I. Arch. nat., W 34a
a. Mémoires de Barère, t. II, p. 1 69-1 65.
3. Projet rédigé par Robespierre du rapport fait par Saint- Jiutt reproduit en appendice des Portraits de Robespierre» par H. Buffenoir, p. 170.
La lettre de Las Gazas à Henin fut lue au tribunal révolutionnaire; mais, si le texte qu'en donne le Bulletin du tribunal fut celui qui fut réellement lu, le document avait été maquillé au préalable et le nom d'Hérault ajouté pour les besoins de la cause *.
S'il est possible que Proli ait été un « agent de l'étranger », et, dans le fait, aucune preuve n'en est apportée, s'il est possible qu'Hérault ait commis une imprudence en faisant de ce personnage son confident habituel et en le logeant dans sa propre maison, il est probable cependant que c'est à tort que Robespierre et le Comité de Salut public considérèrent Hérault comme le rédacteur ou l'inspirateur des bulletins secrets transmis à Las Gazas et à Drake. Ge qui me permet de laver Hérault de cette inculpation, c'est qu'après son supplice les bulletins continuèrent.
Bûchez et Roux ont soupçonné que le traître n'était autre que Billaud Varenne. a On l'accuse, écrivent-ils, d'avoir été du nombre de ceux qui poussaient à la contre-révolution par les excès révolutionnaires. On nous a communiqué à cet
I. « Les renards du comité diplomatique de France vont toujours leur train, leur correspondance, d'ailleurs fort exacte, nous donne des détails intéressans. Hérault s'en acquitte fort habilement et s'éloigne le plus qu*il peut du tribunal révolulionnaire.... » Cette citation, donnée par le Bullelin (4° partie, n® aS, p. 91 et suiv.), est" un faux. Hérault protesta d'ailleurs que la lettre qu'on venait de lire « avait été fabriquée chez l'étranger pour faire suspecter les patriotes et les perdre ».
l68 ÉTUDES BOBBSPfERlIISTES
égard uoe note provenant de la diplomatie étrangère. Nous avons toute confiance dans la personnequî nous a fourni ce renseignement; elle le doit eUe-même à feu M. Gravenreuth, président de la nce d'Augsbourg sous l'Empire. Nous tranons cette note sans commentaires : « Bil- Varenne trahissait. Ses lettres passaient par se et Toulon pour aller en Espagne, avec elle il s'entendait. A la prise de Toulon, on t, sur des officiers espagnols chargés de pores messages, une correspondaDce non signée enant des renseignements qu'un membre du ité pouvait seul fournir. Elle fut remise a ïspierre, qui se rendît au milieu de ses cotes et leur dit qu'il se doutait bien qu'il y : un traître parmi eux, etc. ; qu'il en avait preuves. Là-dessus il les leur montra. Alors ud, pour détourner le coup qui le menaçait, ia qu'il n'y avait que Hérault de Séchelles ble d'une pareille conduite. Cela donna Heu procès de ce dernier, dont l'issue est lue' ».
est curieux de constater qu'en effet les agents gnols étaient en possession des bulletins sts avant les agents anglais, que Las Gazas irnait d'ordinaire à Venise, que dans sa icbe, datée de Gênes, le g novembre 1793, Le avertit Grenvîlle que lord Mulgrave, qui
Hiiloirt parlcmtntairt dt la Révélation, t. XXi, p. i^.
revenait de Toulon, lui expliquera la provenance du premier bulletin qu'il lui envoie. Tout cela concorde assez bien avec la déclaration de M. de Gravenreuth.
Quoi qu'il en soit, que Billaud Varenne, dont la moralité est assez suspecte, soit ou non le véritable traître, il n'est pas douteux, et c'est ce qu'il nous faut retenir, que le Comité de Salut public crut à l'exactitude et à l'authenticité du bulletin dont Hénin lui fit connaître la teneur.
Il se trouve donc que ces documents, qui nous paraissent à nous si invraisemblables, ont été pris au sérieux non seulement par les gouvernements qui les recevaient, mais encore par le gouvernement qui était le mieux placé pour savoir à quoi s'en tenir sur les faits qu'ils relataient.
Cela ne prouve pas évidemment qu'on doive accepter ces bulletins pour argent comptant, cela ne fait pas tomber les critiques dont ils ont été l'objet, mais cela permet du moins de ne pas les traiter sommairement par le dédain, cela impose le devoir au contraire de les contrôler minutieusement par tous les moyens d'information qui peuvent être à la portée de l'historien.
Encore une fois, il n'est pas dans mon dessein d'entreprendre ici ce travail de contrôle qui suppose une connaissance étendue et approfondie de ce monde qui fut le personnel révolutionnaire. Il me suffira, pour aujourd'hui, de montrer, par quelques exemples que je crois typiques, que la
170 ÉTUDES BOBESPIEERIISTES
recherche peut être faite et qu'il est à croire qu'elle ne sera pas infructueuse.
L'ambassadeur d'Espagne à Venise, Las Cazas, ne s'est pas borné à donner à son ami Henin, notre chargé d'affaires à Constantinople, l'avis charitable qu'on a lu plus haut. Une autre fois encore» le g mai 1794» il lui a écrit de Dresde, -cette fois, pour l'avertir que la guillotine l'attendait à son retour en France et pour lui résumer un discours que Saint-Just aurait prononcé, le 1 1 mars précédent, au Comité de Sfllut public. -Cette nouvelle lettre de Las Cazas a été publiée par M. Bord lui-même, qui n'en a pas reconnu l'auteur, dans la revue qu'il dirigeait en i883 *. M. de Las Cazas commence ainsi :
Mon ami, il m'est impossible de ne pas m'intéresser ^ vous et de ne pas vous donner les avis qui intéressent votre sûreté personnelle; vous avez été trop avant, trop ténacement, il n'y a plus de retour pour vous; il seroit trop tard. Je suis désespéré que vous n'ayiés pas prêté assés d'attention à mes premiers avis : je vous ai dit toujours qu'ils me viennent de source ; enfin c'est fait, vous vous êtes jette tête baissée dans ce gouffre, je souhaite que vous sauviés au moins la tête, je ne vous conseil Icrois pas de rentrer chés vous, la guillotine vous attend.
I . Voir la Revue de la Révolution, tome II, Documents, p. 161 Il i65, sous la signature Vicomte B. d'Agours, pseudonyme de M. Bord. Au début de la lettre, Las Gazas dit qu'il a laissé sa femme et son petit Ferdinand à Venise, qu'il est parti de Vienne le a 5 avril, et qu'il est à Dresde depuis le a mai.
Las Gazas résume alors le discours que Salnt- Just aurait fait au Comité de Salut public, le 1 1 mars, et il en donne cet extrait qui concerne Hénîn et Descorches, les deux représentants de la France à Constantinople : « Deux scélérats, deux ex-nobles, deux ministériels, deux feuillants, deux brissotins, Henin et Descorches, dit Saint-Just, sont nos ministres à Constantinople ; la guillotine seule peut récompenser leurs services et la confiscation de leurs nobles vols peut seule nous récupérer une petite partie de nos frais. Des disputes scandaleuses y divisent la nation, réduite à cette ignominie de se partager entre un Hénin, un Descorches qui, en dernière analyse, ne sont que deux coquins lâches et en querelle pour le partage de l'Etat. Voilà pourtant ceux que Desforgues nous assurait mériter toute notre confiance... »
Las Cazas raconte encore à Hénin qu'un certain Forestat, grand ami d'Hébert et de Deforgues, était parti de Paris, le 10 mars, pour Constantinople, avec une somme de cinq millions destinés à la Pologne, mais que le Comité de Salut public, ayant trouvé des lettres de lui dans les papiers d'Hébert, l'avait fait arrêter à Gènes.
« Robespierre, continue l'ambassadeur, veut absolument le guillotiner [Forestat] ainsi que ses cinq acolites [dont il a parlé auparavant]. Je n'y mettrai pas obstacle. Son tour viendra aussi bientôt, et ce sera Saint-Just qui le guillotinera
17a ÉTUDES ROBESPIERRISTES
[Robespierre]. Après que Saint-Just aura rendu ce service, il aura le même sort que les autres chefs, je vous en réponds, cela est écrit dans le livre des destinées et dans des mesures bien plus sagement combinées que celles des scélérats. » [lette lettre parvînt à Hénin qui la mentionne is sa correspondance officielle comme étant la isième qu'il reçut de cette provenaiice et qu'il ngmit, comme les précédentes, à son gouvernent. Las Cazas lui aurait encore écrit une autre ;rc datée de Vienne, le 17 décembre 1793'.
In mai 179^ comme en novembre 1793, Las ;as puisait les informations qu'il transmettait lenin à la même source que Drake. Le discours aurait prononcé Saint-Just dans la séance du mars, au Comité de Salut public, a été joint dis-huitième bulletin transmis par Drake à ïnville, avec sa dépêche du sj avril. Les édirs anglais n'ont pas publié ce discours*. La lëche de Las Cazas, mise au jour par M. Bord, donne au contraire le contenu.
1 est dit dans la lettre de Las Cazas que orgues avait fait partir de Paris, le 10 mars, à
Voir le Sommaire de ta eorrespoadanee d'Élieime- Félix n. an IV, n" Itt (p. ^4) el n" 85 (p. 101). La IroUièms e, celle qu'a publiée M. Bord et que nous avoni ansljiée, inl i Hénin i Constantinople le 3o prairial an II (17 juin
]U l'ont simplement mentionné, vol II, p SS5- Ce dit' B eut un faui. impudent, œuvre du comte d'Anlraiguea. plus loin notre étude Un Jaux rapport de Saint-JoMt.
destination de Coostantinople, un certain Foresta, chargé d'une mission seerète. Cet agent secret a parfaitement existé. J'ai retrouvé le passeport que lui délivra Deforgues, le 18 ventôse an II, c'est-à-dire le 8 mars 1794, juste deux jours avant la date indiquée pour son départ de Paris par V espion royaliste : « Bruno-Marie Foresta, natif de Marseille, âgé de 69 ans, taille de 5 pieds 5 pouces, cheveux et sourcils gris, yeux bleus, nez affilé, bouche moyenne, menton rond, front ordinaire, chargé d^une mission du gouçernementy allant en pays étranger^, » Je n'ai pas retrouvé les pièces relatives à cette mission, mais un autre chercheur pourra être plus heureux que moi.
On s'est étonné que l'espion royaliste, dont les bulletins ont été publiés par Y Historical manuscripts commission, ait pu rendre compte de prétendues réunions des membres du Comité de Salut public qui se seraient tenues à Choisy-sur- Seine. Ces réunions auraient eu lieu surtout au début de mars 1794, c'est-à-dire à la veille de la lutte du Comité contre les hébertistes ^.
I. Archives nationales, F'' 4709. Au passeport est épinglée une lettre du grand-maître de Tordre de Malte, Rohan, en date du 18 juin 1796, qui donne au bailli de Foresta les pouvoirs nécessaires pour remplacer, le cas échéant, le bailli de Saint-Simon dans la commission que le grand-maitro lui a confiée : « Si la présente vous trouve à Gènes, le chancelier de LomcUini vous consignera un gros pli que nous lui adressons pour Paris. Vous l'emporterez à sa destination. »
a. « Le 9 mars au soir, Robespierre et l'abbé Sieyes se reti-
Or, les dossiers des Archives nationales confirment en effet que Robespierre, Danton et leurs partisans se trouvèrent plus d'une fois -autour de la même table à Choisy-Ie-Roi.
Au lendemain même du 9 thermidor, Jean- Baptiste Blache, qui s'intitule « agent principal du Comité de sûreté générale de la Convention nationale » , fut envoyé à Choisy-le-Roi pour faire une enquête sur les complices que Robespierre avait eus dans cette commune. Il interrogea de nombreuses personnes, dont les déclarations figurent en annexe de son rapport, dont il nous suffira de résumer les conclusions \
Il fut révélé que le maire de Choisy, qui s'appelait Vaugeois, était le beau-frère du menuisier Duplay, chez qui habitait Robespierre, que « ledit Vaugeois recevait souvent à Choisy ledit Robespierre, Henriot, Lerebours, Saint-Just, Le Bas et Dumas, qu'il allait aussi très souvent, ainsi que sa famille, chez ledit Duplay et mangeait avec
rèrent à Ghoîsy avec une partie des chefs de leurs partisans pour y prendre les derniers moyens d'éviter le danger qui les menaçait et y attendre l'issue des négociations de Danton et de Barère avec la municipalité et les chefs du club des GordeHers. Le 10 matin, Hébert, Pache, Ghaumette, se rendirent à Ghoisy.... » (Op. cit., p. 541-543). « On a découvert avec certitude qu'il y avoit eu une nouvelle assemblée à Ghoisy le 1 a mars, à laquelle s'étoient trouvés Robespierre, l'abbé Sieyes, Gouthon, Barère» SaintrJust, Billaud de Varennes et le maire Pache, qui est celui qui a découvert les projets d'Hébert, après avoir été de son parti ou feint d'en être... » (ibid., p. 548). I . Archives nationales, W 7g et W 80.
Robespierre, ce qu'il tenait à grand honneur, car il s'en A'antait journellement*. » Une note de police ajoute que Vaugeois était le frère de M™* Duplay, par conséquent l'oncle de Le Bas^.
La municipalité thermidorienne de Choisy dénonça à l'accusateur du tribunal révolutionnaire, le i" nivôse an III, qu'un certain Fauvel avait acheté de la nation une partie de la surintendance de l'ancien château de Choisy-le-Roi,. tandis qu'un certain Benoît, orfèvre, quai du Midi, à Paris, avait acheté les écuries du même château. Fauvel et Benoît étaient intimement liés avec le maire Vaugeois, avec Didier, ancien juré, garde de Robespierre, avec Simon, ci-devant palefrenier du ci-devant roi. « Le nommé Benoît
menoit à Choisy la vie la plus scandaleuse, faisoit des orgies fréquentes avec Gobet (sic), ci-devant évêque de Paris, lequel s'en retournoit ivre ainsy que ses grands vicaires. Ces mesmes orgies ont eu lieu avec Danton, Chaumette, Hébert, Hanriot, Didier, Simon, Fauvel et autres satellites du tyran'. »
Fauvel demeurait à Paris, rue ci-devant de Cléry, près la porte Saint-Denis. Il avait été pen-
I . Lettre des membres du conseil général et de l'agent national de Ghoisy-sur-Seine à leurs frères, les administrateurs et l'agent national du district du Bourg-de-l'Egalité, la frimaire an III. Arch. nat., W 80. -
a. Arch. nat., W 79.