JE a 1 RL a Pal
ns LES CIRCONSTANCES. “Lu 003 pable! On se laisse aller à des jugements téméraires pour s'amuser et passer le temps. On plaisante sur l’un, sur l'autre, et bien que nous n’aimions pas qu’on rie de nous, nous ne nous en faisons pas faute sur le compte d'autrui. Des plaisanteries on passe à des choses plus graves, et on ne reculera pas devant un trait d’esprit qui peut détruire la réputation d’une personne, pas même quelquefois devant une calomnie, si elle a chance de faire rire. Donc, pour apprécier les fautes de ce genre, il faut connaître les circonstances et en tenir . compte.
Quelles sont les circonstances et combien y en at-il? On les a réduites à sept, et pour aider à les retenir, elles ont été encadrées dans un vers qui n’est pas d’une plus belle facture que les fameux vers de la logique : Cesare, camestres, barocho, baralipton, etc. Néanmoins, il ne faut pas se moquer de ces choses, mais les prendre pour ce qu’elles valent et ce qu’on a voulu en faire. A coup sûr on n’a point prétendu flatter l'oreille en composant ces vers baroques, dont le but unique est de ramasser plusieurs termes à retenir dans une brève formule. Voici cette formule poétique des circonsiances :
Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando ?
Cependant, il n’y à véritablement que six circonstances, et c’est probablement pour compléter le vers qu'on a ajouté cur, pourquoi; car cur signifie la fin, et la fin, dont nous parlerons prochainement, ne doit pas être confondue avec les circonstances, bien qu’elle s'en rapproche quelquefois.
Quis ? qui est-ce qui agit? Cela est très-Imporlant a
Savoir. DE titre comprend tout. ce qui se rapporte. à l'agent : son état, son âge, sa condition, les engagé ments qu'il peut avoir, ete., etc. It est évident que pour
apprécier la culpabilité, il faut savoir si l'agent est un enfant, un adulte, une personne majeure, un vieillard, une jeune fille, une femme mariée, etc., etc.; car dans De toutes ces conditions la circonstance quis modifie la :
bonté ou la malice de l’action. L'état de la personne
surtout y fait beaucoup. Un magistrat, un admimistra- …
teur, un prêtre peuvent tourner leur ministère à la satisfaction de leurs passions ou de leurs intérêts, la cul-
pabilité est alors plus grande. Un médecin qui abuse de
l'intimité qu’on est obligé de lui accorder, des confidences, des aveux qu’on doit lui faire, de la liberté nécessaire pour constater et soigner la maladie, de sa po-
sition enfin pour porter le désordre dans les familles et
séduire les personnes abandonnées à ses soins, commet un crime plus grave qu’une fornication ou un adultére ordinaire. F Un magistrat qui, pour l'instruction d’un procès, dans les enquêtes nécessaires, pénètre les secrets des familles, et s’oublie jusqu’à les divulguer par un motif quelconque ; un administrateur qui exploite son autorité dans l'intérêt de son ambition, de son avarice ou de ses plaisirs; enfin, ce qui est encore plus immoral, un prêtre
qui abuserait de son caractère sacré, de la confiance
qu'ilinspire, et surtout de son autorité au saint tribunal,
pour satisfaire ses passions d’une manière quelconque, ces hommes-là, et surtout le dernier, commettent des
… abominations que souvent Dieu seul connaît et que Dieu seul peut punir, Done la faute est plus ou moins grave
en raison de la qualité de la personne. C’est pourquoi, pour que la confession ait toute son efficacité, il est utile:
quel Je RS connaisse l'état, Hi condtioes de cdi LR qui s’accuse. Sans quoi il ne pourrait apprécier exacte ment sa culpabilité, nl :. RER le remède con:
> venable.
Quid? ne signifie pas l'objet , mais la qualité de
l'objet. Ainsi quand on s’accuse d’avoir volé, il ne suffit.
à pas de dire : J’ai volé, il faut dire ce qu’on a volé, com- - bien on a volé; car la quantité augmente limmorshié a
du. vol. Et puis, quel est celui qu’on a volé ? est-ce un
pauvre ou un riche? Et qu'est-ce qu'on a volé? est-ce - une chose sacrée, une chose profane?
On s’accuse, par exemple, d’avoir perdu son temps
en conversations inutiles, et on en reste là. Mais ayec qui
- ces conversations? Dans quel but? N’était-ce point pour
arriver à une mauvaise fin? N'est-ce point le début d’une passion criminelle, et pour séduire une personne?
Ï faut spécifier tout cela, autrement on ne fait pas connaître le mal, et c’est la première condition de la gué-
rison. Jésus-Christ dit à l’aveugle qui crie vers lui : Visne sanus fieri? veux-tu être guéri? La question
paraît singulière. Est-ce qu’un aveugle ne veut pas tou-
jours qu’on lui ôuvre les yeux ? Eh bien! non,ilyaune foule d'aveugles qui ne veulent pas voir, une foule de
malades qui ne veulent point guérir, et cela est vrai de
nos jours comme au temps de Notre-Seigneur.
Ubr? Le lieu où s’accomplit le délit. Cette circonstance est encore pour beaucoup dans la grièveté de [a faute. Ainsi tous les délits quelconques, vol, violence,
fornication, qui seraient commis dans un lieu SAGE,
par cela même deviendraient des sacriléges. Donc il est très-important de savoir où l’action s’est passée, Îl y a plus, des actions innocentes ailleurs deviennent cou-
pables dans un lieu saint. Ainsi un marché conclu dans
300 en CHAPITRE XVIL,
le lieu saint est une profanation. C’est pourquoi Notre- Seigneur a chassé les vendeurs du temple, et encore ils
vendaient des objets qui servaient aux sacrifices. Les
conversations oiseuses entre les gens du monde qui se rencontrent n ont rien de répréhensible, si d’ailleurs elles ne contiennent pas de malice; c’est une manière de perdre son temps, elles sont tout au plus insignifiantes. Mais dans un lieu sacré, dans la maison du Seigneur, quand, par exemple, aux jours de fêtes na— tionales, on y voit arriver les personnages les plus distingués officiellement convoqués, et tout le cortège de fonctionnaires qui les entourent, dont la plupart oublient qu’ils sont en face du Dieu vivant et de ses autels, ces entretiens deviennent irrespectueux, sinon blasphematoires. Il y a là une circonstance aggravante, parce que le lieu sacré demande le respect, la vénération, le recueillement, même à ceux qui auraient le malheur de ne pas croire aux mystères ineffables qui s’y accomplissent.
Quibus auxiliis ? Par quel moyen on a commis l'acte. Cette catégorie comprend les personnes et les choses dont on s’est servi pour agir, les personnes comme complices, les choses comme instruments. Peut-être a-t-on entraîné les personnes par intimidation, par corruption. On a pu se servir de moyens illégitimes, su perstitieux. Peut-être encore a-t-on pousse à l'excès du mal, sous prétexte d'en faire sortir le bien, crime ordinaire dans les temps de révolution, où l'exaltation des passions politiques prétend tirer le bien du mal, et renverser un pouvoir existant par les excès mêmes où on le précipite. Or il n’est jamais permis de faire le mal pour obtenir un bien, où autrement la fin ne jusufie point les moyens.
LES CIRGONSTANCES. 397
Cur ? C'est la fin de l’action. Nous en parlerons dans le chapitre suivant. |
Quomodo ? Comment a-t-on agi? Est-ce par ignorance ? Si l'ignorance est invincible, on est excusé; si elle est vincible, la faute est atténuée sous un rapport, bien qu’on soit coupable de ne s’être pas suffisamment instruit. A-t-on agi par entraînement, par passion; c'est une circonstance atténuante. Au contraire, le crime at-il êté voulu, réfléchi, prémédité, préparé de longue main; c’est une circonstance aggravante. [” A di est pus griève, la pénalité doit l’être aussi. Est-ce une faute passagère, ou une faute d'habitude? Au tribunal de la pénitence, il est difficile d'apprécier les péchés, si l’on ne fait pas toutes ces distinctions. Une faute passagère est souvent vincible, une faute d'habitude devient plus grave, parce que l'habitude subjugue la volonté et
l’enchaine au mal.
= Quando? Le temps où l’on a agi. [l y a des actions défendues dans un temps, et qui ne le sont pas dans un autre. Ainsi l’Église prescrit le jeûne et l’abstinence à certaines époques. L’inobservation de ces préceptes au temps marqué est donc une faute. A plus forte raison si l’on vient à commettre des excès de table en pareil temps ; car alors c’est se moquer de la loi et la mépriser.
La paresse est toujours blämable; mais si l'on s’y abandonne dans un moment où l’on doit rempli un devoir, on devient plus coupable. Celui qui néglige ses devoirs d'état pour se livrer à la débauche commet un crime plus grave. Celui qui travaille des mains le dimanche pêche; car la cessation des œuvres serviles est ordonnée ce jour-là ; c’est le jour consacré au Setgneur, le sabbat, le jour du repos, c’est-à-dire le jour
398 LAN LCR it" 2e eee | où l’âme doit se reposer, ou se poser de nouveau dans son principe par la prière, par le recueillement, nes’oc- cupant que de choses spirituelles. C’est pourquoi les
œuvres manuelles, matérielles, lui sont interdites, pour qu'elle puisse se donner tout entière à ce qui doit la
nourrir et la refaire : ce qui n'exclut pas les délasse-
ments innocents, Mais si sous prétexte de repos on se
livre au désordre, à l’ivrognerie, à toute espèce de débauche, il est évident qu'il vaudrait mieux travailler que de se délasser de la sorte, et qu’on viole encore plus gravement le jour du Seigneur en faisant les choses les plus contraires à son institution.
Enfin le temps fait encore beaucoup par la durée de l’action coupable, [lest clair que, si elle dure longtemps, il y a plus de perversité, plus d’obstination dans le mal. Quand elle se fait rapidement, avec entraînement, elle suppose plus de légèreté, moins de volonté, et par conséquent de malice.
Je termine en rappelant une décision du concile de Trente sur cette matière. Le concile, parlant de la confession, enjoint de déclarer toutes les circonstances qui changent l’espèce et la nature du péché, et qui par cela même en font une autre faute. Done, si on ne s’en accusait pas, on ferait un mensonge, puisqu'on aurait commis un autre péché que celui dont on s’accuserait. Hélas! il y a beaucoup de gens qui se confessent de la sorte. On dit toute autre chose que ce qu'il faudrait dire, et on abuse des mots pour cacher les faits. Si le confesseur ne s’en aperçoit point, et il ne le peut pas toujours, les confessions en sont invalidées, parce que partout, au confessionnal comme ailleurs, et plus qu’ailleurs, le mensonge vicie tout ce qu'il touche. Ainsi on doit découvrir les circonstances qui changent lespèce et
. | la nature du peine. Quant à a celles qui Probe nota-
blement, la question est controversée. De grands théo-
| logiens, saint Thomas, saint Liguori, soutiennent qu’on
n’est pas obligé d’avouer les circonstances aggravantes,
mais Senent celles qui changent la nature et l'espèce
du péché, parce qu'elles seules constituent un autre péché. On ne peut donc rien prescrire sur ce point, puisque l Église ne l’a point décidé, et que la question est en litige parmi les docteurs. Séulement on peut dire que si, en droit strict, on n'y est pas obligé, c’est au moins une singulière manière de se FA que de faire de telles réserves, et de se précautionner ainsi contre le médecin qui doit nous rendre la vie de l’âme, et contre le remède qui doit la guérir. De cette manière, sans doute, on aura extérieurement satisfait au devoir, et c’est toujours quelque chose; mais ne l’aura-t-on pas accompli selon la lettre qui tue plutôt que selon l'esprit qui vivifie, et peut-on en espérer un grand bénéfice spirituel? Cela est douteux. Dans les choses de ce genre, qui coûtent à l’orgueil, il faut s’exécuter franchement. Dès que vous sentez la nécessité de vous confesser, faites-le sincèrement, franchement, sans obseurité, sans ambages, et surtout pleinement et de l'abondance du cœur. Qu'on ne craigne jamais d’en trop dire ni de se charger trop; on est toujours en reste. Les militaires, quand ils reviennent à Dieu, sont en général ceux qui se confessent le mieux, parce qu'ils s’accusent le plus franchement, et ils n’ont pas de repos qu'ils n'aient vidé leur conscience tout entière, jusqu’au fond, jusqu’à la lie. [ls ne distinguent point subtilement ce qu’ils doivent dire et ce qu'ils peuvent garder.
Ils jettent dehors tout ce qui a l'apparence du mal.
Ainsi doit-on faire pour retirer tout le bienfait de cet