‹ La conspiration de Cellamare; épisode de la RégenceChapitre 91 sur 121 · CHAPITRE XI. 22D · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 22D

sauce ! — Et vous aus^i , duc ? — Je ne sais ce que ferait le pays; mais pour moi, je vous le confesse à vous tout seul, moi qui n'ai jamais connu le roi d'Espagne que pour avoir joué aux barres avec lui; moi qui suis à vous dès Tenfance, qui vous aime, qui ai tout à attendre de vous; je vous confesse, dis-je, que si les choses venaient à ce point, je prendrais congé de vous avec larmes ; j'irais trouver le roi d'Espagne, je le tiendrais pour le vrai régent; et si moi, monsieur , tel que je suis pour vous , je pense et suis de la sorte, qu'espéreriezvous de tous les autres vrais Français ? — Ce langage et m'étonne et m'afflige. Ainsi , c'est le duc de Saint-Simon , l'homme le

plus exact, le plus scrupuleux, le plus fin. i5

2a6 LA GVEREE.

dè\e à tous ses devoirs qui regarde comme nulles et la bonne foi des traités et la sainteté des sermens! C'est lui qui me blâme d'avoir Setit casser un testament injuste pour me saisir d'une régence qui m'appartenait , qui n'appartient qu'à moi! C'est lui, enfin > c'est mon ami qui trouve tout nature que Von conspire contre mon autorité, contre mes jours j contre la dignité de la France , et qui ne veut pas que je venge tant d'injures et tant d'affronts! Je rends justice, comme vous, aux vertus de Philippe V, mais écoutje-t-il sa parole, sa justice, sa religion? C'est son ministre seul qu'i> écoute) et dans son aveuglement, il autorise de son nom ses coupables mançeuvres. Quoi ! pour prix des trésors et du sang

ClfAPITRl XI. âîl7

<{ne là France a prodigués pour l'Espagne, il a* voulu soulever la France contre la France j sduffler la guerre civile dans le sein de nos provinces , faifie. éclater enfin, cette thine qui ^ selon le& eitpressions de son atn* bàssâdêur, dévafit servir de. prélude à l'ilir déndie? Et .moi,> indigné dépositaire du pouvoir royal et de Thonneur du pays, jf) subirais tranquillement de pareils lOutrages ? Non, non, monsieur; libre à vous de saluer Philippe V du nom de régent , mais ne

croyez pas que beaucoup de Français vous inijitent* Toute . la France demande, vengeance et accuse déjà ma lenteur : la France

hait avant tout la domination étrangère,

■•'.''• et Philippe V parjure , Philippe V conspirateur n'est plus le petit-fils de Louis XIV ;

aa8 LA GUERRE.

pour la France et pour moi , il n'est qu'un étranger et qu'un ennemi. »

La guerre fut déclarée ; des deux cotés on publia des manifestes (i), politesses armées où chaque souverain proteste , l'épée à la main 9 de son amour pour la paix et prend le ciel à témoin de la justice de sa cause. Notre armée des Pyrénées était forte de quarante mille hommes ; on leva vingt-

(i) Dubois fit rédiger le manifeste français par Fontenelle, dont il employait souvent la plume élégante et facile , et dont la reconnaissance allait jusqu'à Tadulation. C'est ainsi qu'en parlant de ,1a nomination de Dubois au cardinalat, Fontenelle disait : « Qu'il avait paru un prélat de tpus les États catholiques et un ministre de toutes les cours. »

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