L'INTENTION
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Conséquences nécessaires des actes humains : 1° la responsabilité de l'agent moral, qu’il ne faut pas confondre avec la solidarité ; 2° le mérite naturel ou surnaturel, de congruo ou de condigno; 3° le démérite de la volonté, qui s’est-mise hors la loi ou contre la Loi; 4° la vertu ou le vice, qui se forment par l'habitude des bonnes ou des mauvaises actions; b° le bon— heur ou le malheur de Fagent, de ceux qui l'entourent et de l’humanité entière.
Toutes les actions de l’homme tendent en définitive
vers le bien ; il n’agit que dans la vue du bonheur, pour obtenir un bien quelconque, réel ou imaginaire. Or il y a des biens finis et passagers qui ne peuvent rassasier son âme, les biens matériels. IL y en à d’autres qui lui donnent une nourriture véritable, les biens de l’esprit
et du cœur; mais ceux-ci même n’ont tout leur prix
que s'ils servent de moyens pour arriver au bien suprême, qui ne périt point, à ce bien qui est la source et la plénitude de tous les biens.
Ce qui nous amène à cette question agitée par les ‘
théologiens : les hommes sont-ils obligés de rapporter toutes leurs actions à Dieu ? Les uns ont dit oui, les autres non, comme toujours dans les matières controversables.
Saint Thomas, le prince des théologiens, qu'on peut
nommer le héologien, comme il appelle lui-même Aristote le philosophe, soutient l’affirmative. Toutes nos ac-
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coNSÉQUEX GES NÉCESSAIRES DES ACTES HUMAINS. 493
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a tions délibérées, dial, c'est-à-dire celles qui sont Rs avec raison et liberté. doivent être rapportées à Dieu
comme à leur fin dernière, et 1l le prouve, comme on
| prouve en théologie, par l’Écriture, par les Péres et par la raison; par Heritage, au moyen de ces paroles de
saint Paul : Soit que vous mangiez, soit que vous … buviez, quoi que vous fassiez, Giles tout pour la gloire . de Dicü, Il cite encore cet autre texte du même apô-
tre : Tout ce que vous faites en paroles et en œuvres,
faites-le au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. « Omne … quodcumque facitis in verbo autin opere, omnia in n0o=
mine Domini Jesu facite. »
Quelques théologiens ont répondu à cela que Papôtre
donnait ici un conseil et non un précepte, suivant la distinction admise en théologie, et très-fondée, de ce qui est imposé comme devoir, ou conseillé seulement
. comme moyen de perfection, en sorte que la conscience est, liée par le précepte et non par le conseil. Saint = Thomas n’est point de cet avis. Après les textes de
l’'Écriture, il cite plusieurs Péres qui entendent cette
parole comme lui, saint Augustin, saint mur et
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d’autres.
Puis il démontre cette thèse par la raison, et voici ses arguments : La loi naturelle, dit-il, nous oblige de rapporter à Dieu toutes nos actions délibérées, c’est-àdire nos actions raisonnables, et non les mouvements instinctifs, les entrainements niants — Et, en effet, Dieu nous a créés parce qu’il l’a voulu ; il n’y a aucune nécessité dans la création. L’être infini qui était tout, ne dépendant de personne et ne relevant que de luimême, n'avait aucun besoin de la création ni de la
) créature pour augmenter sa félicité ou sa gloire. Cependant, tout en créant librement, il ne pouvait pas ne pas
créer pour lui-même, afin de manifester sa gloire comme il est dit dans l'Écriture : « Universa propter semetipsum operatus est Dominus. » Donc, la fin de la création ne pouvant être que la gloire de Dieu, tout ce qui est créé doit se rapporter à cette fin. Or, si dans la nature les êtres se développent par des lois constantes, qui les ramënent à une fin commune, à un but supérieur, à savoir, la réalisation de lidée divine par la création, la démonstration de la science de Dieu dans les choses finies, il est évident que l’homme, la ‘partie la plus noble de cette création, qui n'est pas seulement un être mobile, jouet de forces aveugles, et force aveugle lui-même, mais un être intelligent, une force spirituelle douée de conscience et de liberté, d'un esprit pour connaître Dieu et d’un cœur pour l'aimer, ne doit pas faire autrement que les autres créatures. Si toutes glorifient leur auteur, et le manifestent en déployant ses œuvres, en réalisant ses idées, bien que sans le savoir et le vouloir, est-ce que l’homme restera au-dessous d’elles? Est-ce que l’être raisonnable n’emploiera pas sa raison à reproduire les magnificences de Dieu et à travailler aussi à sa gloire? Est-ce que lui, qui a une àme pour goûter et aimer le bien, aimera tout dans l'univers excepté le bien suprême, excepté celui qui est le plus digne d’être aimé? Done, dit le grand Docteur, la loi naturelle, qui fait graviter tous les êtres vers Dieu, impose aussi à l’homme l'obligation de rapporter toutes ses actions, soit ses actes intellectuels, ou l'exercice des facultés de son esprit, soit ses actes moraux ou les tendances de son amour, à Celui qui est . le principe et la fin dernière dé la création.
En second lieu, la justice l’oblige encore à rapporter à Dieu tout ce qu’il fait; car la justice veut qu’on rende
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à chacun ce qui lui est dû : Suum cuique. Or l'homme appartient à celui qui l’a fait, à celui qui lui a donné tout ce qu'il est et tout ce qu'il a, et par conséquent, créature de Diu et ayant tout reçu de Dieu, il doit renvoyer tout à Dieu. Dieu l’a créé sans doute pour le rendre heursux, mais il ne peut trouver son bonheur
que dans celui qui lui a donné l'être, et comment pourrait-il trouver le bonheur hors de l'Être par excellence, puisqe dans ses poursuites du bonheur il ne cherche que l’être et le bien-être. Comment jouir du bien en dehors de celui qui est le bien souverain? Donc, si l’homme oublie Dieu, s’il ne lui rapporte pas toutes ses actions , et surtout s’il se tourne contre Dieu, il est un voleur, il fraude Dieu, il détient ce qui lui appartient, il le dépouille de sa gloire, autant qu'il est possible en ne lui restituant point ce qu’il en a reçu.
Enfin la reconnaissance l'y porte. La reconnaissance est un des plus beaux sentiments du cœur humain; il semble très-naturel, et cependant il est rare sur la terre. Depuis que l'homme, en se préférant à Dieu, a voulu se
suflire à lui-même, et s’est révolté contre la loi divine pour
se rendre indépendant, tout bienfait pèse à son orgueil, en sorte que ce sentiment, qui sortait spontanément de l'âme humaine quand elle était dans l’ordre avant le péché, est peut-être maintenant ce qui coûte le plus au commun des hommes , au point que la reconnaissance est le signe des nobles cœurs.
Maintenant, en considérant la chose d’une autre manière, on peut dire : quand l’homme agit, que cherche-t-il ? un bien. Et s’il agit moralement, que veut-il? le bien moral, c’est-à-dire l’ordre et la justice. Dès lors, si nous sommes vraiment honnêtes, nous devons viser dans tout ce que nous faisons à l’honnêteté, qui est la
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426 cs : CHAPITRE XX
conformité avec la loi divine: Ainsi ro dé.
rapporter toutes ses actions à Dieu, c’est dire seulement qu’on doit toujours agir pour la justice, en vue du devoir, et tendre sans cesse, de prés ou \le loin, immédiatement ou médiatement, au bien, à la würité, à la vertu.
Mais comment rapporter à Dieu toutes les actions délibérées? Ici encore les théologiens dibérent, sans que cette différence ait de l’importance dans la vratique. Il y a plusieurs manières de rapporter ses acions à Dieu : par un acte exprès ou implicitement, actuellement où habituellement. Aïnsi un chrétien qui a de la foi, et qui connaît la loi de Dieu et ce que les com-
mandements prescrivent, cherche à plaire à Dieu dans.
tout ce qu'il fait, et la meilleure manière de lui plaire n'est pas de lui dire qu’on l’aime, mais d'accomplir ce qu'il veut. « Vous serez mes amis, dit Jésus-Christ à ses apôtres, si vous observez mes commandements. Si vous faites la volonté de votre père céleste, alors mon père et moi, nous viendrons en vous et nous y établirons notre demeure. Un chrétien fervent et consciencieux tâche de rapporter à Dieu tout ce qu'il fait sciemment et volontairement. | Mais, dira-t-on, est-ce qu'on peut toujours penser: à Dieu au moment de l’action ? Quand l'esprit est plein de la chose à faire et des moyens à employer, peut-il toujours faire un acte exprès de rapport à Dieu? Non sans
doute, cela n’est pas toujours possible ni par consé-
quent nécessaire; car il y a beaucoup d’actions qui sont des moyens ou des fins secondaires se rapportant à une
fin ultérieure et principale. Quand done on a entrepris une chose et qu’on se propose un but, si l’on rapporte
ce but à Dieu, tous les moyens y seront nn per
le fait et virtuellement.
| consÉquENERs : NÉCESSAIRES DES ACTES HUMAINS,. 427 1e y à aussi un rapport implicite à Dieu, sans acte exprès, dans toute bonne action sincèrement accomplie en vue du devoir et pour le bien. Quand un homme honnête, partagé entre sa conscience et sa passion, son intérêt et son devoir, sacrifie la passion, met lintérêt en arrière et s’efforce d'accomplir ce qui est bien, quoi qu'il lui en coûte, malgré des privations qu'il va subir, et les tribulations que sa conduite lui attirera, cet homme-là rapporte véritablement à Dieu ce qu'il fait. Car que veut-il en définitive? Il veut la justice, le bien, la vérité; il les veut tellement, qu’il se sacrifie pour les défendre. Or la vérité c’est Dieu, le bien c’est: Dieu, la justice c'est Dieu; par con équeut, cet homme, füt-il païen, infidèle. mécréant, tout ce qu’on voudra,
si réellement il est capable de sacrifier son plaisir, son intérêt à la vérité, à la justice, au devoir, reconnaît Dieu quoi qu’il en ait, et il plaît à Dieu, quel qu'il soit. C’est ce qui est écrit aux Actes des apôtres à l’occasion du centurion Corneille. Ce centurion était un Romain, un païen, et cependant il faisait beaucoup de bonnes œuvres, il répandait d’abondantes aumônes, et par là il était préparé à recevoir la grâce insigne qui lui a été accordée. C’est un premier degré qui l’a amené au second. L’honnêteté des actes moraux est une bonté préparatoire à un degré supérieur du bien, au bien et au mérite surnaturels. Ainsi on peut trouver beaucoup de bonnes choses, beaucoup d’actions honorables et louables chez les païens et les infidèles. Dieu, est-il dit aux Actes des apôtres, ne fait point acception des personnes, et dans toutes les nations, chez tous les peuples, celui qui le craint et observe la justice lui est agréable. Donc, veut-on accomplir le précepte de l'apôtre, veut-on faire ce que saint Thomas enseigne, tout rap-
porter à Dieu ? Qu'on cherche le bien partoutet toujours, qu’on le fasse parce qu'il est bien, qu’on aime et pratique la justice, parce qu’elle est la justice, qu’on préfére en toutes choses le devoir à la jouissance. Quand la passion entre en lutte avec la conscience, si l’on donne gain de cause à la conscience, c’est Dieu‘qu'on honore, c’est à Dieu que l’action se rapporte; et quand même on aurait le malheur, par une erreur de l'esprit, par un travers de l'imagination, qui se rencontrent trop souvent de nos jours, de le renier en paroles, on le confesserait par ses actes, et c’est un bonheur.
Enfin on distingue encore dans les écoles le rapport actuel et le rapport habituel.
Il y a rapport actuel quand, au moment même où l’on agit, on pense à Dieu comme à sa fin dernière, pour lui renvoyer avec amour l'acte qu’on accomplit, et tout le bien qui peut en provenir : Omnia ad majorem Dei gloriam.
Le rapport habituel a lieu quand on est ordinairement dans cette disposition, et alors tout dans la conduite se tourne spontanément vers Dieu. C’est un des privilèges ou des bénéfices de la vertu, de la piété. Comme elle est en rapport incessant avec Dieu par la prière et par l'amour, la volonté tend vers lui comme naturellement, et lui rapporte tout ce qu’elle fait, même sans y penser expressément. De là la justice chrétienne, soutenue par la grâce sanctifiante, qui distingue les vrais chrétiens, et particulièrement les saints, qui vivent déjà en ce monde en union avec Dieu, ou en sa présence.
Il nous reste à considérer les conséquences nécessaires de l’acte moral. Nous en avons expliqué la formation, et les éléments qui le constituent. Nous avons
LES Rte
| CONSÉQUENCES NÉCESSAIRES DES ACTES HUMAINS. 429 dit ensuite ce qui caractérise l’acte comme moral ou immoral, et ce qui fait qu’une action est bonne ou mauvaise. Nous allons voir maintenant sommairement ce qui sort de l’acte moral accompli, à savoir: 4° la responsabilité; 2° le mérite ou le démérite; 3° la vertu ou le vice ; 4° le bonheur ou le malheur. ; 1° La responsabilité. Étre responsable, c'est rendre compte de l’acte commis, et en subir les conséquences. Par l'acte moral l'homme est cause, cause seconde, puisque Dieu seul est cause première. Or, une cause véritable est nécessairement intelligente et libre. Les causes physiques ne sont pas proprement des causes; car elles sont aveugles, elles ne savent point ce qu’elles font, ce n’est pas elles qui produisent. Ainsi dans un enchaînement de faits, qui s’'amènent les uns les autres, il n’y en a pas un seul, si ce n’est pas l’homme qui les epère, qui puisse arrêter la série et dire : Vous n’irez pas plus loin. De même il n’y en a pas un seul qui puisse de lui-même se mettre en mouvement pour déterminer une suite d'actes. [ls ne sont donc point des causes, car ils ne donnent point le mouvement, ils ne mettent pas en branle ; mais quand l’impulsion leur est donnée, ils la communiquent fatalement, en raison du mouvement reçu et de leur capacité pour la force transmise. Il en est autrement des volontés libres. Elles commencent des séries d'actions, il y à un moment où elles disent : Je veux ou je ne veux pas, je ferai ou je neferai pas. Puis, quand la série est commencée, elles peuvent la briser, ou, comme on diten langage de bateau à vapeur, elles peuvent séopper. Au cri séop tout s’arrète. Suivons cette comparaison. Est-ce que ce bateau peut s’arrêter lui-même avec sa machine infernale? Pas plus qu’il ne peut se mouvoir. Qui peut donc l'arrêter? une
| CHAPITRE : Xe
voix qui crie : s/0p. Quelle est cette Ér œdile. %: Le l’homme qui commande, c’est-à-dire une volonté, une. raison qui défend d’avancer ou reculer, à cause d’un. obstacle, d’un écueil, d’un besoin quelconque. Il y a là une volonté libre qui est là cause de tout. Mais la machine, le bâtiment, aucun des outls, des instruments qui servent à gouverner le navire, n’en peuvent mais, car tout cela ne raisonne pas.
La responsabilité dérive de la causalité. c’est-à-dire que la cause première, je dis premiére, parce que, les causes secondaires ont une initiative, la cause première, ou celle qui produit l'impulsion, répond de toutes les conséquences. Car si elle n'avait pas causé ce mouvement, tous ces effets, soit en bien soit en mal, n’auraient pas été produits. Si ces effets sont bons, honnêtes, elle en aura la gloire et la récompense; s’ils sont au contraire immoraux, délits ou crimes, elle en aura Ia honte et la punition.
Ainsi la responsabilité sort d’abord de la liberté, principe et cause des actes; puis de la délégation Fr Créateur, qui a donné à l’homme cette puissance magnifique qu'on appelle la liberté, attachant à cet apanage une loi qu'il doit accomplir, et dont il lui sera demandé compte. J’ai reçu un pouvoir immense pour une certaine fin. En me confiant ce pouvoir, on m'a dit: Voilà où tu dois aller. Donc quand j'aurai achevé la marche, et on marche toute sa vie, quelqu'un à coup sùr me demandera compte de l'usage j'aurai fait en route des. moyens accordés et des choses accomplies.
La vie humaine n’est pas un phénomène fortuit, un simple effet du hasard; ce n’est pas un grain de sable du désert emporté par le vent. À toutes ces existences … si diverses 1l y à une destination. Chaque homme ici-
| CONSÉQUENCES | NÉCESSAIRES DES ACTES HUMAINS. at
“bas: a sa ‘vocation, et doit employer sa vie à quelque - chose qui lui a été marqué ; il faut qu’il atteigne sa fin.
Donc, quand il sortira de cette vie, il devra en rendre compte, et on lui dira : Qu'avez-vous fait sur la terre ?
Est-ce que nous n’agissons pas ainsi avec nos serviteurs ? Est-ce que la responsabilité ministérielle n’est
pas la même chose? Quand on a investi un homme de
sa confiance dans une affaire, on lui trace la sphère où il doit se tenir, et sa responsabilité est déterminée par les limites assignées, par la circonscriplion tracée, par Ja loi imposée. Or, nous sommes tous des ministres
chargés d’une certaine fonction au département de ce monde. Nous avons reçu une intelligence pour reconnaître ce qui est bien, ce qui est juste. Nous avons
reçu une volonté pour accomplir la loi, et elle peut l’en- - freindre. Il viendra donc un jour où l’on nous deman-
dera compte de l'usage de nos pouvoirs. Cela est inévitable, nous ne pouvons y échapper, c'est l’ineluctabile fatum.
J1 ne faut pas confondre la responsabilité avec la solidarité. La solidarité sort de la fatalité, tandis que Ja responsabilité dérive de la liberté. On est responsable de ce qu’on fait, on est solidaire de ce qu'on ne fait
# pas.
in era on date
Un jour les membres cherchèrent querelle à l estomac, et dirent: Nous nous fatiguons beaucoup, nous nous
épuisons, et ce paresseux ne bouge pas. Il profite de tout ce que nous lui donnons, et tandis que nous avons
tant de peine à mouvoir le corps et à le transporter, Jui reste toujours dans la quiétude de la digestion. L’estomac répondit ainsi, ou à peu près : Sans moi que feriez-
“vous? Vous me Maur à manger, c’est vrai; mais je
ds
432 CHAPITRE XIX. ne digère, et quand j'ai digéré, cette nourriture, dont vous ne sauriez que faire si je ne l’avais préparée, passe dans le cours du sang, et vous est apportée Jusque dans vos moindres fibres. C’est là ce qui vous nourrit, vous fortifie, et vous défailleriez bientôt, si je cessais de vous réparer.
Un corps est composé de plusieurs organes et de plusieurs membres, et parce qu'il est une unité, et qu’il n’y a en lui qu’une seule et même vie, tous les organes, tous les membres y participent. Vivant dans une sympathie mutuelle, ils sont nécessaires l’un à l’autre, en sorte que la santé du corps est celle de tous les organes, et la santé d’un organe contribue au bien de tous les autres, comme aussi la maladie du corps devient la maladie de tous les membres, et le mal d’un seul va retentir dans tous.
Partout où il y a unité et variété, la variété se fond dans l’unité, il y a une solidarité nécessaire. Cela arrive dans tous les corps naturels, politiques, moraux ou religieux, dans une société quelconque. Or, comme le genre humain est un tout, une unité, il est impossible que ce qui le touche ne touche pas tous ses membres, et qu’en retour tout ce qui se rapporte à chacun de ses membres n’intéresse pas le genre humain tout entier.
Homo sum et humanti nihil a me ahenum puto. Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger. C’est ce qui explique cette grande vérité, qui est la base du christianisme, et sans laquelle il est impossible de comprendre la solidarité de nos premiers parents et de leurs descendants dans le pèché d'origine, Une semence viciée peut-elle donner des plantes saines, un principe faux ou faussé produire des conséquences justes , une erreur enfanter des vérités ? Aussi,
GONSÉQUENCES NÉCESSAIRES DES ACTES HUMAINS. 433 | que les hommes du monde, et qui veulent y fonder une famille, prennent garde et songent qu’ils portent en eux par la solidarité l’avenir de leurs enfants; car ce sang qu’ils leur donneront avec la vie, s’il est vicié, viciera leur nature, et ainsi ils peuvent les rendre tristement
solidaires de leurs désordres et de leurs maladies, La
transmission du péché originel est l’application nécessaire de la loi naturelle, qui régit l’ordre logique et moral comme le monde physique. La première faute admise, la loi s'applique fatalement. C’est une source ouverte, il faut qu’elle coule avec le venin qu’elle contient. Si c'était une source de bien et de vertu, elle porterait partout où elle se répandrait le rafraichissement et la vie. De là dans les familles l'honneur ou la honte, le bonheur ou le malheur solidaires. Tous les membres. de la famille participent mvolontairement, et sans qu’il y ait de leur fait ni mérite ni démérite, au bien ou au mal de la famille entière et de chacun de ses membres. Aussi, si on a dans sa famille un héros, un saint, un homme distingué, on aime à s’en glorifier, on en recoit comme un reflet d'illustration, et bien que leur vertu ou leur génie aient seuls accompli leurs belles actions ou conquis leur gloire, cependant on s’en fait aussi une espèce d’auréole par la participation de la solidarité, et l’on a raison. Quand dans la famille, au contraire, se trouve un criminel, un misérable, on a peine à prononcer son nom, et l'on rougit de l’entendre, tant nous reconnaissons la solidarité, puisqu’à nos yeux ce nom, que nous portons en commun avec un homme dégradé, a contracté quelque chose d’ignominieux, dont nous ne voudrions point partager la tache, et qui nous atteint malgré nous.
2% La seconde conséquence est le mérite ou le dé-
mérite, et nous distinguons tout de suite le mérite naturel du mérite surnaturel. On a fait une bonne action, on a rempli son devoir; malgré les résistances de la passion, la loi a été accomplie, et on a le sentiment qu'on a satisfait à la justice, qu'on est dans l’ordre. Or, le sentiment de l’ordre est comme celui de la santé. La santé est si précieuse, et à peine si on l'estime quand elle n’est pas troublée; c’est comme l'air que l’on respire, c’est l’état naturel ; on en jouit presque sans le savoir, et comme si elle nous était due. Mais qu’elle soit dérangée, qu’on vienne à souffrir d’une manière quelconque, et que Ja souffrance se prolonge, ah! comme on sentira vivement la convalescence ou le retour à la santé, et combien ce qui paraissait sans goût tout à l'heure, à cause de l'habitude, semblera plein de douceur et de délectation. Ainsi du sentiment de l'ordre ou de la santé morale. C’est un bien-être intérieur qui donne peu de goût sensible dans l’état ordinaire, mais un calme, une sérénité qui reluit sur la figure de l’homme honnèête, et qui la rend aimable et respectable, Mais que l'ordre moral soit dérangé, que la conscience soit troublée, que la santé de l’âme soit altérée, ah ! alors ce désordre se fera vivement sentir par l’agitation et le remords. Dans le premier cas au témoignage d'une bonne conscience se joint l'espoir d’une récompense. Car si j'ai fait mon devoir, si j'ai accompli la loi et observé le précepte, je suis dans l’ordre, je puis attendre une rémunération, c'est-à-dire la continuation et l'accroissement de bonheur que j'éprouve en raison du bien que j'ai fait. Voilà ce qui constitue le mérite naturel.
Cependant, il faut prendre garde de tomber dans ce qu’on appelle la justice propre, en se complaisant dans son mérite, et en s’attribuant toute la gloire du
bien qu’on a fait, du mal qu'on a évité, Ici se trouve : la nécessité du rapport à Dieu. Car, enfin, de quoi te glorifies-tu ? demande l’Apôtre. Tout ce que tu as, on te
l’a donné, tout ce que tu possèdes, tu l’as reçu, et si tu
as su observer la justice et fuir l’iniquité, c’est par une
force provenant de celui qui, maître des volontés, peut
par sa grâce les exciter au bien et leur inspirer la vertu. Il faut donc être modeste dans le bien. C'est le caractère de la vertu véritable. Les païens ne connaissaient guère l'humilité. [ls ont eu des hommes justes, de grands hommes, qui ont su sacrifier plus ou moins leurs passions au devoir, le plaisir et même l’utile à l’honnête. Mais il y avait en général parmi eux beaucoup d'orgueil, une tendance à s’attribuer la gloire du bien accompli, et c’est pourquoi le paganisme apothéosait ses héros; il en faisait des demi-dieux, des dieux, et même plus que des dieux, comme l’affirmaient les stoïciens. D'un autre côté chez les Juifs, le peuple aimé de Dieu, choisi pour préparer les voies de sa miséricorde et de la rédemption, 1l y a eu le même excès sous une autre forme, savoir, la trop grande confiance dans l’efficacité de leurs œuvres et dans l'observation de la loi. Eu accomplissant les commandements ils croyaient à leur justice prôpre devant Dieu, comme ce pharisien de l'Évangile qui disait dans sa prière : Seigneur, je vous rends grâce de ce que je ne suis pas comme ce misérable publicain, ni comme le reste des hommes qui violent la loi; quant à moi je l’accomplis ; je jeûne tant de fois la semaine, et je paye la dime de tous mes biens, etc. Et cependant le pauvre publicain qui priait avec humilité, se tenant au bas du temple, sans oser lever les yeux, et se frappant la poitrine en implorant la miséricorde divine, retourna justifié dans sa maison,
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et le pharisien superbe, qui se rendait à lui-même un si beau témoignage et méprisait les autres, resta dans son orgueil et dans ses péchés.
Ce fait nous amène au mérite surnaturel, qui peut avoir pour récompense l’éternelle vie. Nous avons vu tout à l’heufe que le mérite renferme, comme élément essentiel, l'espoir d’une récompense. Or, il y a des actions qui donnent l'espérance légitime, non-seulement d'une récompense humaine, toujours bornée, mais encore d’une récompense infinie, sans limites. Or, comme l’homme par lui-même ne peut mériter un bien infini, parce qu’il n’y a aucune proportion entre ses actes et l’infini, il suit que par sa propre justice il est incapable d'obtenir cette récompense sans terme. Que si, donc, il fait des actions qui aient ce mérite et puissent lui faire espérer cette rétribytion, ce ne peut être en vertu de son droit, car il n’en a pas. La condition humaine est telle que, réduite à elle-même, elle n’a aucun droit à l'infini; car il n'y a aucune proportion entre le Créateur et la créature, entre linfini et le fini, et bien que naturellement par des actions morales nous ayons droit à une certaine rémunération, à un certain bonheur proportionné à la bonté de nos actes, il n’y a rien en eux qui puisse nous mériter un bonheur sans bornes.
Qu'est-ce en effet que ce bonheur infini ? C’est la vie éternelle, et la vie éternelle est la vie même de Dieu, dans laquelle nous entrons, à laquelle nous prenons part. La vie de la créature peut-elle naturellement devenir la vie du Créateur ? Est-ce que le fini peut ainsi par sa nature se mêler à l'infini, et participer à la nature même de l'infini, divine consortes naluræ, dit l’Apôtre ? Non sans doute, car il n’y a point de proportion entre Dieu et
l’homme. L'homme naturellement n’a aucun droit sur Dieu. Qui peut donc lui en donner ? Dieu, Dieu seul dans sa miséricorde et par sa bonté. Certes, ce n’était pas un droit pour l'homme coupable, qui s'était révolté contre Dieu et lui avait témoigné tant d’ingratitude en retour de tant de bienfaits, ce n’était pas un droit pour lui d’être racheté. Qui a amené cette œuvre de réhabilitation ? Le grand sacrifice. Qui l’a opéré? La miséricorde,
et elle l’a accompli d’une manière admirable par la subs-
titution d’une victime divine au coupable, et quand la
justice a été satisfaite, la miséricorde a abondé. Mais
d'abord la justice a eu son cours; car jamais la violation de la loi n’est réparée que par une expiation, et l’expiation demande une victime.
L'homme n’a donc de droit à l’éternelle vie, à la
récompense infinie, qu’autant que Dieu lui en donne, et pour cela il faut que Dieu exerce à son égard sa miséricorde et son amour. C'est ce qui s’est fait par l’incarnation du Fils de Dieu, descendu au milieu des hommes, par le Verbe fait chair, par Jésus-Christ mourant sur la croix, et versant tout son sang en expiation et comme propitiation. Ce sang, qui contient à la fois la vie humaine et la vie divine, a rendu à l’homme
l'innocence dont il était revêtu au premier jour et qu'il ,
avait perdue par sa faute ; et par ce sang encore la vie
divine est revenue sur la terre, et s’est greffée de nou-
veau sur la tige de l’humanité dépouillée et dégradée. Voilà comment l’homme a pu satisfaire, non par luimême, mais par les mérites de Jésus-Christ, par le sang de Jésus-Christ ; et encore, avec cette miséricorde toute gratuite, fallait- il, pour que l’homme ait un droit, que Dieu ait promis et attaché l’éternelle récompense à cerlains actes, C'est ce qui a été fait, el de là sort le mérite
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= 4 à mn
surnaturel qu’on appelle, et c’est saint Thomas, je crois, qui a le premier employé ce mot, mérite de condigno, mérite de condignité, ou qui rend l’homme digne de la vie éternelle. Toutefois, il ne faut pas le confondre avec un autre mérite surnaturel, qui est simplement de convenance, auquel la vie éternelle n’est pas infailliblement attachée, et qu’on appelle mérite de congruo. Dans ce dernier cas, l’action, n’étant pas produite en union avec Jésus-Christ, peut seulement donner confiance en la bonté de Dieu et l'espérance qu’elle sera récompensée. Telles sont les actions vertueuses des infidèles, des pécheurs ; car il faut que le pécheur puisse revenir par quelque voie, et puisque, n'étant pas en état de grâce, ses œuvres ne produisent point le salut, et que cependant Dieu veut qu'il se convertisse, il faut qu'il puisse faire des œuvres de congruo, qui, attirant sur lui la miséricorde et lui donnant l’espoir d’une récompense, le disposent à obtenir la grâce nécessaire pour le remettre en union avec Dieu par Jésus-Christ. C’est là ce qui constitue le mérite surnaturel de ceux qui reviennent à Dieu. Ainsi faisait le centurion Corneille dont nous avons parlé plus haut,
Dans tous les cas, soit dans le mérite naturel, soit dans le mérite surnaturel, il y a toujours la part de la liberté par sa coopération, sans laquelle il n’y aurait point de mérite. Quelle est cette part? Je renonce à le dire, c’est une question si difficile et si profonde qu’on discutera sans doute jusqu’à la fin du monde sans la résoudre. Mais ce qui est certain, c’est que dans tout mérite naturel ou surnaturel il y a quelque chose de l'homme. Sans aucun doute, Dieu est la source de tous les êtres, il donne à tous la respiration, le mouvement et la vie; mais quand il à affaire à des créatures intelli-
gentes et libres, son action n’entre pas en elles comme dans les créatures sans raison et sans volonté, qu’il suffit de pousser pour qu’elles avancent ou reculent. L'homme peut contrarier le mouvement ou s’ ÿ associer, l'arrêter ou l’accélérer. Il peut s'opposer à Dieu de toutes manières, par son esprit et par sa liberté, et lui dire à tout instant : Je ne le veux pas, je ne le ferai pas, et il le dit trop souvent à son grand détriment. Donc il y a toujours la part de l'individu, sans laquelle il n'y aurait pas de mérite, et sans mérite point de récompense, comme sans démérite point de punition.
3° La vertu et le vice sont une troisième conséquence des actions accomplies.
La vertu est l'heureuse habitude du bien, l'habitude de bien faire; elle se forme et se consolide par la fréquente répétition des bonnes actions, et elle a cet excellent résultat qu’elle rend le bien plus facile, en sorte qu'on finit par le faire comme spontanément. En outre, l'effet de l'habitude étant de nous immobiliser dans une manière de faire, dans une pratique quelconque, la vertu qui en provient est comme une transition entre le commencement du bien en ce monde et le bien parfait dans l'éternité où nous y serons fixés, si Dieu nous accorde la grâce d’y parvenir.
L'habitude du mal a la même efficacité, c’est-à-dire qu’elle rend le mal plus facile à mesure qu’on commet des actions mauvaises, et l’on s’y enfonce quelquefois si profondément, qu’il est bien difficile d’en sortir. Ce qui fait aussi le passage entre le commencement du mal
ence monde et le comble du mal dans l’autre, où le méchant sera enchaîné dans le mal qu’il aura voulu de
ÿ toute la plénitude de sa volonté, et après avoir repoussé ou épuisé tous les moyens de la miséricorde. Chose ter-
rible, et que de paudant la foi et la raison obligent d'admettre ! Car s’il y a une éternité de bonheur, pourquoi n’y en aurait-il pas une de malheur P Si la liberté peut s’établir dans le bien par ses efforts et par son choix, pourquoi lui refuserait-on le pouvoir de se fixer dans le mal qu’elle à préféré de son plein consentement? Elle le peut malheureusement, autrement elle ne serait plus la liberté.
4° Enfin le bonheur ou le malheur suivent né ME ment les actes humains, ils sont nécessairement liés au vice et à la vertu. Je parle ici du bonheur et du malheur en dernière fin, non pas de ces bonheurs qui n’en sont pas, bonheur d’un moment, jouissance passagère des sens qui peuvent très-bien se rencontrer en ce monde avec une conduite vicieuse et une mauvaise conscience. Lés criminels peuvent jouir de cette façon-là, puisque les brutes en jouissent. Je ne parle pas non plus de ces malheurs superficiels qui ne sont que des traverses pénibles, des accidents plus ou moins douloureux, toutes choses qui passent. Je parle de ce qui est définitif, du bonheur et du malheur éternels, de ce qui sauve l’homme ou le perd à jamais.
L'homme vertueux , celui qui veut le bien et l’accomplit habituellement, fait à la fois son propre bonheur, celui de son prochain, de ceux qui l'entourent, du genre humain tout entier. Il y travaille et y contribue pour sa part; car il faut que le règne de Dieu arrive finalement en ce monde, et pour cela il faut, dit l’'Apocalypse, que le nombre de ceux qui s'y dévouent, et qui s’en font les martyrs, soit complet. Donc, si vous vous donnez au bien, si vous suivez son drapeau et soutenez sa cause, vous en devenez le soldat; vous grossissez son armée, vous vous dévouez à sa gloire,
ou, pour nous servir d’une autre image que le langage sacré emploie souvent, si chacun apporte sa pierre à la construction céleste, ces pierres, si petites qu’elles soient, ne fût-ce que des grains de sable amoncelés par les siècles, finiront par former un immense édifice. Ainsi de l'Église. Chacun peut y porter sa pierre, ou plutôt chacun peut en être lui-même une pierre vivante. Et alors la maison de Dieu s’élève, nous travaillons à létablir en ce monde avec la puissance divine, comme nous le demandons chaque jour dans l’admirable prière que Jésus-Christ nous a enseignée,
Si, au contraire, nous nous adonnons au vice et au crime, nous contribuons, autant qu’il dépend de nous, au triomphe du mal, comme par la vertu nous coopérons au succès du bien. Il y a deux cités ici-bas, dit saint Augustin, la cité de Dieu et celle du démon; les hommes s’emploient à édifier l’une ou l’autre. Scrutons notre conscience, et demandons-nous si, dans ce que nous faisons habituellement, nous participons réellement au développement et au triomphe de la justice sur la terre, ‘ou à l’accroissement et au règne de l’iniquité. Demandons-nous dans quel camp nous mettre, à quel drapeau nous rallier, et si dans nos actions de tous les jours, par nos désirs les plus vifs, par nos efforts les plus énergiques, nous cherchons à faire prévaloir ici-bas la cause du bien ou celle du mal.
Voilà comment la moindre action honnête a son importance, comment elle tend à hâter le mouvement de l'humanité vers sa fin dernière. La seulement est le véritable progrès ou laccomplissement de la volonté divine dans le monde. La doctrine chrétienne seule comprend et active le vrai progrès, et 1l avance, à mesure que l’activité libre des hommes s’unit et s’iden-
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tifie avec l’acte pur de Dieu. Par leur opposition les mechants en retardent la marche ou la réalisation sur la terre autant qu'il est en eux; par le concours de leurs volontés ou de leurs forces les bons en accélérent lavénement et concourent à la pleine manifestation de la vérité.
Ce livre étant, comme /a Philosophie des lois au point de vue chrétien, le sommaire d’un cours fait à la Sorbonne, nous demandons à nos lecteurs la permission de le terminer, comme l’autre, par la péroraison de la dernière leçon, qui exposait la situation d’alors dans la marche et le mouvement de notre enseignement. |
» Telles sont en abrégé les conséquences nécessaires des actes humains. Ici se termine ce que nous devions vous exposer cette année. Nous avons expliqué comment l'acte humain se forme, quels en sont les éléments essentiels; nous vous avons montré comment il devient bon ou mauvais, quelles sont les conditions de Ja moralité et de l'immoralité, et enfin nous venons de vous en signaler les conséquences.
« Il reste encore beaucoup à faire, et nous avons devant nous une longue carrière à fournir. Cette année nous en avons percouru une partie. Nous savons ce qu'est l’acte moral en lui-même; mais il faut maintenant le voir en face de sa règle, car il ne s’apprécie que par sa conformité avec la loi. Il faut donc expliquer la loi souveraine de l’homme, qui qualifie ses actes et sert à les apprécier. Il faudra donc dire d’abord ce qu’elle est dans son principe, dans son origine, dans sa
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nature, dans son essence et dans ses dérivations multi- ples; puis, comment elle s'établit, s’autorise et s’appli-
que, comment elle se transforme et parfois s’obscurcit et s’oblitère. Ce n’est pas tout : quand nous aurons fait cela, nous aurons l'acte humain d’un côté, la loi de l’autre, la loi qui doit être son modèle, sa règle, [l faudra les rapprocher, considérer l’activité libre de l’homme en face de la loi, c’est-à-dire les manières diverses dont la volonté peut l’accomplir ou la violer, en sorte que nous aurons à décrire toutes les vertus, depuis la bonne œuvre la plus minime jusqu’à la perfection chrétienne,
et tous les délits, depuis la faute la plus légère jusqu'à
la perversité la plus profonde.
« Voilà, Messieurs, ce qui nous reste à faire. Le pourrai-je ? Pourrai-je aller avec vous jusqu'au bout de cette immense carrière ? Dieu seul le sait, mais ce que je sais, Messieurs, et je vous le dis avec plaisir, c’est que ma volonté ne s’y refuse point.
« L’an passé, à pareille époque et dans la même circonstance, je vous disais : « Continuerai-je cet enseiognement !? Je ne sais si les temps s’y prêteront, si ma force y suffira, mais je puis vous affirmer que je l'espère, que je le désire, et même, je l’avouerai, j'en suis vivement tenté. » Vous avez applaudi.
« Aujourd’hui, Messieurs, après une année révolue, aprés une nouvelle expérience de votre bienveillante attention, après avoir vu l’empressement que vous avez mis toute l’année à suivre ces leçons, après avoir goûté moi-même cette joie intime et pure que la science donne à ceux qui la cultivent avec amour, aujourd'hui
1 L'auteur était alors vicaire général et promoteur du diocèse de Paris, ce qui Ini laissait peu de temps pour les travaux de l’enseignement.
je vous dirai la même chose, car je suis encore dans la même disposition, avec quelque chose de plus cependant et je l'avouerai encore naïvement : l'an passé j’éais vivement tenté ; cette année, je suis vaincu par la tentation (Applaudissements.) » |