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36 ‘ GHAPITRE Ni.
heureux pour le monde et pour nous. Fit-on un système pour prouver que la pierre monte en l'air, la pierre n'en
garderait pas moins sa force de gravité; elle ne cesse-
rait pas de tendre vers le centre de la terre. Mais dans l'ordre moral il en va autrement. Les théories y ont une grande importance, quant à la direction de l’humanité, parce que l’homme est le maitre de ses actions, tandis qu'ilne l’est pas, au moins directement, des mouvements de la nature. Il y a donc entre ces deux sphères cette énorme différence, que les théories physiques sont parfaitement étrangères à l’ordre et à la marche de la nature, tandis que les idées et les théories morales ont un retentissement immédiat dans l’ordre de la moralité par l'influence bonne ou mauvaise qu'elles exercent sur l’agent même qui les réalise.
Je suis donc loin de détourner mes lecteurs de l’étude de la philosophie morale. Au contraire, je les y encourage vivement, et s’il y en a parmi eux qui aient le malheur de n'être pas chrétiens, je leur répéterai ce que je disais dans l’ouvrage cité plus haut : Étudiez la philosophie, et surtout descendez en vous-mêmes pour y discerner les dictées de la loi naturelle, qui vous portent au bien et vous éloignent du mal. Tâchez de vous mettre en paix avec votre conscience. Lisez les livres des philosophes les plus célèbres, ceux-là surtout où il y a
de l'élévation, de l'honnêteté, de la pureté, et rappelez-
vous que je vous ai toujours engagés à devenir platoniciens, si vous n'avez pas le bonheur d'être chrétiens : car sur la route de la perfection morale, le platonisme est la dernière étape pour arriver au christianisme. Cependant, 1l est possible, et chacun doit confesser ses fautes, qu'il me soit échappé un jour ou l’autre quelques
son cours, quels que soient nos systèmes, et cela est fort …
e DÉE DE L'ACTE HUMAIN. RNT
paroles: un peu vives contre ou plutôt sur la philosophie.
Je l'ai beaucoup aimée et je l’aime encore, mais elle
m'a donné tant de mécomptes après tant d'espérances, que j'ai peut-être conserve contre elle un peu d'irritation, et comme longtemps je l'ai idolâtrée, je ne Jui ai peut-être pas encore pardonné d’avoir 4 mon idole. Je voudrais épargner aux autres mes none tements.
Il s’agit maintenant de déterminer nettement ce que c’est que l'acte humain, et d’en exposer les distinctions les plus générales.
Les actes humains ne sont pas la même chose que les actes de l’homme, et cette distinction, qui peut paraître
singulière au premier abord, a cependant son utilité.
Car par le mot d'acte humain on n'entend pas tout ce qui se fait dans l’homme, mais ce qu’il fait lui-même par sa raison et sa volonté; c’est l’acte le plus complet de sa personne, l'acte où se trouve résumée sa nature tout
entière, où se réfléchit toute sa personnalité. Ainsi l'acte
humain, tel que les théologiens l’entendent et tel que les philosophes doivent l'entendre aussi, est l'expression complète, la détermination intégrale de lhumanité. C'est un acte essentiellement propre à l'homme, un acte personnel, tandis que ceux qu’on appelle actes de lhommé ne lui appartiennent point exclusivement, mais
peuvent être aussi accomplis par les autres créatures de
ce monde.
Pour bien pénétrer la nature de l’acte humain, il faut se rappeler comment l’homme est constitué. Il est composé de deux termes, de deux substances, qu'on appelle l'âme et le corps. Sa nature, son essence implique cette
dualité. C’est une erreur, et une erreur très-grave en
elle-même et dans ses conséquences, de dire avec les
LS CHAPITRE Î à ©
platoniciens que l'homme est essentiellement un esprit, une âme, et que le corps en lui n’est qu'un accident, un …
obstacle dont il doit aspirer à s'affranchir, pour arriver à la perfection de sa nature. C’est aussi une erreur non
moins funeste de dire avec les matérialistes, qu’il n’y a
dans l’homme qu’une seule substance, le corps, la ma= -tière organisée, et que tous les actes de pensée, de volonté, de moralité, qui se produisent en lui, ne sont que des transformations ou des manifestations de cette ma= tière. Îl faut dire que l’homme est intégralement esprit et matière, âme et corps, et que ces deux substances tiennent si essentiellement à sa nature et à sa personnalité, qu'il n’y a pas plus d'homme sans corps qu’il ne peut y en avoir sans àme. Le caractère de l’homme, c’est qu'il est un être mixte, un être double, une dualité dans l'unité, dualité de substances unies, mais non confondues par la vie. Il réunit donc enluideux mondes, lemondede l'esprit et celui de la matière; ilenestle point de jonction, le trait d'union, et c’est dans sa personne que ces deux Substances si diverses se pénètrent sans s'identifier. La personne humaine, c’est la quintessence de l'homme, lexpression la plus haute de l'humanité, le foyer commun où vont aboutir et se concentrer tous les rayonnements, toutes les forces de sa nature complexe. Aussi l’homme n’est qu’en puissance, tant que la personnalité n’est pas posée; car c'est par elle seule qw’il se sait, qu'il se possède et se distingue de ce qui n’est pas . Jui. D'où il suit que l'acte humain est proprement l'acte , de la personne humaine qui se connaît par la raison et la réflexion, qui se dirige par la volonté et la liberté, et -ces actes personnels s'appliquent tout aussi bien au corps qu'à l'esprit, aux fonctions et aux mouvements du corps qu'aux fonctions ef aux mouvements de l'âme, à l’exer-
ice de l'intelligence et de la volonté. En disant : Je
marche, je mange, c'est à moi que je rapporte ces actes,
- c'est le moi, la personne qui y est en jeu, tout aussi bien . qu'én disant : Je pense, je veux. Cest que le moi résume et embrasse dans son unité ces deux ordres de phé-
nomènes, et que son action rayonne et s'étend ] jusqu’ aux
dernières limites du corps, aussi bien qu’à la cime la plus haute de l’âme et de ses facultés. :
Et, pour l'indiquer en passant, remarquons combien estrigoureusement fondé sur la vraie nature de homme, et justifié par la plus profonde psychologie, un des dogmes chrétiens les plus embarrassants peut-être pour la raison humaine, la résurrection des corps. En peutil être autrement, puisque le christianisme, étant la parole même de Dieu, doit porter dans ses entrailles la plus haute et la plus pure philosophie? Sous des formes simples et concises, il annonce des vérités
sublimes, effrayantes pour la raison. Il peat arriver, et
il arrive souvent, que celui qui les croit n’en connaît pas toutes les richesses, n’en voit pas tous les rapports et les conséquences; car pour être un bon chrétien, il n’est pas nécessaire d’être philosophe, il suffit d’adhérer à l’enseignement de l’Église et d'observer les commandements. Mais celui qui médite philosophiquement la parole divine y découvre les plus vives lumières, qui lui en donnent, je ne dirai pas une nouvelle certitude. mais une éclatante justification.
Ainsi, par exemple, si l'humanité implique la coexistence d’une âme et d'un corps dans l'unité d’une même personne, il est évident que l’homme après la mort,
pour que sa nature soit reconstituée, doit reprendre
Son corps : sinon l’œuvre de Dieu serait imparfaite , et l'homme se trouverait mutilé, dans un état contre
AO ; CHAPITRE ue
se rattachera à l’âme qui l'anime présentement, et chaque homme sera rétabli dans ce qui constitue sa vie intégrale et sa personnalité.
De là encore d’autres vérités non moins terribles à la
raison. Chacun reprendra son propre corps, tel que
l'âme l’aura informé, réparé, ennobli, ou tel qu’elle
l'aura déformé, corrompu, souillé. Voilà pourquoi la religion catholique recommande de respecter son corps,
prescrivant la régularité de la vie, la vigilance sur ses sens, la modération des appétits, réglant l'organisme dans toutes ses satisfactions par l’abstinence, parlejeüne, par la mortification, non-seulement dans l'intérêt de sa santé, mais aussi et surtout pour qu'il ne soit point dépravé, pour qu’il ne devienne pas indigne de l’âme qui l'anime, et que le reprenant un jour renouvelé, épuré, elle puisse reconstituer une existence humaine où brille de nouveau l’image de Dieu.
Si l'acte humain est ce qu’il y a de plus parfait dans l'humanité, s’il est l'expression de l'humanité à sa plus haute puissance, puisqu'il résume l’homme tout entier, il est de son essence même que l’âme l’opère par ses facultés les plus hautes, par sa raison, qui lui sert à se connaître elle-même et ce qui l'entoure avec réflexion, et par sa voionté, qui la dirige en vertu de cette connaissance.
L'acte humain résulte donc de la combinaison de la
volonté avec la raison. Il renferme deux éléments, l’élé-
ment intellectuel et l'élément volontaire, l'exercice de la conscience et celui de la liberté. Il n° y à pas d'acte hu-
main qui ne reproduise ces deux mouvements, et c’est
là ce qui le distingue de tous les autres actes faits par
nature. C’est pourquoi la mort ne peut dr q qu’une crise passagere. Un jour viendra où le corps se reformera,
Eure cr DE L'ACTE HUMAIN. 4
hote à mais qui ne sont pas humains à F'ORTRMeRE dire, quoique l'âme y participe. < [ne suffit donc pas, pour qu’un acte soit humain, que l'âme y prenne part. Car elle participe nécessairement, de près ou de loin, à tous les actes qui se font dans l’homme, puisqu'elle est, comme dit saint Thomas, 4 forme du corps, forma corporis, forme vivante et vivifiante, qui donne la vie et tous les développements de la vie. Mais il faut, pour qu'un acte soit humain, que l’âme y participe par ce qu’il y a en elle de plus haut, sa raison et sa volonté libre.
Pour mieux comprendre encore cettedistinction, considéronsrapidementles principaux actes dont l’âme est le principe,sans que néanmoins ils soient des actes humains.
Nous rencontrons d’abord les fonctions vitales et les opérations organiques où physiologiquesquien dérivent. Sans contredit, l'âme y préside, puisque aussitôt qu’elle s'en sépare, toutes s'arrêtent, et bientôt l’unité vivante
disparaît, la corruption arrive, les divers éléments qui
composent le corps se dissolvent. Donc il y a là quelque chose de l’âme par quoi elle produit toutes ces opérations vitales, les maintient et les développe. Mais elle n’en a point le secret; car elle n’a pas conscience de son influence ; elle vivifie l'organisme sans savoir comment, Sa volonté n’y peut pas davantage; elle ne peut arrêter, ni prolonger, ni modifier à son gré ces fonctions de la vie; elles se font sans elle et quelquefois malgré elle. Il n’y a donc pas là d’acte humain.
Viennent ensuite les actes instinctifs, ceux qui se rattachent au corps, ou ceux qui se rapportent à l'âme, et qui, par cette raison, ont quelque chose de plus humain, de plus propre à l’homme; car il y a des instincts spirituels, comme il y en a de physiques. Le propre de ces
. CHAP ITRE 14
| te est de se produire spontanément, de devanc
la réflexion. La volonté n’y peut rien, ni la raison non plus, du moins en ce qui concerne leur manifestation, Hs éclatent soudainement, ils sortent du fond mêmedenotre :
nature, et souvent ils disparaissent avant qu’on ait pu les maîtriser ou les régler. Ainsi, quand il s’agit de pourvoir
à sa conservation? d'éviter un danger, de prévenir une
chute, il se produit des mouvements soudains, plus in- | tenses et plus précis que ceux quela réflexion aurait pu suggérer, Ces actes ne sont donc pas du ressort de la mo-
rale, carilsnesont pas libres, ils nous sont communs avec …
lesanimaux.Nousn’en devenonsresponsablesquesi,après en avoir eu conscience, nous y adhérons par la volonté,
Il en est de même de l'instinct du bien-être et du bon-
heur. Chacun de nous désire être heureux. C'est une aspiration inhérente au fond même de notre nature, el qui se manifeste de mille manières, par toutes les voies de l’activité humaine, par les recherches des sciences et des affaires, aussi bien que par la poursuite de tout ce qui est utile ou agréable. Cette tendance aveugle met en branle et tient en éveil l'énergie des hommes.
Elle n’est pas un acte libre, mais un pur instinct. Car
nous voulons le bonheur, non par choix, avec prémédita-
tion, mais par la nécessité même de notre nature ; nous .
ne sommes pas libres de ne pas le vouloir. Donc ce n’est. pas un acte humain, au moins dans sa manifestation . première, dans son es soudaine. Il n’entre dans
le domaine de la morale que si l’âme, s’en emparant :
par ses hauies facultés, le dirige dans son application | -4
-veraine de la justice.
- À linsunct du bonheurse rattaché val de la conser-
vation. Nous aimons tous l'existence, nous voulons la
et le met en harmonie ou en opposition avec la loi sou-
de DÉE DE L'ACTE HUMAIN. AA
conserver, et cela encore sans délibération : aucune, mais par la spontanéité de la nature, qui nous inspire cet attachement si vif nour la vie, que nous l’aimons encore quand elle est dépouillée de tout ce qui peut la rendre douce et heureuse. Nous avons tous une répulsion profonde, une horreur innée pour la mort,
Les impressions qui nous viennent du dehors déter-
minent souvent aussi des mouvements subits et spontanés, des réactions tout instinctives, Pindignation, la
colère, l'amour, toutes sortes d'entrainements rapides qui éclatent sans que la volonté puisse les contenir ou les régler. Il est clair que ces mouvements échappent à la responsabilité humaine, ou n’y rentrent qu’en raison de la conscience qu’on en a, et de la part que la volonté y prend.
Il y a encore d’autres états où nous agissons, puisque nous vivons, et cependant nous agissons sans connaissance et sans liberté. Ainsi en est-il du sommeil. Qui
nous dira ce que c’est que le sommeil ? Nous passons à
peu près le tiers de notre vie à dormir : que faisonsnous alors? que devenons-nous? où sommes-nous? où est notre âme, notre pensée, notre volonté? Questions mystérieuses ! Le caractère propre du sommeil, c’est de nous faire perdre laconscience denous-mêmes. Il semble que l'âme se retire, sc replie; son activité s’arrête, et en effet nous n'avons plus le pouvoir de diriger nos propres actes. Nous sommes là étendus, passifs, livrés
aux forces générales de la nature qui nous traversent,
Sans que nous puissions réagir où nous séparer d'elles. La possession de nous-mêmes nous échappe; cette
- énergie du moi, qui dans la veille nous distingue de
toutes les forces étrangères et nous oppose à elles, re-
tombe sur elle-même, languit et disparait; plus de con-
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4% 6 CHAPITRE Ue RU science, ni de personnalité. Aussi dans les rêves, et quand a nous révons, le sommeil est déjà moins profond, c'est un état moyen entre le sommeil et la veille; dans les rêves nous nous voyons toujours objectivement, comme d’autres personnes, et la connaissance que nous acquérons alors, et tout ce que nous faisons ou croyons faire, nous vient non pas d’une conscience intérieure, mais par un reflet fantastique de l'imagination, et comme dans un miroir. Nous avons si peu de pouvoir sur nousmêmes, qu’en voulant agir, nous n’en avons pas la puissance; nous voudrions échapper à un péril que limagination représente, et c’est en vain : la force de la volonté est enchaînée, et alors souvent que d’angoisses et de souffrances! Si, en cet état, nous ne sommes plus -
les maîtres de nous-mêmes, qu'est-ce donc qui en est.
le maître? Quand nous sommes enchaïnés dans cette torpeur, image de la mort, qui donc agit sur nous et en nous ? Qu'est-ce qui pèse quelquefois sur notre poitrine comme une montagne qui nous étouffe? D’autres fois, au contraire, dans ces songes si bienfaisants que notre existence en est comme dilatée et allégée, qu'est-ce qui agit sur nous et nous pénètre ? Et pourquoi au sortir de cet état, au moment du réveil, un jour.
sommes-nous si ouverts, si épanouis, si patients, que
nous pouvons tout supporter, et d’autres jours si mal montés, si agacés, et d’une humeur telle que tout nous
irrite et nous fatigue, que nous cherchons querelle à «
tout ce qui nous approche ? | Je n'ai pas à m'occuper en ce moment de cette partie de l'existence humaine, si intéressante et si obscure sous le rapport psychologique.
Qu'il nous suffise de constater aujourd’hui qu'il y a une multitude d'actes faits par l’homme pendant le som-
DÉE DE L'ACTE HUMAIN, 43 meil qui ne sont pas des actes humains. Selon la morale humaine, comme selon la morale théologique, rien de ce qui s’y fait n’est imputable, puisque la conscience est suspendue, et que l’homme n’est plus le maître de luimême et de ses actes.
Cependant, il y a des degrés dans le nt à mesure qu'il se rapproche de la veille. Sans doûte, quand on est endormi profondément, aucun acte, aucun mouvement ne tombe sous l’imputabilité morale; mais quand on revient aux limites de la veille, quand on touche de nouveau aux frontières de la conscience, et qu'on entre dans le crépuscule du réveil, il faut bien reconnaître aussi que la responsabilité reparaît proportionnellement, et que si la conscience est encore assez sourde pour que l'acte humain ne soit point parfait, elle n'est pas non plus tellement absente et assoupie, que l’on puisse être tout à fait irresponsable. Jusqu'où va, dans ce cas, le mérite ou le démérite? Dieu seul le sait. - Il est un autre état qui, comme le sommeil, ôte à l’homme la conscience de lui-même et l'usage de sa raison et de sa hberté, c’est l'ivresse, l’ivresse grossière et complète. Chose étrange! cette raison humaine dont nous sommes si fiers et certes à bon droit, puisqu'elle rend l’homme supérieur à toutes les créatures de ce monde, un rien l’arrête ou l’ébranle, et comme dit un poëte : Un peu, de vin la trouble, un enfant la lui ôte. I suffit en effet de quelques fumées de vin ou de liqueur pour l’entraver et la suspendre, terrible exemple de l'influence du corps sur l'âme! Exemple qu'il est bon de rappeler, puisqu'il y a tant d'hommes qui, se laissant dominer par cette triste passion ou cédant à de funestes entrainements, abusent ainsi de leur existence, et dégradent ce qu’il y a en eux de plus noble, leur personna-
arr ee raison, D tés Bberté, Car fr cet état, l'homme est entièrement livré aux instincts animaux, Sa raison est opprimée, sa volonté asservie, sa liberté suspen-
due. Il perd l'empire sur lui-même. il n'est plus . capable de discerner le bien du mal. Des mouvements
À impétueux, des passions terribles se déchainent alors trop souvent, et il commet des violences, quelque: fois des crimes qu'il déplore ensuite, mais trop tard. Il 8 -est clair que ces actes ne sont pas des actes humains, puisque l’homme en cet état a perdu l'usage desaraison ©:
= et de sa volonté. Est-ce à dire toutefois qu’il ne soit au= cunement responsable devant Dieu et même devant lasociété des torts et des crimes qu'il peut commettre alors ? N'aurait-il pu les prévoir, au moins confusément ? Et
s'il ne les a pas voulus directement, ne peut-on pas dire
- qu’il les a voulus implicitement, indirectement? Ceci
tient à une question grave, celle du volontaire indirect et de sa valeur au point de vue de la responsabilité mo- - rale. Nous la retrouverons plus tard.
| Un autre état plus mystérieux encore, c’est le délire,
soit accidentel, soit permanent, ou la démence. Le dé-
- lire accidentel, qui se produit dans certaines maladies,
et qui peut provenir aussi d'émotions trop vives, de …
| peines profondes et concentrées, est comme une ivresse qui enlève à l'homme en tout ou én partie la connais-
à sance et la direction de lui-même. Il cesse d’être sui ©?
. compos. Qu'est-ce qui produit ces perturbations? est-ce
<= une altération purement physique, une lésion orga-
nique ou bien une cause morale? La science psycho:
. cerveau des aliénés qui explique cette maladie terrible.
Souvent, et c’est le cas le plus ordinaire dans la dé
| logique et la science pathologique n’ont pu le dire jusqu’à présent; car on n’a encore rien trouvé dans le
IDÉE DE L'ACTE HUMAIN. Sat
. mence, l’aliéné ne paraît éprouver aucun trouble, aucune altération physiologique. Physiquement il se porte bien, il marche, il mange, il dort, il agit comme les autres hommes. Seulement il ne sait plus se diriger, il a perdu le gouvernement de lui-même, il est comme transporté dans un monde imaginaire, qu'il prend pour le monde réel, et en supposant vraies les données qu'il se figure, il agit souvent avec beaucoup de sens, de raison, et parfois avec infiniment d’esprit. Quelle révolution mystérieuse s’est donc opérée en lui? Qu'est-ce qui à ainsi suspendu l'exercice régulier des facultés de son âme? Il faut bien l'avouer, la médecine, la pathologie, je ne dirai pas n’en savent rien, mais en savent peu de chose. On a fait bien des livres sur l’aliénation mentale; il y a sur ce sujet des travaux fort remarquables, mais qui n’arrivent point à des résultats précis et satisfaisants. Quand un homme devient fou, la plupart du temps on ne sait pas comment, et quand il cesse de l'être, le plus souvent aussi on ne sait ni comment ni pourquoi.
= Chose étrange! la plupart des folies sont partielles,
elles ne roulent que sur un point, sur une idée fixe. Pour tout le reste, l’aliéné raisonne et agit comme tout le monde. Mais vient-on à toucher ce point vulnérable, l'idée fixe se présente-t-elle, le voilà qui déraisonne aussitôt. On pourrait dire qu'il est raisonnable sur tous les autres points, pour tout ce qui ne touche pas à son idée fixe, et que c’est seulement en ce qui s’y rapporte qu'il est comme enlevé à lui-même et cesse d'être la cause de ses actes.
Dans un tel état, l'acte humain n’a pas lieu. On ne
saurait imputer à un fou ses actions. Îl n’est responsable devant aucune loi, parce qu'il n’est plus l'auteur de ce
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48 Re nie (l:
qu'il fait. Sa raison n’est pas en cause, ni sa ONE de libre. Qu'est-ce donc qui agit alors? qui le sait? quelle est cette force aveugle et fatale qui le domine et le rend comme étranger à lui-même? Remarquons la force du mot aliénation. Le fou est enlevé à lui-même, aliéné de
lui-même, alienatus. I ne s’appartient plus, il n'a plus » Ja direction de sa volonté, de sa pensée, ni de sa personne; ce n’est plus lui qui agit, mais un autre. Quel est cet autre ou ce quelque chose qui l’a ainsi envahi et subjugué? C'est là le mystère.
Voilà donc bien des actes qui sont de l'homme, sans être cependant des actes humains. J'en citerai encore quelques-uns.
L'enfant, avant l’âge de raison, ne fait pas d’actes humains. Tant que sa raison n’est pas développée, il agit sous l’empire des instincts. Car il ne connaît pas la loi morale, il est incapable de discerner le bien du mal. : C’est seulement quand-il acquiert une conscience nette de lui-même et de ses actes et qu’il peut les rapporterà la loi, les mesurer avec elle, que ses actions entrent dans le domaine de la moralité, et qu’il en répond. Jusque-là ce n’est pas lui qui en est responsable, ce sontses parents et ses tuteurs, qui doivent par leur raison suppléer à l’absence de la sienne, et par la force de leur volonté remplacer la faiblesse de sa volonté mineure.
Reste un dernier cas, malheureusement trop fréquent, celui de la passion, quand elle est violente, poussée à FSU Toute passion trouble et diminue plus ou moins l’exercice de la raison; mais quand elle: *"4 s’enflamme et s'emporte, il peut arriver, etilarrivesouvent, que la raison est comme étouffée, opprimée, dans une complète impuissance de s'exercer, ou de faire entendre sa voix. Alors l’homme devient momentanément
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