CHAPITRE VII. l
mauvais conseils de l'abbé Dubois ; livré à lui-même 9 sans guide et sans frein , réduit à s'étourdir dans une cour dévote , hypocrite et galante , il reporta vers les plaisirs toute la jeunesse d'une âme impatiente du repos, et fit descendre à des distractions frivoles (i) les élans d'un génie inoccupé. Ce génie ne se développa tout entier que lorsqu'il fut chargé de gouverner l'Etat : ses instructions au jeune roi étaient pleines de sagesse et d'amabilité ; il avait le travail facile , faisait lui-même sa correspondance ,
(i) Il cultivait la musique et la peinture ; il dessina les gravures de Daphnis et Chloé, qu'il fit imprimer à ses frais; il étudia sous Humbert la chimie; et ses belles collections de médailles et de tableaux occupaient une partie de ses loisirs.
ï4 LE PALAIS-ROYAL.
écrivait avec grâce et dignité. Peut-être était-il un peu trop ami des détails, mais cette curiosité provenait d'un long éloignement des affaires qui rend toujours plus piquantes les confidences du pouvoir ; il était discret même au sein des plaisirs ; ferme avec l'étranger, j uste et bon envers le peuple, clément avec ses ennemis , fidèle à l'amitié; galant et brave, il ressemblait à cet Henri IV dont il avait fait son héros , et il aimait à s'entendre dire qu'il rappelait ses faiblesses et ses vertus.
Quant à l'esprit du tems où il a vécu, l'hypocrisie qui avait présidé à la longue domination de la veuve de Scarron avait froissé le caractère national; aussi, dès que Louis XIV eut fermé les yeux, on passa