I. Dépêche de Drake en date du 9 nov.embre
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Quelques exemples nous feront mieux comprendre.
Lettre du ii juillet 17 y 3, — Il paroît que ces Messieurs [les girondins] sont d'accord avec Gobourg. Je sais positivement qu'il y a ici un agent qui communique avec la reine. Je sais de plus que Danton et Lacroix ont des conférences avec cette veuve. En général cette faction se donne d'autant plus de mouvement que d'un côté la Vendée fait tous les jours de nouveaux progrès et qu'elles craignent (sic) d'être devancées par ces royalistes...
A Tépoque même, Danton et Delacroix ont été accusés par les hébertistes de tractations royalistes*. Plus tard, l'ami de Danton, Courtois, a glorifié ce dernier en lui attribuant le projet de sauver la reine*, les dires du correspondant de d'Antraigues n'ont donc rien d'invraisemblable. Mais il est évident qu'il parle par ouï-dire.
Lettre du 28 juillet. — Voici un propos que je vous garantis avoir été tenu jeudi dernier chez Pache par Hébert, auteur du Père Duchesne... Il disoit donc chez Pache: j'ai vu le petit enfant de la tour. Il est beau comme le jour, intéressant au possible, il me demandait avant-
1. Les attaques d'Hébert contre Danton et Delacroix commencent avec le n® a 58 du Père Duchesne, paru vers le 10 juillet 1793.
2. Voir l'article de M. Blottière, Courtois et la duchesse de Ghoiseul, Danton et Marie-Antoinette, dans les Annales révolutionnaires, 191a, pp. a 3-36. ^
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hier, il fait son roy à merveille. Je me piais à faire sa partie de dames. Il me demandait avant-hier si le peu* pie était toujours malheureux. — C'est bien dommage, m'a-t-il répondu après que je lui eus dit que oui !...
Ce récit n'a rien d'invraisemblable. On sait qu'Hébert caressait le petit dauphin et qu'il sut lui soutirer une odieuse dénonciation contre sa mère. Mais ici encore l'informateur de d'Antraigues parle par ouï-dire.
Lettre du 26 août ijgS, — Vous voyez très bien l'affaire de 33. On ne fera pas de mouvement pour le sauver, il y a cependant un parti tout disposé pour cela. Je vois que c'est Danton qui le mène, mais cet homme aura bientôt perdu de sa popularité. Je le crois à la tête des agitateurs pour augmenter le prix des marchandises et surtout du pain; il espère en tirer parti pour occasionner un soulèvement contre les jacobins et contre la Convention. Par là il s'arrogerait la principale influence; il traiterait avec Cobourg, livreroit 33 et le reste. Tous ces projets seront déjoués probablement par la mort de Custine qui est arrêtée, parcelle de son. ami Garât, en un rapt par l'idée défavorable qu'ont de lui Pache, Hébert et autres. Alors 33, détesté souverainement par tous les partis, pourroit bien être entraîné dans leur chute. . . H est du moins très constant que les plus grands applaudissemens ont été prodigués avant>hier dans le club des Cordeliers à tous les orateurs qui ont conjuré la fureur du peuple sur la tête de 33.
Au reste, ce ne sera jamais que la dernière ressource du désespoir et les plus fins montagnards y touchent. Tous ont des passeports dans leurs poches et conviennent qu'ils sont partout trahis. De là les partis désespérés qu'ils prennent et qui ne produisent aucune espèce
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ni de frayeur d'eux-mêmes ni de zèle pour eux. Barère faisoit valoir hier à clémence de ce qu'il avoit fait arrêter au Comité de Salut public le projet de décret de la déportation, au lieu du massacre de tous les nobles, de toutes leurs femmes et enfants.
Il y a dans cette lettre un mélange d'informations et d'appréciations personnelles à son auteur. Le personnage désigné par le nombre 33 ne peut être que la reine. L'espion royaliste, en attribuant à Danton le projet de la sauver, ne fait que reproduire les accusations du Père Duchesne^, Il est certain que des agitateurs prenaient prétexte de la disette pour pousser le peuple à l'insurrection. Un nommé Cauchois avait réussi à former une commission d'enquête des sections qui réclamait l'ouverture des magasins de la ville. La Convention dut dissoudre cette commission, où figuraient des girondins et des royalistes, par son décret du 26 août, rendu la veille même du jour où écrivait l'agent de d'Antraigues. Il paraît bien que l'agitation de Cauchois avait été encouragée par les dantonistes du département de Paris et notamment par Dufourny.
Il est certain aussi que parmi les protecteurs de Custine figuraient des dantonistes comme Thuriot, certain encore que le ministre de Pintérieur, Garât, était l'ami de Danton, qui prit sa défense contre Collot d'Herbois à la séance du 2 août 1793.