ACTE I
Nous recevons chez nous des ducs, des généraux ; Étant plus riches qu*eux, nous sommes leurs égaux.
— Ce brave magistrat, dont nous prenons la fille, Est fier ()e s'allier avec notre famille.
— Rester pauvre!... Voyez!... Duchesne dédaigné Vainement au collège, autrefois, a réi^né ;
Dans un humble bureau son vieux laurier se fane ; Le monde, quMl accuse, au néant le condamne.
Le monde avec raison interroge, en effet.
Non ce que fit l'enfant, mais co que l'homme fait. *
— Savenays, grâce au nom que lui légua son père, Kst accueilli partout, chacun le considère;
Nous autres... l'argent seul pouvait nous relever,
Nous en avons... A tout j'ai le droit d'arriver !
On m'entoure déjà d'un respect unanime :
On estime l'argent... j'en ai... donc, on m'estime!
Pour se faire honorer dans ce monde railleur.
L'argent est un moyen... vieux, mais c'est le meilleur 1
MADAME DUBREUIL
Hélas t
DUBREUIL
■Pour Savenays vous êtes vraiment dure, II ne mérite pas cela, je vous f assure.
— Dans le premier moment, vous savez ; j'étais fou 1 J'avais sacrifié jusqu'à mon dernier sou ;
Alors il vint à moi sans phrase, en galant homme
« Tenez, j'ai là, dit-il, une petite somme;
« Travaillons I... Vous avez votre but, moi le mienl
« De réussir tous deux je connais le moyen.
a De peur de vous gêner et de me compromettre,
a Dans ce que vous ferez je ne veux pas paraître. »
— C'est délicat pourtant 1... Eussiez-vous aimé mieux Qu'il vendu le blason de ses nobles aïeux ?
Qu'il épousât, au poids de l'or, — c'eût été triste ! Quelque jeune bossue, ou quelque vieille artiste ? Fif... J'entrai bravement dans sa combinaison; Et, depuis, le succès nous a donné raison !
Nous nous sommes compris et complétés l'un l'autre, Nous avons labouré, moi, son champ... lui, le nôtre; De sa récolte, enfin, chacun est assuré; Le comte est riche... et moi, je suis considéré I
— Ainsi, n'en parlons plus jamais, je vous en prie ; Je ne puis là-dessus entendre raillerie.
Savenays m'a sauvé... c'était l'essentiel I
— . Quant au jeune Verdier, qui nous tombe du ciel, Pourquoi donc, s'il vous plaît, craignez-vousqu* il me gène? Et de quoi voulez-vous que je me mette en peine ?
MADAME DUBREUIL
Je crains... Monsieur Bernard Ta, je crois, invité... S'il venait à Meudon !
J'en serais enchanté I Étant petit, c'était un garçon très-aimable ; Je lui dirai ce soir : Mettez-vous à ma table. Et dînez avec nous ! — Si vous le rencontrez. Dites-le lui.
MADAME DUBREUIL, à part.
Mon Dieu t vous lui pardonnerez !
DQBREUIL.
J'entends monsieur Bernard avec toute sa fôte; Partez, si vous voulez, ensemble, en arbalète !