que tu prétends moraliser ? Oh ! assurément, si ces terribles paroles retentissaient aujourd’hui dans ma conscience, ma bouche se fermerait, et je n’oserais plus écrire. Quand j'étais philosophe, j'ai osé parler au milieu de cette terrible perplexité, mais j'étais bien jeune alors, et J'espère que ma sincérité a excusé ou au moins atténué mon imprudence. Mais à mesure que l'expérience arrive, à mesure que l’homme devient plus sérieux par l’âge, il devient aussi plus circonspect, plus retenu, sinon plus humble. Alors aussi il sent le besoin d'aller puiser ses solutions et sa science à une source plus élevée que les : citernes humaines ; il sent le besoin d'aller chercher des lumières ailleurs que dans les livres et dans les opinions des hommes: il a besoin du livre de Dieu, de la pensée de Dieu, de la raison de Dieu.
Voilà pourquoi j'ai passé de la philosophie à l'Évangile et à l'Église. Voilà pourquoi je fais maintenant de la théologie morale, et non plus de la morale philosophique. Oui, je donnerai des solutions, et je les donnerai hardiment, parce que ce n'est pas moi qui les inventerai, parce que ma parole ne sera pas ma parole, ma doctrine ne sera pas ma doctrine, mais la doctrine de celui qui m'a envoyé. C’est la parole de Jésus-Christ € qu e je viens annoncer. C’est la science catholique que j’ enseignerdi .
avec la foi la plus vive et le dévouement le plus entité car je lui ai consacré toute ma vie. Je l’enseignerai avec | æs textes de la parole sainte, avec les traditions etles …
Dao de l’Église, avec les sentences de ses docteurs, en un mot avec celte grande école de respect et de moralité, cette école universelle qui depuis dix-huit siècles
| éclaire, civilise et perfectionne le genre humain. Oh! si ma parole a le bonheur d'entrer dans l'esprit de mes lecteurs et d'aller jusqu’à leur âme, ils verront la lumière de cet enseignement divin, ils goûteront la vie qui y est renfermée; ils sentiront comme moi, je l'espère, combien il est doux, combien il est heureux, après avoir traversé les déserts de la philosophie et les sables de la science humaine, de se reposer enfin dans une terre bénie de Dieu, où l'on trouve abondamment tous les rafraichissements de l'existence, tout ce qui peut illuminer l'intelligence et vivilier le cœur.