IDÉE DE L’ACTE HUMAIN
reconnais qu’elle existe. Je ne conteste pas non plus sa légitimité; elle a celle de toute science humaine, qui cherche à se rendre compte par la réflexion des faits dont l’homme est le témoin ou l’auteur, en dégageant la loi qui les produit et les règle. La philosophiemorale aspire à trouver un principe qui explique et embrasse tous les phénomènes de la moralité, rien de plus légitime. Mais on m'’accordera aussi que toutes ces recherches exigent, comme dit saint Thomas, beaucoup de temps, beaucoup d’études, et sont sujettes à des chances nombreuses d’erreur. Et même je ne sache pas que le principe de cette science, son principe fécond et générateur, ait été jusqu'ici mis dans une telle lumière qu'elle exclue la controverse. Tous les philosophes moralistes s'accordent en ce point, qu'il y a une morale, par conséquent un devoir, par conséquent une obligation morale. Mais qu’est-cé que cette obligation morale, comment se fonde-t-elle, quel est le principe dont elle dérive, c’est ce qui n’a pas encore été mis dans une bien grande évidence. Car s'il en était ainsi, cette science serait faite, et elle ne l’est pas; 1l n’y aurait en elle que des divergences de détails, et ces divergences remontent encore jusqu’à sa racine même, à son point de départ. Cela est prouvé par la succession non interrompue des discussions qui remplissent et composent son histoire.
Je ne dédaigne pas la philosophie morale, et loin de moi la pensée d'en détourner personne. C’est une étude intéressante, et on en tire toujours des leçons utiles et quelquefois des jouissances. Mais je ne dois point dissimuler à mes lecteurs qu'après m'être adonné à cette étude toute ma vie, car j'en ai passé la plus grande partie à enseigner la philosophie, j'y ai trouvé tant
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. d'obscurités, d’incertitudes, de choses contestables, que je puis charitablement les avertir que cette voie-là toute seule ne leur suffira pas pour établir solidement leurs convictions morales et surtout pour les mettre en pratique; seule elle ne les mènera pas au terme. Elle est excellente pour préparer, quand on a déjà la bonne volonté et une eonscience délicate, quand on cherche sincèrement la vérité, c’est-à-dire avec le désir de l’embrasser et de le suivre, dès qu’on la reconnaîtra. Seulement 1l est facile de s’égarer au milieu de tous ces systèmes, et c’est pour les préserver de beaucoup de travaux peut-être infructueux, ou même de beaucoup d’écarts, que je fais ressortir les avantages de la théologie morale, qui enseigne les mêmes choses, et d’autres encore, plus clairement, plus sûrement et plus complétement,
Quant au second point de l’objection, je le conteste
encore moins que le premier. Comment nier la loi naturelle? La loi naturelle dans l’ordre moral existe, comme les lois naturelles dans l’ordre physique. Aucun être ne
peut subsister sans lois, c’est-à-dire sans l’action de la
Providence qui s'applique à son existence et en fait sortir avec ordre tout ce qui est contenu dans son essence, dans sa nature, dans sa puissance d'être. Il y a donc des lois naturelles morales comme il y a des lois naturelles physiques, comme il y a des lois naturelles intellectuelles ou logiques, par conséquent il serait aussi insensé de nier les lois naturelles de la moralité, que de nier celles de la logique ou de la physique. Car les êtres intelligents et libres, les êtres spirituels ont aussi leurs lois, et puis-
que ces êtres ont conscience d'eux-mêmes, de leur na-
ture, et c'est ce qui les caractérise, il faut bien aussi admétire qu'ils ont une certaine conscience des lois inhérentes à cette nature, et ainsi, qu’ils ne peuvent
A RO RE NE A Re Seau te En sr ù iDÉE DE L'ACTE HUMAIN. D | déployer leur activité, développer leur existence d’une | manière sentie et réfléchie, sans acquérir une con- : | naissance plus où moins explicite de la loi morale. Il | ya donc une loi naturelle qui se manifeste Cans la conscience de chaque homme, et par conséquent une morale naturelle, dont la connaissance, la clarté et . l'étendue sont en raison du développement de la con- science.
Seulement, il faut l’avouer, elle est bien vague quand elle reste seule et elle serait insuffisante, si nous étions réduits à ses lumières pour la direction de notre vie. IE est souvent difficile de reconnaître ce qu’elle ordonne ou défend, surtout au milieu du trouble des passions, des sopbismes de la raison séduite par l'intérêt, et dans les circonstances si compliquées des sociêtés civilisées. Il faut donc quelque chose de plus net, de plus décisif, qui parle plus clairement et avec plus d'autorité. Il faut en un mot une loi positive, im- . posée par Dieu même, dont la loi naturelle sera toujours le fond et la substance, mais qui en exprimera les dictées en articles précis, en règles catégoriques, et déterminera ainsi, sans ambages, et par quelques paroles compréhensibles à tous, et que tous peuvent ayoir sans cesse sous les yeux, le mal à éviter et le bien à faire. Tel est le Décalogue, qui fait le fond de toutes les législations humaines, et dont la loi chrétienne est le complément.
Le seul point de l’objection que je n’admette point, . c'est que l'autorité des lois morales soit aussi indé- . pendante des recherches des philosophes, que les lois . de la pesanteur le sont des théories des physiciens; car, quoique nous fassions, en physique nous ne pou- . vons bouleverser l'ordre extérieur, qui suit toujours
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