CHAPITRE XI
sources de son esprit pour tromper encore ses royales dupes sur le danger de leur situation : on amuse la faiblesse, il faut guérir la peur ; et les rois pardonnent rarement à qui ne sait pas les rendre toujours heureux. L'étoile du cardinal-ministre avait pâli ? le moment de sa chute était venu.
Dubois connaissait l'habitude des cours et le cœur des princes; il avait lu dans la défaite de l'armée espagnole et dans les frayeurs de Philippe V les présages de la prochaine disgrâce d'Albéroni : il songea à frapper le dernier coup. Pour arriver à son but ? il commença par prier le régent d'écrire à Philippe V une lettre où, isolant le ministre du monarque et du peuple espagnol , il
déclarait que ce n'était point au roi d'Espagne , mais seulement au cardinal Albéroni ,. au plus mortel ennemi des deux royaumes ,, que la France faisait la guerre (i); il eut ensuite recours à une influence de camarilla, qui, pour être mystérieuse, n'en était que plus sûre ; il connaissait la cupidité de la nourrice Laura et son ascendant sur la reine ; c'est elle qu'à prix d'or il choisit pour l'instrument de ses desseins (a).
On se rappelle que cette espèce de favorite assistait à la toilette du roi et de la reine. Un jour qu'Albéroni s'y trouvait, il
(i) Cette lettre fut répandue avec profusion dans les deux camps.
(2) Mémoires de Saint-Simon, tome XVIII; Duclos, tome II , et divers écrits du tems.