Consol., p
XXXIV INTRODUCTION
condamnation avait fait assez de bruit dans le monde pour que Boëce ne pût l'ignorer, et l’auteur de /a Consolation se serait bien gardé de le suivre dans une voie aussi périlleuse, pour peu qu'il eût pu craindre les foudres de l’Église. Un paien seul pouvait les braver sans risque : la preuve que Boëce n’était pas chrétien, c’est qu'il ne fut pas excommunié.
On peut donc l'affirmer, Boëce n’était pas chrétien, et si la pieuse ignorance de quelques légendaires a sur ce point égaré la postérité, du moins, ses contemporains ne sy étaient pas trompés; ils ne doutaient pas qu'il ne fût paien, et lui-même ayant pris soin de nous l’apprendre, il le faut bien croire. Que signifie, en effet, cette accusation de magie qui lui fut intentée eñ plein sénat par Gaudentius et Opilion ses délateurs '? Comment eût-on osé charger d’un pareil crime un chrétien aussi illustre, dit-on, par sa piété que par ses talents, un apologiste ardent et infatigable de la vraie religion? Si quelqu’un leût osé, le ridicule . d’une telle accusation n'eût pas manqué de tourner bientôt à la confusion de l’accusateur; il ne paraît pas pourtant que cette absurde imputation ait été écartée avec mépris, et Boëce nous dit lui-même que ses juges y ajoutérent foi. Une seule preuve avait suffi : il était philosophe. Ainsi, de l’aveu même de Boëce, tout philosophe était, a priori, atteint et convaincu de magie. On serait tenté d’accuser notre auteur d’exagération, sinon de mensonge ; il ne dit pour-