‹ La Conspiration de CellamareChapitre 137 sur 166 · CHAPITRE XI. "lt · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. "lt

il l'accueillit, en roi qui voulait obtenir la paix à tout prix, et en esclave heureux de voir briser ses fers. L'exil d'Albéroni fut prononcé, et un ordre signé du roi lui enjoignit de quitter l'Espagne. Étourdi de cette rigueur inattendue , il voulut voir Philippe V : il savait tout ce que l'habitude, la présence, le son d'une voix qui a longtems commandé, peuvent avoir d'empire sur une âme faible ; mais les portes du palais qui s'ouvraient d'elles-inêmes devant sa toute-puissance , se fermèrent impitoyablement devant sa disgrâce. Il espéra qu'une femme dont il avait flatté les ambitieux caprices, serait plus sensible à sa prière; il écrivit à la reine, mais sa lettre resta oubliée sur la toilette d'Elisabeth, qui n'en

brisa pas même le cachet. Semblable à l'excommunié qui, dans les tems de superstition, était retranché du commerce des hommes comme un fléau vivant , il vit s'enfuir à son approche et ces flots de peuple qui se pressaient la veille sur son passage, et ce troupeau de courtisans qui ne bondissent qu'autour de la faveur. Quelques domestiques , et les plus pauvres , lui demeurèrent seuls fidèles , et c'est avec ce misérable cortège que tantôt poursuivi par des soldats qui lui enlevèrent ses papiers (i), tantôt obligé de forcer, les armes à la main ,

(i) Parmi ces papiers se trouvait le testament de Philippe V , par lequel ce monarque , décidé à se retirer à Saint-Ildefonse, nommait la reine régente, et Albéroni chef du conseil.

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