‹ La conspiration de Cellamare; épisode de la RégenceChapitre 46 sur 121 · CHAPITRE YlII. Io · texte numérisé non relu

CHAPITRE YlII. Io

«enfant, mets ta robe neuve, je veux que ce tu sois jolie , tu viendras avec moi. »

Un peu de toilette ne gâte rien , même à quinze an&<) et le désir de plaire à son père est une si heureuse excuse pour la coquetterie ! Marianne se met donc devant son miroir, die poudre ses longs cheveux noirs et les relève sous une cornette blanche attachée par des noeuds de rubans roses; une croix d'or, le seul bien que sa mère lui ait laissé en mourant , tombe sur sa poitrine qu'entrevoile un fichu de linon ; un corset de ta£fetas gris , à manches courtes, dessinait comme à plaisir l'élégance de sa taille et laissait voir la blancheur de ses bras} sa jupe n'était pas assez longue pour ne point trahir la finesse de sa jambe, et de

io4 ï,k jcou^ti&aw.

petites muleç i l^low rpug^ epiprtw»r nâient sans peine se^ jp|i$ pie4$*

Le régent )es réélit ;^yeq cette politesse 4e souvenirs qui pUiit tapt aux: vieux pol* dat$^ il rappel;^ au sergent 1& jour où il était monté k l'assaut y donna ordre d'expéçUer sur-leH(^hanap le brevet 4^ ^ penâion et promit dç doter ^rianne sur m cassette.

J^pur joie fut vive ^ mai^ de courte duréej le br^^vet nVriyâit pftSi Cest que parmi les courtisans qui assistaient à l'audience du palaisi-Royal , un duc, vii^illi dans la débauche, n'avait puremiu^quer dans la

jeune fille, paijs uue coupç^l^ éewtion, et ce teint de roses , et ce^ Ipuga yeux noirs ^ et ce front virginal? il avait à l'instant men^e tendu le piège où devait tomber

ghàpitu viu. fo5

tant de grâce et d'innooenoe. Après s'être

r^EHlu maître du brevet, en gagnant ie cpomiU ohargé de l'eupédier, il donna ses io^truçtiQW k U FUboiif qui ne se montra que trop fid^e à les remplir*

Çettie femme, 4ou^ du génie de rintngf»

et de la corrup^oo , avait établi k coté de son sérail \m magasin de modes ^ et teUe était sa réputation parmi les couturières, que les élégantes n'auraient poiat osé pa^ raître à la cour sans une robe qui sortît de ses ateliers. Mais ce n'était là pour eUe qu'un intérêt secondaire : si elle allait glanant dans les iamilles pauvres pour rs^^er l^ jeunes filles lep plu^ jolies t ^i '^^ 1^ ^ttiy rait par l'appât du travail et dw gaûpi , ç'éf tait pour les vendre ensx4te.aup<ûd$ de IW.

]o6 LÀ COURTISAKB.

Tel fut le moyen dont elle se servit au* près de Marianne. Un jour, elle se présente chez elle / et la trouve dans une petite chambre sans meubles et sans feu, au chevet du lit de son père que la misère et le désespoir avaient rendu malade. « J'ai appris , lui dit -elle, que vous n'étiez pas heureuse; le régent, îl est vrai, a promis une pension à votre père; mais il y a toujours auprès des princes des gens qui interceptent du qui retardent leurs bienfaits.

Tout s'achète, dans le siècle où nous sommes, et vous n'avez pas d'argent. Je viens vous offrir un moyen honorable d'en gagner. C'est moi qui tiens le grand magasin de modes de la rue Saint - Honoré :

venez chez moi^ vos journées vous seront

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bien payées, et du moins, grâce à votre travail, le respectable vieillard que vous aimez si tendrement pourra recevoir tous les secours que réclament son âge et ses blés* sures. J'ai d'ailleurs quelques protections , et je serai charmée de les employer à vous faire obtenir le brevet que vous attendez. »

Trop pure encore pour soupçonner une inauvaise pensée- sous des paroles si bienveillantes, Marianne, dans l'espoir de rendre la santé à son père , accepta cette proposition avec une naïve reconnaissance.

Chaque matin elle se rendait au magasin de la rue Saint-Honoré , et chaque soir elle rapportait piteusement au vieux soldat le prfat de son travail. Un jour, elle ne revint pas. La pauvre enfant avait payé cher sa

I09 I#A CO%)BTISA9JE.

crédulité ! le duiC qai Tairait remarquée cheat Le régent^ lui avait été présenté comme le plus puissant des protecleors^ et Mafianne^ touchée de ses aanières affectuieuses et polies ^ avait placé en luitoujte.sa confiancei Aussi n'hésita*t««lle pas à se rendre seule à sop botel pour recevoir de ses naijasrle lurevet tant désiré. Le miséral^le l son bienfisût cachait un crime : il fiit s«ns pitié paur l'innocence j il méprisa ses pleurs, et l'ar breuva d'outragies^

Lorsqu'elle revint de la longue léthargie où elte; était tombée^ elle se retrouva, chez kiiFiUion; le ducravait&it reconduire évsb* iiouie dans une voiture ; et là^ cette femn^ lis^is^ à ses CDtés, affectant une douieur bypœrite^ semUait attendre soa réveil pesu*

CBAPITM VUI. ID9

Milficiter Taveli des chagrins dont elle était <x>inplice. « Oh! madame , lui dit Marianne, De destyàas^ et vous pleurez! tous ne me % méprisez donc pas^ vous plaignez mon 9 mdiheur ? De grâce , ne m'abandonnez m pa« 9 je ^s innocente; gardezHtnoi, gar^ « ^eBMmoi cfae» vous; je ne pais plus retour- «ner chei mon père, mes larmes lui âsp* a prendrai^it ma honte, et il en mourrait. ^ La FiUM^n, dont cette prière ingénue serrait la perfidie ^ ressentit une joie Hifismaie k l'idée que cette beUe proie ne lui échapperaiit plus; mais son visage, loin de tra*bir la laideur de son âme, n'exprimait que la compassion , et sa voix pleine de dou« œur consola la pauvre fille ^ lui promit d'ar voir soin de son père et lui offrit un asile.

IlO hJL COURTISANE.

Depuis cette aventure, Marianne était triste et pensive , et comme si son déshonneur était écrit sur son front, elle restait seule dans sa chambre et ne voulait voir personne. La Filhon essaya, par degrés, sous divers prétextes , de rompre cette solitude et de distraire cette mélancolie ; mais enfin, voyant que Marianne repoussait avec horreur tous les hommages , elle imagina de spéculer sur sa vertu comme elle spéculait sur les vices des autres. La sagesse, qui est chose rare en tous tems, était un phénomène sous la régence; c'est à ce titre qu'on allait voir Marianne. Souper avec elle était xm privilège ; et ses refus enrichissaient la Filhon plus que les faiblesses de toutes ses odalisques.

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