CHAPITRE X. ao
qu'ellene raconte pas ?Les juges qui venaient « rinferroger^Ce Blanc, d'Argenson y Dubois, qu'elle appelait Minos, Éaqué et Rhadamante , captivés par la grâce de son esprit , se délassaient en l'écoutant de la sévérité de leur ministère, et se surprenaient oubliant auprès d'elle la conspiration pour ne rire que denses saillies et de ses boHns mots (i). Enfin le lieutenant de roi , M. ^de Maison- Rouge, chargé de la gainer , .tomba luimême sous le charme, et perdit sa liberté
(i) Dubois dit un jour à mademoiselle Delaunay, que la duchesse du Maine le renvoyait à ses aveux. Elle répondit : • Madame la duchesse du Maine a perdu l'esprit en prison en même tems que son amitié pour moi. Veut-elle que je dise qu'elle est coupable? Je ne dirai pas même qu'elle est innpcente. »
ao4 LA BASTILX^.
aux geaoux de «a prisonnière. Un soir qu'il avait sQupé^vec elle, il la pria de chanter^ la fenêtre était ouyerte. Elle commença une ^oène de l'opéra d'Iphigénie. £U§ y<enait d'achever le couplet 9 lorsque d'une ff^nétre toiâine > une autre voix fit entendre la ré^ pliquè d'Orerte : c'éjbait la voix du dnc de Richelieu»
de lyrillant étùordi avait entretenu une Gorrespondance coupable avec Albéroni (.1 ).
Il s'était engagé à livrer JBayonne aux £9pa*gnols , par la promesse qu'on lui avait faite d'tine principauté en Espagne. Cependant
(ï) Voir aux pièpes jusiiûcatives du chapitre X une note officielle sur la correspondance de Richeliçâi et se? lettres autographes au maréchal U^rwirk et à AlbéroQÎ^
on ii'avaît ettcore que dès ^oupçôrfis , lorsque^ sur la fin du mois de mafs^ Albéroni chargea un lieutenant des gardes waFlones de lui remettre ce biHèt^ écrit àe na.
main : aMdnsieurle duc dé Richelieu aurais « bonté d'ajouter foi au porteur du présent , « et pourra ^'y fier entièrement skrce^u'il ix voudra le charger. — Signé ^ cprdin^I «Albéroni. » L'officief, par tin sentiment d'honneur , crut devoîk* cômnîtuniqû^ ^ billet au régent, qui, après en avoif- priis connaissance , lui onlofefta dte le ' "porter à Kicfielieu, e)i lui récomo^ndân^t ta plus grande discrétion . Le pt^lnoe e^r^t endone que le duc , revenu à des sentimens plus français, lui épargnerait un acte de rigueur; mais loin d'avoir renoncé à ses ambitjieys^
ao6 LA BASTILLE.
espérances y Richelieu protesta à Tofficier des gardes wallones de son dévouement à Philippe V, et renouvela l'offre de son épée et de son régiment. Instruit de cette réponse 9 le régent le fit conduire à la Bastille.
Sa captivitéfut mise au rang des calamités publiques par toutes les dames de la cour, et mademoiselle de Valois en pleurs demandasa grâce. «Ma fille , répondit le régent , c'est impossible; si M. de Richelieu avait quatre têtes, j'ai dans ma poche de quoi les lui Ésdre couper* (i) » Mais par égard pour de si hautes sollicitations , on lui accorda un
(i) Allusion aux lettres de Richelieu à Berwick et à Albéroni.