‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 43 sur 69 · PAS · texte numérisé non relu

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Car la science s’en tire par des décisions générales; m mais, dans la pratique, dans les cas de tous les jours, au con-. … fessionnal, nous sommes souvent embarrassés, quand il ‘ ‘s’agit de peser ces choses, de discerner les circonstances : et de faire la part des causes qui ont influé sur Paction. Car-là nous sommes juges de la culpabilité, de la respon- Sabilité, de la réparation à faire. Nous devons apprécier [a moralité de l'acte et ses conséquences, puisque nous devons travailler à les détruire pour rétablir l’ordre et la paix dans l'âme des coupables et dans la société, + … En troisième lieu, la crainte, quelle qu'elle soit, ne 4 peut jamais à Diorier à faire ce qui est défendu ni à e omettre ce qui est prescrit. Ainsi on doit tout supporter plutôt que de faire le mal, la mort même s'il le faut. Ainsi on demandait aux martyrs de manger des viandes consacrées aux idoles, de présenter quelques grains -d’encens devant les faux dieux. Cela semblait peu de chose. On les priait même quelquefois de le laisser faire devant eux, sans manifester d'opposition, sans dire qu’ils étaient chrétiens, ou même de garder le silence, pue leur foi et leur conscience réclamaient, et ils s’écriaient à haute voix : de suis chrétien. En vain leur “ À mettait-on sous les veux le feu, les büchers, les tortures, .

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les chevalets, la hache, tous les supplices les plus terri-. bles ; ils étaient inébranlables. En cela ils remplissaient un devoir; car jamais la crainte n’excuse de faire ce qui … est défendu et d’omettre ce qui est commandé, c’est-àdire qu’elle ne dispense pas d'accomplir la loi de Dieuet de la conscience, On n’est pas admis à dire : J’ai eu peur ce jour-là. Et le soldat qui est en vedette devant l’ennemi, pensez-vous qu’il n'ait pas peur aussi un jour ou l'autre? Est-ce une raison pour lui d'abandonner son poste, et serait-il bien venu à dire en se sauvant : Que voulez-vous ? j'avais peur. 4 En quatrième lieu, la crainte, qui ne peut justifier une M mauvaise action, ne peut pas non plus former des enga- M gements durables, solides, c’est-à-dire que les promesses M du mal arrachées par la crainte ne sont point valables, d’a- . bord parce qu’on ne peut jamais prendre d'engagements « contre la loi, contre la justice, ensuite parce que ces M mauvais engagements ont été extorqués par la violence. Vient maintenant cette question : Est-il permis de faire agir les hommes, ou de les empêcher d’agir en employant la crainte ? Est-ce mal? Non, certes, car il y a une crainte salutaire et légitime, la crainte est une pas- M sion, et quand c’est la crainte du mal, c’est une bonne « passion. Si vous ne pouvez inspirer directement l’hor- « reur de l'injustice, excitez au moins la peur de ses conséquences, c’est-à-dire du châtiment qu’elle s’at- « tire, de la punition qu’elle mérite et qu’elle ne pourra éviter. Alors, tout est dans l’ordre; il est très-heureux « qu'on puisse inspirer aux hommes, qui veulent mal faire, une peur salutaire qui les arrête et les empêche « de commettre le crime. Est-ce aller contre la liberté? Pas le moins du monde, c'est seulement la préserver du mal, et nous avons montré plus haut que le pouvoir de

| faire le mal n’est pas de son essence. Empéclier À homme

. de faire le mal par la crainte est tout aussi légitime que

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4 de le punir, quand 1l l’a commis.

La crainte du châtiment est efficace dans l’ordre civil, dans l’ordre moral, et dans l’ordre religieux. La religion se sert admirablement de ce puissant moyen. Sans doute son instrument principal, et le meilleur, est la charité.

Mais comment parler de charité à un homme dominé par

des passions grossières? [l faut d’abord lui apprendre à dominer ses appétits, à se rendre maître de son corps, et quand il n’en sera plus à faire du mal aux autres, on pourra songer à lui apprendre à leur faire du bien. Il faut commencer par le dompter, le mater, l’habituer à l’ordre, lui apprendre à respecter la justice, et le préserver de l'injustice. Pour cela la crainte est bonne dans le principe. Mais la crainte seule ne fait pas une vertu morale; car si l’on obéit uniquement par peur et sans détester le mal, sans

une ferme volonté de ne le plus commettre, c’est une

crainte servile et non un acte vertueux. Tant que l’homme s’abstient du mal uniquement par peur, il n’a pas à proprement dire de moralité. Pour qu'il y ait du mérite moral dans sa conduite, il faut qu'avec cette crainte de là punition il ait l’aversion du péché, en même temps

que le désir de n’y plus retomber; il faut la détestation de la faute, comme l’enseigne l’Église qui demande au

pécheur un acte de contrition. Il ne lui suffit pas d’avoir

- la peur des jugements de Dieu, la crainte de l'enfer,

il faut encore qu’il abjure, déteste le mal, et fasse un ferme propos de ne le plus commettre. C’est ce qui cons-

fitue‘la valeur morale de la contrition et la vertu de . l'homme qui revient au bien.

Il y a bien au milieu de tout cela des cas embarras-

| sants et qu'il n'est pas facile de résoudre. En voici un

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qui se trouve dans les anciennes théologies. Des Schoe

chétiens se trouvent à bord d’un bâtiment monté par des pirates. Non-seulement ces chrétiens sont forcés de

ramer ou de faire la manœuvre, mais encore, comme ils entendent mieux le service de l'artillerie que ces bar-

bares, on les oblige sous peine de mort à pointer les canons contre les vaisseaux attaqués par ces brigands. = Les théologiens se sont demandé quel est l’état moral » de ces chrétiens. flssont sous le poids de la crainte: s'ils. ne rament pas on les abimera de coups; s'ils ne poin-

tent pas les canons, on les tuera. Sont-ils coupables? Les uns ont dit : oui; les autres : non. Les premiers

ont dit : Hs sont coupables, car ils devraient plutôt se |

laisser tuer que de participer à la piraterie et de coopé-

rer à détruire des chrétiens. Les seconds ont dit : La © position est tellement grave, tellement violente, qu'ils « sont excusables. Pour moi, j'avoue que je suis très-porté « à les excuser, parce qu’il ne s’agit pas en cette circons- «

tance de renier leur foi. En ramant, ils font une œuvre

machinale qu'on les oblige à faire ; ils contribuent sans « doute à la piraterie, mais d’une manière éloignée; quant

à ceux qui tirent le canon sur leurs frères, c’est plus dif-

ficile à justifier. Je ne vois pour eux qu'un moyen de

s’en tirer, c’est de pointer à côte.

Il y a encore un cas tres-délicat, bien plus fréquent que le dernier, c’est celui d'un serviteur, d’un domestique qui par besoin sert un maître vivant dans le désordre, . et qui emploie ses gens comme des instruments pour \ commettre des actions mauvaises et quelquefois des w crimes. Sans doute on dit en général : Quels que soient la " erainte ou l'intérêt, on ne doit jamais consentir à devenir l'instrument du mal et du crime; mais on ne com- - mence pas par un crime. S'il s’agit, par exemple, d’une w

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