‹ La consolation philiosophique de Boèce;Chapitre 4 sur 60 · Ennod., de Vita sua · texte numérisé non relu

Ennod., de Vita sua

2. Sur la foi de l’auteur inconnu d’un traité intitulé : de Doctrina scolarium, qu'on a longtemps attribué à Boèce, quelques biographes modernes ont écrit,que notre auteur avait étudié la philosophie à Athènes, où il aurait vécu dix-huit ans dans l’intimité de Proclus. Cette assertion est toute gratuite ; il suflirait, pour s’en convaincre, d’un simple rapprochement de dates, alors même qu’elle ne serait pas formellement contredite par Cassiodore. Cet auteur, en effet, dans une lettre souvent citée, félicite Boèce d’avoir fréquenté les écoles athéniennes suns s'être éloigné de son pays, et d’avoir ainsi rendu romaine la philosophie de la Grèce : « Sic enim Atheniensium scholas longe positus introisti ; sic palliatorum choris miscuisti togam, ut Græcorum dogmata doctrinam feceris esse Romanam. » Lib. 1, ep. 45. |

INTRODUCTION. VIL

les premiers temps de son règne, le prince goth n'épargna-t-il rien pour se concilier les familles sénatoriales. Toutes les grandes magistratures, toutes les hautes dignités leur étaient presque exclusivement réservées, si bien que les vainqueurs pouvaient se croire tombés sous le joug des vaincus. Boëce eut sa part dans ces largesses politiques; àgé de vingt ans à peine, il fut élevé au patriciat, et l’on sait que, malgré sa jeunesse, 1] sut se faire écouter du Sénat, dont cette dignité lui avait légalement ouvert les portes. Toutefois, dans le système de gouvernement pratiqué par Théodoric, le rôle du Sénat était à peu près nul ; notre philosophe avait assez de loisirs pour s’adonner à des occupations plus utiles, et c’est pendant les années qui s’écoulérent entre sa promotion au patriciat et son consulat que, selon toute apparence, il eomposa la plus grande partie de ses ouvrages. Ses premiers livres l'avaient déja rendu célèbre. Nous en avons la preuve dans une lettre où Théodoric, ayant promis à son gendre Sigismond deux horloges hydrauliques, charge Boëce de les faire exécuter. Au milieu d’un étalage d’érudition dont il est difficile de ne pas sourire, le roi des Goths, ou plutôt son secrétaire, l'illustre Cassiodore, adresse au jeune patrice des compliments comme ceux-ci : « Nous savons que tu es rempli d’une ample érudition, et que tu as puisé à la source même de la science les arts que le vulgaire pratique sans les connaître... Au moyen de tes traductions, on peut lire en Italie Pythagore le musicien, Ptolémée l’astronome ; l’arithmétique de Nico-

VIII INTRODUCTION

maque, la géométrie d’Euclide sont entendues des Ausoniens, et le théologien Platon, le logicien Aristote, disputent dans la langue de Romulus. Que dis-je? tu as rendu à la Sicile le mécanicien Archimède transformé en fils du Latium, et tous les arts et toutes les sciences que des hommes différents avaient donnés à la Grèce féconde, Rome les a reçus de toi seul, exposés dans sa langue nationale‘. »

Quelque temps après, Clovis, dont Théodoric avait épousé la sœur Audeflède, ayant demandé à ce prince uni joueur de harpe, le roi écrivit encore à Boëce : « Le roi des Francs, émerveillé de ce qu'on rapporte de nos banquets, uous a prié instamment de lui envoyer un joueur de harpe, et nous avons promis de le satisfaire, uniquement parce que nous savons ton expérience en fait de musique. C’est à toi qu'il appartient de choisir un habile homme, puisque tu as su t'élever jusqu'aux hauteurs inaccessibles de l'art... 11 faut que ce joueur de harpe qu'on nous demande, et que tu dois choisir avec le plus grand soin, soit le meilleur de l’époque, car il aura, peu s’en faut, à

4, « .... Hoc te, multa eruditione saginatum, ita nosse didicimus, ut artes, quas exercent vulgariter nescientes, in ipso disciplinarum fonte potaveris.... Translationibus tuis Pythagoras musicus, Ptolemæus astronomus leguntur Italis; Nicomachus arithmeticus, geometricus Euclides audiuntur Ausoniis ; Plato theologus, Aristoteles logicus Quirimali voce disceptant. Mechanicum etiam Archimedem Latialem Siculis reddidisti, et quascumque disciplinas vel artes fecunda Græcia per singulos viros edidit, te uno auctore, patrio sermone Roma suscepit. » (Cassio&., lb. 1, ep. 45.)

INTRODUCTION. IX opérer le miracle d'Orphée lorsqu'il apprivoisait des hordes sauvages par la douceur de ses accords :. »

Cette réminiscence mythologique eût paru, sans doute, assez impertinente à Clovis; elle prouve du moins que le terrible roi des Goths ne dédaignait pas de s’égayer à l’occasion.

Jeune, noble, riche, admiré de toute l'Italie, en crédit à la cour, Boëce pouvait aspirer aux plus illustres alliances. 1] choisit pour sa femme Rusticiana, fille du patrice Symmaque, l'homme peut-être qui, par la dignité de son caractère et l'intégrité de ses mœurs, a le plus honoré l’agonie de l'Empire. Rustician ἃ se montra toujours digne d’un tel père et d’un tel époux, et si l'on récusait sur ce point le témoignage de Boëce *, ce que nous apprend Procope de la conduite qu’elle tint pendant le siége de Rome par Totila*, suffirait à prouver que dans cette âme d'élite, aux plus douces vertus de la femme se joignait l’intrépidité d’une héroïne. De ce mariage naquirent deux fils, Anicius Manlius Severinus Boetius, et Quintus Aurelius Memmius Symmachus, qui devaient donner cette joie à leur

1. « Quum Rex Francorum, convivii nostri fama pellectus, a nobis cytharœdum magnis precibus expetisset, sola ratione complendum esse promisimus, quod te eruditionis musicæ peritum esse noveramus. Adjacet enim vobis doctum eligere, qui disciplinam ipsamn in arduo collocatam, potuistis attingere.... Cytharœdum, quem a nobis diximus postulatum, sapientia vestra eligat, præsenti temnpore meliorem ; facturus aliquid Orphei, quum dulci sono gentilium fera corda domuerit. » (1n., lib. II, ep. 40.)

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