I. Souligne dans le teito
a. Bejsscr, commandant en chef de l'armée des côtes de la Rochelle, s'était d'abord prononcé contre le 3i mai. Hérault de Séchelles l'accusa d'avoir commandé des troupes fédéralistes. Il fut mis hors la loi le 17 juillet, mais le décret fut rapporté dès le lendemain. Mandé à la barre de la Convention, sur la motion de Lacroix, il se justiEa et le Comité de Sûreté générale le rendit à ses fonctions. Battu par les Vendéens à la fin de 1798, il redevint suspect et fut traduit au tribunal révolutionnaire avec les lîébertistes.
3. Naudet, ancien acteur, qui fut employé comme agent secret. Il accompagnera plus tard Bernard de Saintes en Franche-Comté.
4. Il est remarquable que le n° 274 du Pire Duchesne est rempli des détails du complot royaliste dénoncé par Comte. Ce n° est intitulé : « Grande découverte d'un grand Complot pour sauver le traître Brissot et la grande Colère du Père Duchesne contre certains bougres à double face qui veulent marier la fille de Louis lo Traître avec un des fils du roi d'Angleterre ».
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Hérault lui demanda s'il repetteroit son dire en présence de BiJlaud-Varenne, il y consentit et s*y rendit au jour indiqué. Repettant ce qu'il avoit dit et nombre d'autres choses dont, sur la demande des députés, il fit des notes que je portois à Hérault, au comité de Salut public. Cet adjudant leur tint les propos les plus royalistes que je n'ai pas tous entendus, ayant été absent pendant partie de la séance. Billaud, qui, ainsi que moi, pensoit qu'il
falloit retarder son arrestation pour avoir W par son
moyen, ne lui répondit rien. On lui laissa seulement
entendre que je serois chargé de m'expliquer avec W
Le tuer ou l'arrçter, tels étoient les arrangements que j'avois à prendre avec lui...
Quelle foi ajouter à ce récit ? Sans doute Louis Comte est un intrigant. Mais a-t-il inventé ce qu41 écrit? H s'adresse au Comité de Sûreté générale, à des députés qui peuvent facilement vérifier ses dires. Il prétend que Billaud Varenne a reçu la dénonciation de Tadjudant fédéraliste, que celui-ci a rédigé des notes qui ont été remises à Hérault. Billaud Varenne était là pour démentir Comte. Les conversations que ce dernier rapporte ont donc eu lieu. Il est difficile de le mettre en doute. Maintenant Tadjudant fédéraliste disait-il vrai ? Quel intérêt avait-il à accuser Danton qui tenait encore, en ce mois de septembre 1798, une si grande place à la Convention? On se récriera sur rinvraisemblance du propos prêté à Naudet, l'envoyé de Paré dans le Calvados. On protestera qu'il est absurde de supposer que, comme un simple Carra,. Danton ait pensé au duc d'York pour le
go ÉTUDES fiOBESPIEUmSTES
mettre sur le trône de France à la place du défunt
Capet. Ce qui parait absurde à nos historiens ne
paraissait pas tel aux contemporains. Louis Comte
aui, au dire de Robert Lindet, était un homme
:elligent, n'aurait pas raconté pour sa défense
s choses qui auraient paru absurdes à ceux a
i il les adressait. D'ailleurs, rien à priori n'est
surde dans cette terrible époque de la Terreur,
mystérieuse par tant de côtés ! L'historien im-
rtial, entend tous les témoignages et ne ferme
Laissons donc parler Louis Comte. Convaincu 'Héraut de Séchelles était un républicain sin- ?e, passionné contre les ennemis de l'État, il avait amené l'adjudant fédéraliste en toute counce. Il vit bientôt qu'Hérault n'était pas ce 'il croyait. Il avait été chargé d'arrêter Lebrun' i
l'avais un jour fin septembre découvert qu'il (Lebrun) irroit être caché dans la maison des affaires étraa~ es; j'allais aur le champ au Comité de Salut public, larlais à Hérault, lui demandant des agents pour surlier la maison pendant que je me hasarderais à y faire . recherches, ce qu'il me rerusa, en me conseillant de pas me mesler de cette alTaire, Lebrun, disoit-il, nt un homme plutôt faible que coquin. Comme plus un autre, je savois à quoi m'en tenir, je ne fus plus itre de contenir à ce propos mon indignation. De )i a' étant aperçu. Au reste, me dît-il, en se reprenant,
, EiBct. Voir dans Tuetoj, Répertoire, t. VIII, n" 33iil, râlé du Comité do Sûreté générale du 9 septembre 1793, charge Comto Aa 1» iniEsioii d'arrêter Lebrun.
faites ce que vous voudras. Celte conduite d* Hérault, que je croyais patriote, m'étonna. Mais mon étonnemcnt augmenta encore quand je vis ce député qui m'avoit engagé depuis mon paiement à rester à Paris pour l'arrestation de W.... y mettre la plus grande froideur, faire naître des défiances dans Tesprit de Mézières, avec lequel il correspondoit intimement au point que celui-ci déclara qu'il n'iroit trouver W.... qu'avec un député et ■que l'entrevue se feroit en pleine campagne, condition qui fut refusée et même que j'annonçois ne pouvoir dans aucun cas être acceptée, sans manquer au respect dû à la représentation nationale.
Furieux de voir Hérault me faire manquer ce coup au moment où l^xécution était sûre, combinant d'ail* leurs ce procédé avec le propos relatif à Lebrun, je ne m'attendis plus qu'à rencontrer des oppositions de la part de ce député et commençai à croire qu'il ne m'avoit demandé par écrit mon mode d'exécution que pour connoître mes moiens et les contrecarrer. Je résolus alors de me charger seul de cette entreprise devenue difficile depuis la défiance qu'on avoit inspiré à l'adjudant contre moi. Je m'occupois à le regagner, mais je vis à regret qu'il n'y falloit plus penser et qu'il cherchoit à s'évader. Crainte de le perdre de vue, ce qui me faisoit perdre le fruit de mes peires, je promis de lui faire avoir un passeport, bien certain qu'après quelques détours, il iroit trouver W... je pris mes précautions pour le faire suivre.
A deux jours de là, me trouvant chés un député du Calvados (Le Got), je parlai de la découverte que j'avois faite, à mon retour de Caen, lui dis l'embarras où je me trouvois, lui laissant entendre que cet adjudant, dans sa déposition, avoit beaucoup chargé Danton. Celui-ci passoit alors pour un phœnix de patriotisme, aussi Legot s'écria-4-il à la calomnie et me proposa de me faire déjeuner le lendemain avec un parent de Danton (Cour-
lois), j'acceptais sans hésiter. Celte proposition ni*avoit fait naître l'idée de m'introduire chez Danton, par ce moicn, de faire mon possible pour capter sa confiance et découvrir si la noltc de l'adjudant relative à lui était vraie, lâcher dans ce cas de découvrir ses nioiens pour réussir, ses complices, obtenir du tout des preuves, le dénoncer ensuittc avec certitude; j'avois d'autant plus
de raisons de suspecter de l'intelligence entre W et
lui que l'adjudant a voit d'abord voulut le voir, ce qu'il n'a voit put faire, Danton étant malade. Je me rendis en conséquence exactement au déjeuné, au sortir duquel Courtois voulut me conduire chès Danton son parent où je le suivis... Courtois, qui savoit que l'adjudant avoît remis à Hérault par mon canal (Le Got le lui a voit dit) les notes contre Danton, voulut le voir. Je lui promis de lui procurer l'occasion de dîner avec lui le même jour.
Pendant le trajet, qui est fort long. Courtois, ne témoignant pas beaucoup de bienveillance pour Hérault, me demanda ce que j'en pensais. Je lui répondis que, quoique ci-devant noble, Hérault dans le principe m'avoit paru chaud patriotte, mais que, depuis quelques jours, je commençois à le ^ suspecter d'après les propos qu'il m'avoit tenu relativement à Le Brun et l'éloignement qu'il paroissoit avoir pour celui (sic) de W..., qu'il avoit dans le principe adopté avec chalieur, et surtout d'après ses liaisons intimes avec la ci-devant marquise de Bellegarde, femme du lieutenant-colonel de la légion des campements au service de Sardaigne en quartier à Pignerole, laquelle tenant par son mari sa noblesse, qui n'est pas peu de chose en Pied mont, et sa fortune au tiran des Piedmontois, m'avoit tout l'air d'être à Paris son espion, ce qui n'avoit pas empêché Hérault de la faire venir de Ghambéri, où elle étoit trop surveillée pour n'y être pas bientôt arrêtée, et de vivre intimement avec elle... Il me demanda ensuite si je le croiois l'ami de
DANTON ET LOUIS COMTE gS
Danton, ainsi que Billaud-Varennes ; je n'en seais rien, lui dis-je, mais Tadjudant m'ayant dit que pendant la conférence, ils a voient prigjjcaucoup de notes relativement à Danton, ce qui n'indiquoit pas pour lui une tendresse bien intime ni une grande confiance en son civisme, je lui fis part de mes observations. Nous entrâmes dans ce moment chez Danton, dans l'antichambre duquel Courtois qui entra auprès de lui me fit attendre un demi-quart d'heure, puis vint me rejoindre et m'introduire.
Danton étoit couché, Courtois lui parla de la découverte qu'il venoit de faire, ce qui parut, quelqu'effort qu'il fit pour se contenir, le beaucoup affecter, puis prenant le dessus, il me tint le propos, dont fait mention mon interrogatoire, ainsi que beaucoup d'autres, respirant la haine et le mépris contre Billaud. 11 témoigna aussi beaucoup d'inquiétude sur Robespierre, au sujet duquel lui et Courtois me firent beaucoup de questions, auxquelles je ne pus répondre, ne le connoissant que de réputation; ils me demandèrent entre autres si je pensois que Robespierre fut ami de Danton,, à quoi je répondis que je n'en scavois rien; mais que devant avoir par Hérault connoissance de l'inculpation susditte, s'il la croioit calomnieuse, comme lui et Courtois l'assuroient, il lui en feroit sûrement part, s'il étoit son ami, que l'on disoit Robespierre rusé, jaloux d'une grande réputation, mais en même temps très pure; sur ce Kun et l'autre firent beaucoup d'observations sur Billaud et Robespierre.
Danton finit enfin par me demander ce que je voulois faire de l'adjudant, ouverture qui me parut favorable pour me procurer deux avantages à la fois : lire dans l'âme de Danton et ne pas perdre l'adjudant de vue ; je lui répondis en conséquence de cette idée que pour des raisons utiles à la République, il falloit lui faire donner un passeport pour aller dans l'endroit qu'il indiqueroit.
9i ÉTUDES ROBESPIERRISTES
que là, on le trouveroit toujours si l'on en avoît besoin
et que lui-même devoit être a'autant plus content de ce
départ que si la notte étoit calomnieuse, comme elle
n'étoit pas signée, it se débarrassoit du calomniateur.
Le piège étoit couvert de fleurs, auasi Danton, qui ne
le connaissoit pas, fùt-il prêt à y donner, mais son
ibitude de dissimuler et l'arrivée de Panis et d'un
iti'e individu l'en garantirent et s'il L'a vut, ce n'a été
i'après coup... On tint avant mon départ beaucoup
î propos, dont je me proposois de parler d'office si
sn eut continué mon interrogatoire, mais on ne l'a pas
it.
Courtois me dit en se retirant de çL^s Danton qu'il roit avoir le passeport par un membre du Comité de reté générale tout h Danton et que je suis prêt à nomer, mais en plein comité de salut public et même en ésence de Courlois.
L'adjudant devoit dtner cbès moi avec Courtois, j'aU is le chercher, mais en vain, il s'étnit caché et je ne li pas revu, ce qui est prouvé par la lettre de son camade qui m'écrivit le lendemain pour me demander une Ile qu'il m'avoit prêtée. Courtois venant diner en parut quiet mais je loi promis que, fut-il au diable, je
Pendant le dîné nous parlâmes des fédéralistes, je omis, si l'on vouloit m'en donner l'ordre seulement, arrêter Rolland, Ckaseey, Biroleaa et je ne demendais le le remboursement de mon voiage, quand je les irois rendus à Paris. Courtois me demanda mes notes ce sujet, je les lui promis pour le 19 au matin : il voit les venir prendre et les porter avec moi au Comité
Sûreté générale. Je venois de les finir quand on m'a rèté et elle» sont sous mes scellés dans mon bureau. Il est de fait que les propos que me prête .Courtois, ;sent-ils vrais, d'après ma conduite, surtout depuis le juillet, qui ne respire que le dévouement à la Conven-
DANTON ET LOUIS COMTE gS
tîon, on ne pourroit me soupçonner de mauvaises intentions. Si, ce que je ne crois pas, ma conduite est extra-révolutionnaire dans ce qui concerne Danton, on ne pourroit tout au plus me taxer que d'étourderie et d'inconséquence occasionnée par un zèle aveugle pour la chose publique, que huit mois de cachots auroient plus qu'effacés...
Ce récit appelle plusieurs réflexions i»Il a été écrit par Comte dans sa prison. II était destiné aux membres du Comité de sûreté générale. Il y avait des témoins qui pouvaient contrôler les dires de Tancien agent du Comité de Salut public. Se serait-il risqué à aggraver son cas par des mensonges ?
Qu'un adjudant de Tarmée fédéraliste du Calvados ait été reçu par Hérault et par Billaud Varenne au début du mois d'octobre 1793, cela n'est pas douteux.
Il n'est guère douteux non plus que certains chefs du mouvement fédéraliste normand n'aient été que des royalistes déguisés. Le quartier-maitre Mésaize, qui pourrait bien être le mystérieux militaire avec lequel Comte intriguait, nous dit dans son Journal qu'au moment de la marche de Puisaye sur Paris, lui Mésaize fut renseigné par « plusieurs des députés des sections de Paris » sur la position des troupes de la Convention. Il ajoute qu'ayant communiqué ces renseignements aux commandants Le Roy et Puisaye, ceux-ci eurent une» conférence où ils tombèrent d'accord qu'il fallait s'assurer de l'opinion des populations, <K savoir surtout ce qu'elles pensaient du place-
ment du Dauphin sur le trône et de la délivrance de la famille royale des mains de la faction qui dominait », et que, pour tâter l'opinion à ce sujet, ils envoyèrent vers Rouen et Paris le capitaine Mutcl qui s'acquitta en partie de sa mission. 11 lut noter aussi que Robert Lindct, interrogeant [ésaize à Caen, après la répression du mouvelent, prétendit qu'il avait des « connaissances ersonnelles sur les causes particulières et les lotifs cachés de l'insurrection qui avait pour but e placer le dauphin sur le trilne et de délivrer 1 famille royale' ». Mésaizc nia, mais l'opinion e Lindet est intéressante. Elle doit nous avertir e ne pas rejeter sommairement le récit de Louis omte ou plutôt le récit de l'adjudant fédéraliste, ont Comte n'est que l'écho. Les hommes qui raient la respunsabilité du pouvoir sentaient intrigue royaliste partout.
Mais pourquoi Louis Comte, ayant fait ces révéitions, fut-il brusquement arrêté? 11 comparut, I II octobre, à loheures du soir, devant Vadîer, egendre, Panis, Fabrc d'Églantine et VouUand, a Comité de sûreté générale*. Sur ces cinq lembres, tfois au moins étaient tout dévoués à anton. La première question qu'on lui posa fut 'expliquer pourquoi il avait demandé à Danton