‹ La conspiration de Cellamare; épisode de la RégenceChapitre 93 sur 121 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sources de son esprit pour tromper encore $es royales dupes sur le danger de leur situation : on amuse la faiblesse , il faut guérir la peur j et les rois pardonnent rarement à qui ne sait pas les rendre toujours heureux. L'étoile du cardinal-ministre avait pâli y le moment de sa chute était venu.

Dubois connaissait l'habitude des cours et le cœur des princes; il avait lu dans la défaite de l'armée espagnole et dans les frayeurs de Philippe V les présages de la prochaine disgrâce d'Albéroni : il songea à frapper le dernier coup. Pour arriver à son but , il commença par prier le régent d'écrire à Philippe V une lettre où, isolant le ministre du monarque et du peuple espagnol , il

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déclarait que ce n'était point au roi d'Ëspa» gne y mais seulement au cardinal Albéronî , au plus mortel ennemi des deux royaumes^ que la France faisait la guerre (i); il eut en* suite recours à une influence de camarilla, qui, pour être mystérieuse; n'en était que plus sûre; il connaissait la cupidité de la nourrice Laura et son ascendant sur la reine ; c'est olle qu'à prix d'or il choisit pour Tinstrument de ses desseins (a).

On se rappelle que cette espèce de favorite assistait à la toilette du roi et de la reine. Un jour quAlbéroni s'y trouvait, il

(i).Cette bure fut répandue avec profusioa dans les deux camps.

(a) Mémoires de Saint-Simon, tome XVIII; Duclos , tome II , et divers écrits du tems.

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porta la main sur la chemise préparée pour le roi. La nourrice en fit apporter J^rvisquement une autre. Cette vivacité avait frappé Philippe ¥• Dès qu'il fut seul avec la reipe, il lui demanda si elle avait fait la mén^e remarque. Elisabeth, qui était dans le secret, répoodit . avec un air d'ipdifférepce : « Je ne sais pas ce que cela signifie ; ipais ^ vous voulez, nous allons faire venir Laura:

vous savez combien elle nous aj^e. » Et Laura est introduite.

« Dis-moi donc , nourrice , pourquoi ce matin tu as fait enlever la chemise qui m'était destinée?

On ne saurait prendretrop de précautions.

PHILIPPE

Contre qui ?

LAURA

Contre tout le monde : il y a des homipes si méchans !

PHILIPPE

Que veux-tu dire ? Le cardinal seul était avec nous.

LAURA

Oui, mais sa main avait touché la cliemise du roi.

PHILIPPE

Eh bien !

LAURA

Il y a des poisons si subtils !

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