CHAPITRE VIIL
ta €mxtmnt.
Dubois avait raison : le traité de la quadruple alliance ne fit qu'irriter la fureur d'Albéroni (i) , Fespoir des conjurés et Fim-
(i) «J'ai protesté au ministre d*Àiigleterre que le
CHAPITItE VIII. • 8l
patience de l'ambassadeur d'Espagne. La cabale de la duchesse du Maine jeta les hauts cris; elle envoya des émissaires en Picardie y en Bretagne, en Normandie pour entretenir le zèle des gentilshommes qui avaient promis leur épée , elle excita Tanimosité du parlement par l'entremise du premier président de Mesme , elle fit promettre sous main de Favancement à un grand nombre d'officiers; çnfin, portant
roi et la reine auront recours aux moyens les plus extrêmes pour se venger de ceux qui prétendent leur mettre ( comme on a coutume de le dire ) le |>oignard à la gorge. LL, MM. ordonnent à V. £. de réitérer la même pzotestation à M. le duc d'Orléans, k ceux qui composent le conseil de régence, et à toutes personnes de tous états et de toutes conditions. »
{Lettre autographe d'Albéroni, iT^^-} II. 6
Sa . LA COURTISAHE.
Taudace jusqu'au crime , elle tenta un soir d*enleyèr le régent dans le jardin des Tuileries ( T ) 9 une autre fois de le faire assassin ner au château de la Muette dans un souper que donnait la duchesse dé Berry (à).
'ri)Utï SOIE* à dix heures , le régent se promenait avec des dames aux Tuileries ; des hommes masqués voulurent s'emparer de sa personne, mais il se dégagea de leurs mains. Depuis cette aventure, le jardin des Tuileries fut fermé à la nuit tombante.
( Manuscrits de la^Bibliothèquc du roi. ) {%) C'était Urt colonel'La Jonquièré, chassé du service pour son incdhduite, qui avait fait marché pour s'empâter du prince mort ou vif. Il s'était porté avec tide eentairie de brigands autour de là Muette ; mais Dubois, averti à tems, envoya contre eux utie con^gnie de mousquetaires qui mit ces misérables en déroute. La Jonqoière se sauva dans les Pays-Bas, d'où il fut reconduit en France le pistolet sur la
C&APITRE VIfl. 83
Le prince de Gellamare, d'abord si réservé, prenant pour l'expression de l'opinion publique les clameurs de l'esprit de parti , crut que ie moment était favorable pour faire trêve à la circonspection : ce n'était plus ce correspondant mystérieux qui écrivait au cardinal Albéroni : « Je continue de culoc tiver notre vigne, mais je ne veux point <^ étendre la main .pour cueillir des fruits « qui ne sont pas mûrs ( i ). » Ce n'était plus
gorge. « Messieurs , dit-il aux alguazils qui l'avaient arrêté, je vois que je serai écartelé. — Mon ami, lui répondit un de ces messieurs, c'est la première vérité qui sort de ta bouche. »
(i) Cellamare à Albéroni :
' Août 17 18.
n Je continue de cultiver notre vigne, mais je ne veux point étendre la main pour cueillir des fruits qui ne sont pas murs. y>
84 L)l COURTISANE.
ce prudent architecte qui a craignait d'ex- « poser ses ouvriers àFardeur du soleil )>(t), ni ce joaillier timide qui « gardait sous deux « clefs les perles de la reine (:2); » sa corres-
(i) Cellamare à Àlbérooi :
«c Je fais en sorte de ne pas écarter nos ouvriers du travail qu'ils ont entre les mains , mais je prétends qu'ils ne s'epcpotent point à l'ardeur du soleil; qu'ils attendent la belle saison pour travailler avec vigueur.»
(1) Cellamare k Albéroni :
« J'ai fait voir les perles que la reine (*) m*a envoyées à dessein de les vendre avantageusement à une personne qui prétend les aobeter; mais elles ne sont point sorties et ne sortiront point de mes mains qu'après que la vente en aura été faite avec les formalités convenables ; je les garde sous deux clefs. »
(*) Il désignait ainsi les lettres de Philippe T.