‹ La conscience, ou, La règle des actions humainesChapitre 44 sur 69 · RC EN AE PU · texte numérisé non relu

RC EN AE PU

na à à un de de rs. mas on lui ii à por-

- ter des lettres, on lui fera faire mille choses qui contri- ” buent à la fin d une manière indirecte ou éloignée, Aus-

sitôt qu’il s’en aperçoit, que doit-il faire ? Son maitre . peut le menacer de manière à lui inspirer des craintes * pour Sa vie, Ou au moins pour ses moyens d'existence. - Sans doute, mais s’il n’est jamais permis de faire un mal pour Obtenir un bien, à plus forte raison pour arriver à

un mal. Néanmoins, dans la pratique, il est très-difficile de déterminer justement le point où on doit s'arrêter, parce qu'avec des subtilités on peut arriver de concessions en concessions jusqu’au précipice, qu’on n’aperçoit

+ souvent qu’au dernier moment.

Un mot sur l'influence de l’habitude.

J'ajoute cette cause, que je n’ai pas trouvée dans les théologies, quoiqu’elle exerce une grande influence sur la volonté et ses actes. La question est celle-ci : L’habi-

tude diminue-t-elle la liberté, affaiblit-elle par consé- quent l’acte moral? Les actes qu'on commet par l’en-

traînement de l'habitude sont-ils moins coupables que

* les autres? [ci je réponds nettement : oui et non. On va

voir que ma réponse est sincère. Ge n'est pas pour me .

tirer d’embarras que je distingue.

Qui, en ce sens que l'habitude, comme dit Aristote,

L est une seconde nature. Car c’est Aristote qui a écrit

cette parole, ou ce proverbe que nous répétons encore

4 aujourd’hui : worep à Duste n0oç. L’habitude est comme la * nature; nous disons : l’habitude est une seconde nature, * Donc, si l'habitude est une seconde nature, l'acte habi-

tuel participe à l'entraînement du mouvement instinctif

$ de l’acte spontané, c’est-à-dire de ces actes qu’on fait sans s’en apercevoir. Et, en effet, il y a des actes habi-

284 é CHAPITRE XIL

tuels, moraux et immoraux, et même indifférents, que. nous accomplissons tous les jours, à chaque instant, sans __en avoir conscience. Ceux qui prennent beaucoup de tabac ne savent même plus qu'ils en prennent. Done. dans ce cas l'habitude participe à l'entraînement du premier mouvement, etainsi, comme elle affaiblit le volontaire, on peut dire que sous un rapport elle atténue la moralité de l'acte.

D'un autre côté, il ne faut pas perdre de vue que, si l'habitude est une seconde nature, elle est une nature acquise et formée volontairement. Donc là se retrouve « la loi du volontaire indirect, c’est-à-dire que nous devenons coupables, non pas précisément des actes qu’elle nous fait faire, mais d’avoir posé les causes qui amènent ces actes. Car l'habitude ne se forme que par des actes # répétés de la liberté. On commence par un acte qu’on réitere, et à force de le multiplier il finit par se produire comme de lui-même. Mais on est toujours coupable de M l'habitude acquise. On est éoupable d'avoir formé une M4 habitude mauvaise, parce qu’elle ne se forme jamais sans la participation directe et soutenue de la volonté. « C'est la volonté qui l’a plantée, pour ainsi dire, qui Va cultivée, arrosée et fait croître, jusqu’à ce qu’enfin elle en soit opprimée, ce qui arrive presque toujours.

Il faut done bien prendre garde aux mauvaises habi- « tudes : ; car, dès qu’elles ont envahi la volonté, il est excessivement difficile de s’en défaire, surtout quand il M s’y joint une influence physique, quand elles se mêlent avec la constitution, le tempérament, comme dans cer- ‘taines passions malheureuses. Ainsi l’ivrognerie, qui modifie profondément le système nerveux, excite un besoin factice et une tendance vers son objet, dont ona « peine à se défendre. Ainsi la paresse amollit la constitu- =

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tion, che la fibre, « si bien que Île corps, indocile à à la

| volonté, rebelle à l'esprit, l’accable de son poids, l'é- touffe de son inertie, et l'empêche de se livrer à l’exer- cice de la pensée. Ainsi la luxure, qui enflamme le sang, et par le sang tout l organisme , asséruit la volonté par habitude de ses jouissances et la dégrade. Or l’homme

n'est pas fait pour être l’esclave de son corps, mais au

contraire pour le réduire en servitude et le gouverner,

pour en faire l'instrument de son intelligence dans la recherche et la manifestation de la vérité, le serviteur . de sa volonté dans l'accomplissement de La justice et du bien.

Ve qu'est la conscience moraie. — Analyse de la conscience morale, — Conscience instinctive, conscience réfléchie, — Explication des noms -divers donnés à la conscience, — Comment elle se forme. — Son auto rité n’est ni infaillible ni sans appel, pas plus que celle de Ja raison.

| — Moyens surnaturels pour l’éclairer dans la connaissance du bien et

du mal et la diriger dans la pratique.

L'acte moral a deux éléments constituants, deux. principes essentiels, ou deux facteurs : la volonté et la # raison. Nous avons exposé ce qui concerne la volonté, la part qu’elle prend à la formation de l’acte moral,

comment elle se transforme en liberté, quand, éclairée. par la raison, elle est appelée à choisir, et enfin les causes qui, comme la nécessité physique, la détruisent M

tout à fait, ou ne font que l’affaiblir, la diminuer, comme w

l'ignorance, la passion, la crainte, habitude.» S

Maintenant nous avons à nous occuper de l’autre | élément de l’acte humain, la raison. De même que la 4 - volonté, pour réaliser l'acte moral, est devenue liberté, la raison se transforme à son tour en participant à cet acte, et devient ce qu’on appelle la conscience. EL:

conscience n'est autre chose que la raison discernant”

et déterminant le bien ou le mal, le juste ou l'injuste ; . done, tout ce qui s'applique à la raison dans son exercice M Se "applique aussi à la conscience, puisqu “elle est la raison.

jugeant dans l’ordre moral. La conscience est la raison,

pratique, comme la faculté de penser et de connaitre

ent et ut ‘est . raison | théorique, h =

raison spéculative.

Dés lors il y a dans la conscience comme dans la raison deux parties : l’une supérieure, l'autre inférieure,

. La raison supérieure est la faculté de connaitre les prin-

- cipes, les vérités universelles, évidentes, nécessaires, … les axiomes, les idées, entendues au sens platonicien. . C’est pourquoi certains philosophes modernes ont ap-

pelé la raison la faculté de l'absolu, dénomination am- bitieuse, quand on ne veut rien voir au-dessus de la

raison, car alors on la déilie. Mais elle cesse de l’être,

si on laisse la raison à sa place, c’est-à-dire si on la pose simplement comme la faculté de connaitre les.

principes, les axiomes, les idéaux , dans lesquels, en effet, -1l y a un caractère d’absoluité, et surtout si on reconnait

au-dessus de la raison us la raison souveraine,

qui est Dieu, ne confondant pas, comme on le fait de nos jours, la raison de l'humanité ou [a raison créée

avec la raison créatrice, qui seule est véritablement

absolue. Nous aimons mieux dire modestement que la raison est la faculté des principes, la faculté qui perçoit, appréhende Ja partie supérieure et nécessaire de la con-

naissance humaine, ce qu’il y a d’universel et de fonda-

mental dans la pensée de l’homme.

Mais ces principes, ces vérités éternelles, ces axIOMeS,

: ces idéaux, la raison ne les voit pas tout d'un coup ni clairement d’abord. Elle commence par les apercevoir

confusément, et cette aperception confuse se fait plus

par le sentiment que par une intuition intellectuelle.

C’est ce qu’on appelle le sens de la vérité, lequel, quand

. ilest pur, intègre dans l'homme, s'appelle le bon sens,

le sens commun de tous les hommes, qui, étant cons-

titués de la même manière en face de la vérité, doivent

* \ re ÉRAS L RAR ER F La ct Ÿ à Ne RS AAC

la voir de la même façon, au moins dans ce qu'elle a d’évident et d’universel. Cependant la raison ou l'intelligence, car pour la distinguer de la raison inférieure il faut lui donner un nom spécial, n’en reste pas la. Par la réflexion qu’elle fait sur elle-même et qui constitue sa force intellectuelle, non-seulement elle est impressionnée par les objets de son intuition, et pour ainsi dire transportée en eux par la vision, mais encore elle les ramène dans son entendement, afin de se les représenter, de les pénétrer et de les possèder par l’instrument de la pensée. Par ce travail l'intelligence arrive à la perception distincte et plus ou moins claire des principes ou des idéaux du vrai, du bien, du beau, qui sont à la fois la base et le couronnement de la connaissance, la lumière et la gloire de Ja science de l’homme, et ce qu'il y a de divin en elle. C’est ce que le platonisme a reconnu et enseigné; car la tendance de Platon est d'élever l'homme de la raison inférieure à la raison supérieure et de la mener par degrés des phénomènes et de la région des ombres à la contemplation des vérités éternelles. [1 semble que Platon ait pressenti ces belles paroles du Psalmiste : Ascensiones in corde disposuit, in valle lacrymarum, in loco quem posuit. (Ps. rxxxnr, G.)

Tels sont les deux degrés de la raison supérieure. Elle a d’abord le sens spontané des idées, et ici l’intelligence se confond avec le sentiment, comme dans la vision béatifique ils s'identifieront un jour dans la jouissance de la vérité. Au second degré vient la réflexion, qui distingue, détermine les vérités, formule les idées pour s’en rendre compte : c'est la sphère de la philosophie.

Mais, outre l'intelligence ou raison supérieure, 11 ya | la raison inférieure, qui s'appelle le raisonnement, Le

| raisonnement est une faculté d’ application. Le principe posé, c’est le raisonnement qui en fait sortir les conséquences; les causes connues, il en déduit les effets, et les idées riches et (écoudes. les idéaux, il les bblique aux faits. Dans l'ordre scientifique c est de la logique; dans l’ordre moral on opère par la vie, par . l'action, dans l’ordre artistique par les instruments de - l'art. Il n’y a de véritable savant que celui qui sait re- . monter aux idées et en descendre; de même il n° ya d'homme vraiment moral que celui qui, ayant le sen- Liment et l'aperception des principes, sait les appliquer. L'artiste véritable aussi, sentant, contemplant l'idéal, cherche à en faire pénétrer quelque reflet dans matière, à modifier cette matière, à la façonner, àla transformer. à la transfigurer par l’impression de cet Mal qui remplit son imagination et excite son amour. Qu y a-t-1l là, au fond, dans tout cela ? Un raisonnement basé sur un sentiment ou une intuition de l'idéal; car Ia majeure de l'artiste est comme la majeure du savants comme celle du moraliste. Chez l’un, c’est une vérité universelle et spéculative ; chez l’autre une vérité morale et pratique; chez l’artiste, c’est l’idée du beau et sa forme la plus pure. Car il n’y a pas d’être qui n’ait son idéal, justement parce que toute créature est la réalition d’une idée divine, parce que la création consiste à réaliser un type divin, une idée intra Deum, dans lune existence objective extra Deum. Ainsi, quoi que fasse l'artiste, il sera toujours élevé, ému, enflammé | par la vue intérieure d’un idéal, s’il est vraiment artiste, Qu'est-ce donc que l’art réaliste ? La même chose que la morale réaliste, la science réaliste. La morale réaliste, | c’est la sensualité avec tous les moyens de la satisfaire. La science réaliste ou l’empirisme, c’est un cabinet de

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physique, d'histoire naturelle, une collection. de € davres, d'herbes ou de pierres; une nécropole, une ue de la nature. L'art réaliste est une imagt: nation sans idéal, et qui croit faire du beau en copiam jusqu'aux imperfections de la nature; car la natur reste toujours loin de l'idéal, et nous en approchon plus qu’e Ile. C'est que nous sommes plus grands que ke / nature; car nous pensons et la nature ne pense pas, ets par l intelligence, sur les ailes de l’imagination et de BR. contemplation, nous pouvons nous élever au delà du réel 4 vers l'idée divine. Voilà pourquoi nous expliquons la nature et la corrigeons par là; pourquoi, dans l’ordre moral, nous nous élevons au-dessus d’elle, parce qu dans la nature iln°y a pas de moralité, de vertu, d’hé=" roïsme: pourquoi enfin les œuvres de l’art dépassent celles de la nature, puisqu'elles idéalisent, transfigurent® et glorifient la matière. | 24 Ce qui arrive dans la raison spéculative a lieu dans la raison morale ou pour la conscience. Ainsi il y & dans la conscience deux parties , la partie supérieures et la partie inférieure. La premiere est l'intelligence morale, la connaissance des principes moraux, des use de la moralité, des idées universelles és bie : et du mal, de la justice et de l'injustice, et de leurs. corollaires les plus immédiats, ou, si l’on veut, des prins cipes du droit naturel, de la morale naturelle prises dans son sens le plus large et le plus philosophiquem C'est ce que les Héolostens appellent d’un nom un Pé barbare la syndérèse. | Puis 1l y à dans l’ordre moral la même gradalioi que dans l’ordre rationnel, et même elle y est plus sensible. Par cela seul que nous sommes des tres moraux, des êtres volontaires et libres, nous avons

cevoir plus clairement les objets, à nous rendre compte par la réflexion de ce que nous éprouvons à cet égard,

et alors nous arrivons à une connaissance rationnelle des principes de la moralité, comme il faut l'avoir pour

constituer la science morale et formuler des préceptes … moraux. Mais ce n’est encore que la moitié de la conscience morale. Reste la pratique, et, dans l’ordre moral comme dans l’ordre spéeulatif, le second degré consiste à appliquer les idées et lois morales aux faits de la vie, à la conduite de tous les jours, à ce qu'il faut faire ou éviter. Par là se pose et se complète la conscience prorement dite. C’est une affaire de sentiment et de raisonnement tout ensemble. Dans l'expérience le sentiment ‘en général conduit plus sûrement que le raisonnement; car, quand nous avons acquis la conscience du bien et u mal, cette conscience et la loi qu'elle nous fait onnaître s'appliquent comme spontanément à la position où nous nous trouvons, aux circonstances où nous sommes placés, surtout si nous sommes de bonne foi, sincères, sans parti pris, si nous cherchons Si nblémune là savoir ce qu'it faut faire ou ne pas faire, et, avant tout,

tea

« sans l'intention de repousser ce qui nous gène, ce qui nous contrarie, ce qui nous ennuie.

Le sens moral est donc comme le sens commun.

Celui-ci nous conduit souvent d’une manière admirable sans délibération, sans discussion, sans que nous ayons | la peine de penser et de réfléchir. Placés en face de cer-

“tains principes, nous en éprouvons immédiatement les - conséquences ; nous voyons les effets dans leurs causes,

2e | CHAPITRE XL ui

la vérité avec ses corollaires, et tout cela se fait out seul, comme de soi, avec pleine assurance et entière ‘ Certituile sans efforts de pensée ni méditation. Bien plus, moins nous y mettons du nôtre, plus nous avons de sécurité. Car alors nous sommes uniquement en face et sous le coup de la vérité qui nous impressionne, c’est. Dieu même qui agit sur nous, qui nous pénètre, qui . nous conduit, et les choses vont toutes seules à leur fin. C'est la direction providentielle dans l’ordre logique. De même dans l’ordre moral; quand nous agissons en toute sincérité, sans inquiétude d'esprit, en genéral nous agissons bien. Aussi les premiers mouvements « sont-ils ordinairement les meilleurs. Cette force, cette inspiration du sens moral en face de la vérité sentie, de la loi reconnue, en aspect avec le bien et le mal, le . juste et l'injuste, nous incline spontanément et nous « pousse à faire ce qu'il faut faire, à éviter ce qu'il faut » éviter. C’est la meilleure manière d’agir, la manière de l'innocence, de l'honnêteté, de la sincérité, de la droiture, et en général les hommes agissent ainsi, quand ils n’ont pas de parti pris et ne sont pas préoccupés par « des passions, par des intérêts; quand, en un mot, ils ne cherchent pas à se précautionner contre la loi, contre la conscience, contre la vérité, contre la justice, et sur- « tout s'ils n’ont pas des fautes à excuser ou des crimes “ à justifier.

Après le sentiment moral vient la discussion morale, … qui est une aflaire de raisonnement.

La loi en forme la majeure, le cas particulier est la. mineure, et il s'agit de savoir si le cas particulier rentre daus la loi, la mineure-dans la majeure, pour tirer la « conclusion. C’est done un raisonnement moral. On l'ap-" pelle délibération. Cette discussion peut devenir très-"

: subtile, comme la discussion logique, et ici encore il y a un parallélisme exact entre la logique et la: syllo-

gistique d’une part, et de l’autre la casuistique,.qui est . aussi subtile que la logique; car elle en emploie tous . les procédés, en cherchant à résoudre certaines diffi- . cultés pratiques par des déductions plus ou moins éloignées des principes posés. Malheureusement la solution nest pas aussi facile dans la vie réelle, et en général, - quand on est si habile à disserter sur les Cas MOraux, à décider ce qu’il faut faire ou ne pas faire par les Ati . fices du raisonnement, on perd la délicatesse du sens - moral, on devient moins apte à réaliser le bien dans la

Sr

- ralisON :

pratique, à peu près comme dit Molière de l’abus de la

Tout le monde en effet raisonne en ma maison, Et le raisonnement en bannit la raison.

Il'en est souvent ainsi dans la casuistique. Je la res-

. pecte infiniment, mais j'avoue que je ne l’aime guère. Quand on se consume dans l'explication de tous les

cas possibles, on perd presque la faculté de juger les

cas réels; on est très-savant dans le possible, et même

dans l'impossible, et l’on ne sait que faire dans la

réalité.

Ceci posé, nous pouvons expliquer certaines phrases,

* reçues communément, dont on ne se rend jamais bien

- compte, et qu’on donne comme des définitions de la conscience. Comme ces prétendues définitions sont, après tout, des produits du sens commun et du sens moral, Lil s’y trouve avec des figures, et par conséquent avec - des obscurités, de la justesse et de la vérité. On entend souvent dire : La conscience, c’est la voix de Dieu dans nos cœurs. Îl y a du vrai dans ces mots, mais comment?

suit que, qu uand nous jugeons par la conscience, nous - devons d’abord consulter la loi, qui est le commande= à ment de Dieu, et ainsi c'est Dieu qui parle, c’est la 4

volonté de Dieu qui domine, dirige notre volonté, en-«

* traîne notre liberté, Donc on peut dire sous ce rapport

que la conscience est la voix de Dieu. Mais si on en= tendait par là que Dieu parle dans notre conscience comme il à parlé sur le Sinaï, que c’est une révélation « directe faite à chaque hot, on tomberait dans une. 3 erreur grossière. | à Je sisoale cette expression à dessein, parce que les rationalistes, qui ne veulent pas admettre la révélation « extérieure et positive, sont très-partisans de la révéla- : tion intérieure, et voici pourquoi. c’est que la révélation | 4 extérieure est formulée en iermes positifs; elle est \ écrite, et on ne peut pas la changer, on n’en est pas lew

re: mais la révélation intérieure, celle qui se fait. ;

par la conscience, comme après tout c’est moi qui dois : l'entendre et l’interpréter, j'en reste l'arbitre. Je l'ex=" plique à peu près comme je veux, et je conserve mon indépendance. Voilà le mot de l'énigme. Sans cela, 4 quelle difficulté y aurait-il à admettre une révélation extérieure à l’homme? Est-il plus difficile à Dieu de 4 parler à Moïse sur le Sinaï, au milieu des éclairs et du” tonnerre, que de lui parler au fond du cœur? Quant” à moi, je n’y vois pas grande différence. Je reconnais

que Dieu est assez puissant pour faire l’un et l’autre en

raison des besoins de la créature et pour la manifestation «

de sa gloire. Pourquoi lui accorder la faculté de parler «

dans la conscience de l’homme, et lui refuser celle de pere à ses oreilles ? Ces dénégations ne sont pas rai

tir on La révélation die est. confiée à Fu.

autorité nr qui la proclame etl us done, Si

Li 25 de ce joug, de cette drection de cette disci AR « pour apprendre à connaitre et à pratiquer ce qui est … juste et nous empêcher de faire ce qui est injuste; tandis qu'avec la révélation intérieure, dont chacun reste le juge et le maître, il n’y a plus de commandement précis, il n’y a plus d'autorité reconnue. - Chacun, en se réfugiant dans sa conscience, n'a de È compte à rendre à personne, et enfin, ce qui paraît très-. É commode à beaucoup de gens, et c "est le dernier terme Ë où ils en veulent venir, on ne voit plus la nécessité de se confesser.

4 On dit encore : La conscience est la promulgation de # la loi qui est écrite dans nos cœurs. Je me suis souvent Ë demandé ce que cela voulait dire, comment une loi À peut être écrite dans notre cœur. Il est évident que c’est À une image, image très-significative, puisqu'elle se trouve È dans les livres sacrés. Dieu dit : Je n’écrirai plus ma loi sur des tables de pierre, je la graverai sur des tables de (a chair, dans les cœurs. Mais comme dans l'Écriture il. Ly a beaucoup de figures, parce que le langage humain É est nécessairement figuré, et que la parole divine elle- Ë même doit s'accommoder à la faiblesse de notre esprit, A il faut voir l’idée sous la forme. Cela veut dire au fond : que Dieu, en nous créant raisonnables, nous a donne ia . faculté de connaître la loi et par conséquent sa volonté. … Cette loi, en se manifestant à nous, se promulgue dans notre intérieur avec autorité, et nous sommes tellement faits pour la vérité, pour la justice, que nous ne pou-

vons les apercevoir ni les reconnaître sans nous sentir obligés. Cela veut dire que la conscience, ou la raison | par la conscience, connaissant la loi du juste et de l'in- | juste, d’après cette loi juge les actions bonnes où mau- vaises, selon qu’elles y sont conformes ou contraires. J'engage mes lecteurs à faire souvent de ces exercices w) de pensée, pour se rendre compte de la valeur des mots M qu’ils emploient, de ces façons de parler qu’on entend dans la société ou qu’on rencontre dans les livres. Il ÿ #| a dans le monde une foule de sentences, de mots recus, de définitions acceptées, qui sont comme de la monnaie courante que chacun donne et reçoit par convention, x sans s'inquiéter si elle est fausse ou de bon aloi. Les M hommes d'intelligence ne peuvent pas se payer de cette « monnaie, où du moins ils cherchent souvent à s'assurer 1 de sa valeur. Il faut refaire sa langue, disait Leibnitz; il faut renouveler son entendement, disait Bacon. C’est ce que font les hommes qui pensent ; ils veulent savoir M ce qu’ils disent, et ne pas se laisser entraîner par l'usage, par les conventions, par les préjugés.

On dit encore : la conscience est la lumière du cœur, M et saint Bernard a dit : Conscientia est scientia, cordis, 4 la conscience est la science du cœur. Quelle est cette lumière ? est-ce une figure ? Oui et non. C’est une figure | si l'on compare la conscience à la lumière physique ; M) mais, comme il y a aussi une lumière intelligible, spirituelle, c’est aussi une réalité. Ce qu’on appelle le cœur 4 comprend les facultés affectives et actives, celles par M lesquelles nous sommes moralement impressionnés, et par lesquelles aussi nous voulons, nous aimons, en sorte que le cœur est la région du sentiment et de l'amour, et il vit surtout mêlé de la réalité. Or, comme la conscience est la raison pratique, il est évident qu’elle doit «

eclairer et diriger le cœur dans ses affections, dans ses - désirs, dans ses volontés. Cette parole est donc vraie, -puisqu' on appelle lumière tout ce qui éclaire et montre

la voie. Ilen est de même dela science du cœur, c'est la

science pratique de ce qu’il faut aimer ou ne pas aimer, de ce qu’il faut hair et repousser ; c’est la science de ce qu'il faut faire ou ne pas faire, vouloir ou ne pas vouloir. Or toutes ces opérations sont attribuées au cœur. Donc la conscience qui dirige le cœur dans ses affections et dans ses actes est vraiment la science du cœur.

{y a aussi des expressions plus philosophiques ; par exemple, on a dit de la conscience qu’elle est le dictamen practicum. C’est la conscience vue sous un autre point de vue, celui de l'obligation morale. Quand elle commande ou défend, elle parle avec autorité; elle dicte ou édicte un commandement dicté, car c'est la

* loi qui parle par elle.

Il y a encore la formule philosophique de Kant : la conscience est le grand impératif catégorique. C’est un bien grand mot pour ne pas dire plus que tout le monde. Mais ce mot est vrai. Il veut dire que la conscience a une voix impérieuse et qui doit être écoutée, quandelle commande au nom de la loi, par conséquent au nom de

… Dieu, qui est l’auteur de la loi.

| Elle commande catégoriquement, c’est-à-dire qu'elle - défend ou prescrit d’une manière absolue, sans appel. - L'expression est donc exacte, mais elle pourrait être plus simple.

On dit encore : La conscience est la règle prochaine des actes, la loi en est la règle éloignée. Cela est vrai en ce qu’elle dicte immédiatement ce qu’il faut faire et ne pas faire. Mais, comme elle ne parle qu’au nom de la

créée, rien qui soit plus proche de nous que celui qui 4

loi, la loi est toujours la raison dernière où elle prend sa règle suprême et son autorité. M

Il y a aussi des expressions poétiques; ainsi on parle souvent des inspirations de la conscience. Au premier . abord, on ne voit pas trop où peut se trouver l'inspira= tion, si la conscience est la raison qui juge, qui applique | la loi reconnue. Mais si l’on reconnaît aussi qu’elle sent -avant de juger, que la sensibilité y joue un grand rôle, « que le sentiment moral et le sens de la vérité contribuent singulièrement à faire distinguer le bien et le mal, le juste et l’injuste, on doit admettre qu’il y a lieu à | inspiration, puisqu'il y a sentiment. Mais inspiration de À qui? car, quand on parle d'inspiration, s’il y a quelqu'un d'inspiré, il faut bien qu'il y ait un inspirateur. Le poëte qui se croit inspiré dit que c'estsa muse. Qu'est-ce : que sa muse? souvent pas grand'chose. Mais enfin, sil . est vraiment inspiré, quelle est la source de son inspi- À ration ? Car dans toute inspiration il y a un souffle, et. le souffle d’un esprit; il faut que ce souffle et cet esprit 4 viennent de quelque part. "

Il est de fait que souvent, après avoir longtemps déli- « béré dans notre conscience perplexe et n’avoir su à quoi 4 nous résoudre, tout à coup, au réveil du matin, ilarrive W une bonne inspiration qui nous décide. Qui est-ce qui souffle alors dans notre cœur au moment où nous y pen- M sons le moins? Celui qui est la loi, la justice, et qui, 4 quand on le laisse faire, opère en nous le bien directe- à ment ou par ses ministres, et comme après tout il n'est rien qui soit plus intime à notre âme que Dieu qui l’a

en possède le fond que nous ne connaissons même pas, il est toujours présent dans notre intérieur, toujours prêt à agir si on lui en laisse la facilité, et ne

> L'X- diÈne te sy Re nr V'AAL NET re L + te ARE gs FA VE SE ES

demandant qu à parler au dedans de nous , pour Ma. . nifester sa volonté au milieu des obscurcissements de l'esprit et des agitations du cœur. Cette iñspiration a un nom dans la langue théologique, elle s'appelle la » grace. La grâce, c’est l'inspiration dans l’ordre moral, … Souvent elle fait voir tout d’un coup ce qu’il faut faire, et le privilège de cette espèce d'inspiration est qu'avec la lumière, qu’elle donne à esprit, elle communique aussi une force particulière pour accomplir ce qu'elle demande.

La mythologie a aussi ses images pour expliquer la :, conscience. La conscience ne juge pas seulement les actes à faire, mais aussi les actes accomplis, et si ces actes ont été eo à la loi, il en résulte un trouble intérieur, un regret, une douleur, quelquefois un tourment vif, poignant, qu’on appelle le remords. Or. le remords est une chose terrible; on l’a comparé à ün fouet vengeur qui poursuit les criminels et s’acharne à les torturer. Ce sont les Furies de l’antiquité, de l’enfer païen. Il y a encore du vrai là-dedans. Car, si lon » admet que Dieu influe sur les âmes par l'inspiration, si l’on admet qu'il agit par lui-même ou par ses ministres, spirilus ministri ejus, qui empêche d'admettre aussi les communications de l’âme avec les esprits ennemis de Dieu, si elle a contracté avec eux une malheureuse alliance en commettant le crime, et en se donnant à eux pour en obtenir ce qu'elle convoite? Or ils ne . lächént point facilement les âmes qu’ils tiennent. Ils les remplissent de leurs venins et de leurs fureurs, et, tout * en les tourmentant par les images des crimes accomplis, ils les poussent incessamment à en commettre d’autres. C'est Oreste livré aux furies infernales et à leurs serpenis,

SRE SSSR

Maintenant se présente cette question : Comment se

forme la conscience morale ? C’est une question psychologique trés-intéressante, sur laquelle nous ne pouvons donner ici que des explications sommaires.

La conscience morale n'étant pas autre chose que la raison dans l’ordre moral, il est évident qu'elle doit se développer comme la raison et avec la raison. Or comment se développe la raison? par le concours de deux agents : par la parole intérieure et par la parole extérieure. La raison ne peut reconnaitre ses lois, ses principes, ses axiomes, qu'en vivant et en fonctionnant. Tout

tre qui se développe déroule pour ainsi dire les lois qui le dirigent ; car ces lois sont l'application même de son idée ou de son essence à sa réalisation et à son existence, en sorte que les lois d’un être se manifestent dans l'expansion progressive de cet être. Or, si cet être a conscience de lui-même, il est clair qu’il a aussi la conscience de son propre développement, de son passage de l'idéal à la réalité, de la puissance à l'acte. Ainsi toutes les conditions de sa vitalité venant se réfléchir en lui-même, il aura également conscience de ces conditions. Donc l’homme qui raisonne acquiert la conscience des conditions de l’exercice de sa raison et des lois qui en font la base,

Mais que faut-il pour qu’un être raisonnable se mette à raisonner ? Il faut nécessairement une excitation extérieure ou le stémulus de la parole. Et cela est si vrai, que dès le commencement &e l'humanité, dans l'explication que la Genèse nous donne de l’origine de l’homme et de son développement primitif, bien qu’il ait été doué de la plénitude de ses facultés intellectuelles et morales,

enrichi des dons surnaturels de la grâce, nous voyons

que Dicu lui parle, et alors Adam nomme toutes les

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“choses qui lui sont présentées. Il fallait celte stimulation . spirituelle pour mettre le développement spirituel en . train, pour faire fonctionner la vie de l'esprit et de l'âme. De même qu’il n’y a pas de mouvement physique . sans une impulsion donnée au mobile, de même qu'il - n'ya de vie physique que par une excitation imprimée - à la fibre et aux tissus organiques, ainsi il n’y a point de . vie intellectuelle sans une excitation intelligente préalable, sans la parole. La parole est le corps du monde intellectuel, comme la matière est le corps du monde physique. Le monde moral, comme le monde intelligible et logique, a son atmosphère dans la parole, dans l'air de la parole, dans la vie de la parole, et c’est le stimulus de la parole qui le fait vivre. Par l’action de la parole la vie morale est excitée, pénétrée, fécondée. Celui qui enseigne stimule les esprits, les excite à . considérer, à réfléchir, et s'ils écoutent et compren- , nent, par elle il engendre dans leur entendement, il | nent père à leur égard; car les idées qui sont en Jui, il les fait naître en Se il reproduit le discours par la vie spirituelle qui l’anime, il crée un monde en eux.

Voilà ce qui fait la vie et la fécondité de Penseignement, et c'est pourquoi le plus sublime de tous les en- . seignements, l’enseignement religieux, est décoré tout particulièrement du nom de la paternité. Partout le prêtre, revêtu d’un caractère sacré, parce qu'il a reçu Ja sainte mission d'annoncer la parole divine et de transmettre en elle et par elle la vie du ciel, est appelé du . nom vénérable de père. On lui dit : Mon pèêre!

Il en est de même dans l'ordre moral. Là aussi les mêmes conditions sont requises ; l’homme doit commencer par vivre moralement pour acquérir la connais

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ee : CHAPITRE x, ie

sance des don de la moralité. Mais pour ed faut qu'il reçoive d'abord une excitation du dehors ; autrement la loi morale, qui est en lui sans doute, puis- w qu’il est un être moral, et que tout être porte essentiel- . $ . lement ses lois en soi, cette loi lui resterait inconnue, il n’en aurait pas conscience. Qu’on imagine ce que de- M viendrait un homme qui, ne recevant aucun enseigne- M ment, devrait par sa propre réflexion sur lui-même saisir en lui les distinctions morales, les lois morales et leur « application ! C’est chose impossible. D’abord, sans es 4 gnement ni communication par la parole il ne raisOnnerait pas, il ne penseraït pas. Mais en supposant, à la. rigueur, qu’il pût le faire, comment veut-on qu'il dis. À cerne le bien etle mal, le juste etl’injuste, dans l’obscu- M rité de sa conscience naissante, dans la complexité de son existence à la fois spirituelle et matérielle, et sur- 4 tout qu’il reconnaisse nettement l’autorité obligatoire M de la loi, l'impératif catégorique, le dictamen prac= à ticum ? ; 4 Que faut-il donc à cet effet? Ii faut, pour aider au M dégagement de la conscience interne, pour rendre claire 4 cette manifestation sourde qu’on appelle les dictées de. la conscience, que la loi elle-même soit posée objective= » ment, formulée d’une manière précise et solennelle en caractères parlés ou écrits, qui lui disent : Voila la loi,. 4 voilà ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, ce « qui est bien, ce qui est mal, ce qui est crime, ce quiest M vertu, tu feras cela, tu ne feras pas cela. Voilà ce qui est w indispensable aujourd’hui comme à l’origine du monde, « et cette nécessité explique une chose qui scandalise Rs à esprits légers, à savoir ce que la Genèse nous raconte de la chute d Adam et de la ruine du genre humain, cau- sée par le fait, en apparence indifférent, d’avoir mangé

à LA CONSCIENCE nes

un ns. une pomme, comme on dit romane : La vérité est que l’homme s’est perdu, dégradé pour avoir violé une loi, ce qui arrive encore tous les jours. Dieu , afin de lui faire comprendre la loi, ne s’en était … pasrapporté seulement à sa conscience, quoique l’homme ait été créé dans la plénitude de ses facultés; mais, en lui abandonnant la jouissance du paradis , voulant lui faire comprendre la loi et mettre sa liberté à l'épreuve, il lui imposa un commandement positif, et lui dit d’une ma- » nière absolue : Tu ne mangeras pas du fruit de cet arbre. > Il fallait donc que la loi lui fût posée objectivement, . pour qu’elle fût dûment promulguée, et qu'il la connût : clairement. Sa liberté avait à choisir entre la viola- . tion et l'observation de la loi; elle a préféré la révoite à l’obéissance, elle s’est jugée en se mettant contre la. - loi; elle s’est séparée de Dieu, et alors a commencé cette existence coupable et malheureuse dont nous portons les suites, et qui heureusement a été réparée par la miséricorde divine.

N'est-ce pas ce qui arrive encore tous les jours ? Ce que le premier homme a êté vis-à-vis de Dieu, chaque enfant l'est vis-à-vis de ses parents. Si les parents savent le

* conduire, ils posent nettement la loi devant l'enfant, et * lui disent : Tu feras cela, tu ne feras pas cela. Si, . comme sanction de la parole du commandement, toute infraction est punie et chaque obéissance récompensée, la conscience de l’enfant se formera. L'enfant est plus sensible que raisonnable. Il comprend mieux la loi qui lui vient du dehors que celle qui lui parle au dedans. Comment veut-on qu’il fasse de la psychologie et saisisse par la réflexion le dictamen practicum ? 1 en a le sentiment vague, confus ; mais le sentiment se détermine “et devient connaissance, quand une voix connue ef res-

TE

pectée, la voix de son père, de sa mère, lui dit catégoriquement, voilà ce qu’il faut faire ou éviter. Voilà ce

qui est bien, voilà ce qui est mal.

Ainsi se forme la conscience morale , et elle ne peut

se développer autrement. Ces deux conditions agissent

parallèlement , et à tous les degrés la Loi positive vient « éclaircir, déterminer, compléter et formuler la loi naturelle. L'enfant passe de la famille au collège, et là sur-

tout il apprend à connaître la justice, sinon à l'aimer. Là il éprouve ce qu’il en coûte de commettre l'injustice. Pour s’habituer à respecter les droits d'autrui, il faut savoir ce qu’on souffre à voir violer les siens, et rien n’égale, pour former la conscience des enfants, cette école de l'éducation commune, où tous égaux ils sont forcés de semépager réciproquement. La loi extérieure est dans la discipline du collège; plus tard on la retrouve dans la société. Si dans la société on abandonnait chacun à sa

conscience, à sa raison, si éclairée qu'on la suppose, s’il

n'y avait ni lois écrites, ni juges, ni tribunaux, ni gendarmes, l’état social serait bientôt ruiné. Car tous ces moyens extérieurs sont nécessaires pour former la cons-

cience du citoyen. Îl faut la loi et la crainte de la loi, 11,

faut les barrières et les garanties de la société, il faut aux hommes des garde-fous, il en faut beaucoup et de tous les côtés. Enfin, au-dessus de la législation civile qui ne règle que le dehors, il y a la loi religieuse qui atteint le fond de l’âme et gouverne les désirs, les volontés, les velléités, et jusqu'aux mouvements les plus intimes du cœur. Il faut done pour moraliser les hommes une discipline intérieure et une discipline extérieure. Il faut la parole du dedans, la voix de la conscience, mais c'est toujours la voix du dehors et de l'enseignement qui l’excite, la développe et la complète. Cela est vrai

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pour fa raison spéculative comme pour la raison pra-

tique, et l’on ne forme pas la conscience morale autre-

ment que la pensée.

Reste cette question : quelle est l’autorité de la conscience ? D'après ce qui a été dit précédemment il est facile d'y répondre.

L'autorité de la conscience est celle de la loi qu’elle représente ; car la conscience est la connaissance de la loi, et elle n’oblige qu’à ce titre. Que ce qu’elle donne comme loi le soit en effet ou ne le soit pas, peu importe; dès que la conscience pose un commandement, elle défend d'aller contre. La conscience a donc l'autorité d’un ambassadeur ; elle parle au nom de ce qu’elle représente, et ainsi elle a toute l'autorité de la loi qu'elle manifeste. Il en est ici comme de la vérité dans l'ordre logique. Ma raison, la vôtre ne valent dans leurs afbrmalions qu’en raison de la vérité qu’elles reconnaissent et expriment. Car il n’y a pas de motif pour que

ma raison cède à la vôtre ou la vôtre à la mienne, à

moins que nous ne nous entendions dans une vue commune de la vérité, qui nous domine l'un et l’autre, et que vous supposez être plus claire, plus puissante dans mon esprit que dans le vôtre. Alors, la raison du disciple s'incline devant la parole du maître, c'est-à-dire devant la vérité qu'elle représente, et qui seule oblige. Aussi est-il toujours défendu de parler ou de penser contre la vérité reconnue.

De même en morale, à tort ou à raison, quand on se met en face d’une loi, on est obligé par elle comme en logique par la vérité. On ne doit donc jamais agir contre sa conscience. En ce point seulement son autorité est absolue. Si elle déclare que telle action est mauvaise, on doit s'en abstenir, quoi qu’il arrive. Cette règle est in-

ES

be qu’ cn soit tenu Lane Séoh sa conscience, qua elle déclare que telle action doit être faite ou évitée, on

. ne l’est pas de faire tout ce que la conscience inspire, de M

même que dans l’ordre logique, s’il est absolumentin- M

terdit de parler contre la vérité, on n’est pourtant pas

obligé de dire toute la vérité. Ce n’est pas non plus une

DOtion de réaliser tout le bien que la conscience suggtre; car elle peut se tromper en dépassant la loi. Or cela seul est obligatoire qui est de précepte, et le ” conseil, si utile qu'il soit pour rapprocher de la perfection, reste toujours facultatif, parce qu'il n "est pe de nécessité de moyen.

La conscience morale n’est donc pas infaillible, pas 4

plus que la raison spéculative dont elle est une forme. "4 Elle peut se tromper et elle se trompe souvent, comme 4 nous le verrons dans les chapitres suivants où nous par-. 4 lerons de la conscience erronée ou fausse, de la conscience douteuse, perplexe, probable etimprobable,etde A tous les degrés de probabilités qu’elle comporte. Elle peut se tromper dans la connaissance et dans le discer-: nement de la loi, c’est-à-dire prendre pour vraie une loi fausse, se faire une loi de ce qui ne l’est pas, et ainsi transformer le bien en mal et le mal en bien. Elle se «4 trompe aussi dans l'application, et c'est le cas le plus « ordinaire. La conscience n’est pas souveraine, excepté 4

en ce point qu'on ne doit jamais agir contre elle. M Il faut donc se garder de lui accorder une autorité M

sans limites, comme font les rationalistes, qui, du reste, M ne sauraient faire autrement. Le rationalisme voulant se passer de Dieu, ou du moins le reléguer dans la béa-

titude de l’ infini, comme le Dieu d’ Épicire ou celui des bonnes gens d “ poëte moderne, il lui faut cependant »

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