CHAPITRE XII. <A5l
traitait la duchesse du Maine plutôt en reine qu'en prisonnière d'État : il bénit la lettre du ministre qui lui offrait le moyen de mettre un terme aux ennuis d'une captivité qu'il partageait.
Après avoir médité le rôle qui lui était confié, il se présenta chez la princesse sous le prétexte de lui demander s'il lui serait agréable de continuer la partie d'échecs qu'ils avaient commencée la veille. « Avec plaisir, dit-elle, j'ai besoin plus que jamais de distraction. Est - il un sort plus triste que le mien ? Arrêtée sur de vains soupçons, traînée de prison en prison, sans égards pour mon nom ni pour mon rang; séparée de tous mes amis, prisonniers comme moi, destinée à périr dans
les cachots; voilà comme on traite la petite-fille du grand Condé!.... Et vous ne partagez point mon indignation ? Tout mon cœur est plein de colère et de vengeance , et le sourire est sur vos lèvres !
LA BILLARDERIE
Que voulez-vous, madame ? Comme il est des jours d'ennui, il en est aussi où notre âme, sans savoir pourquoi, se laisse aller à un sentiment d'espérance.
LA DUCHESSE
Ces jours ne sont plus faits pour moi; mes nuits mêmes sont affreuses; je ne rêve quéchafauds et supplices (i).
LA BILLARDERIE
Je ne sais , mais quelque chose me dit que (1) Voir sa correspondance,