Arch. nat., W 78, dossier des hébertistes
HÉRAULT DE SÉQUELLES 255
Sainte-Foy. Elles sont toutes au dossier des héber^ listes *.
Hébert, Ronsin, Vincent, Momoro, Ducroquet,^ sont arrêtés dans la nuit du 23 au ^4 ventôse. Immédiatement, par une association d'idées évidente, les Comités ordonnent, sous le premier prétexte venu, l'arrestation d'Hérault de Séchelles, le 25 ventôse*. Le même jour, Chaumettele rejoint en prison. ^
En même temps qu'Hérault, on avait arrêté l'hébertiste Simon, son presque beau-frère. Dans le rapport qu'il fit deux jours plus tard à la Convention, Saint-Just expliqua que Simon et Hérault étaient intervenus auprès de la section Le Pelletier pour faire relâcher l'émigré Catus, qui avait été découvert et arrêté dans l'hôtel d'Hérault. Ils avaient parlé au prisonnier, malgré la loi, et ils avaient excipé de leur qualité de députés pour forcer la garde ! Mais Saint-Just lui-même ne cachait pas que cet incident n'était pas la véritable cause de l'arrestation d'Hérault et de Simon : « Si l'on examine la conduite antérieure de ces deux hommes, disait-il,- ils nous étaient déjà suspects. Le Comité de Salut public
I . Nous les avons publiées dans les Annales révolutionnaires, t. VIII, 1916.
On avait trouvé dans Pappartement d'Hérault un prétendu émigré, Pons de Boutier de Catus, commissaire des guerres^, qui revenait d'une mission secrète à Mulhouse. Voir son interrogatoire, Arch. nat., F'' 4635.
avait déclaré, depuis enWron quatre mois, au premier qu'il ne délibérerait plus en sa présence, qu'on le regardait comme un ami de l'étranger et comme suspect, pour avoir réclamé les larmes aux yeux, la liberté de Proli, s'être saisi des papiers diplomatiques du Comité*, les avoir compromis, de manière qu'ils ont été imprimés dans les journaux et répandus au dehors. » Quant à Simon, Salnt-Just lui reprochait surtout d'avoir été « l'ami et le partisan de Schneider, prêtre autrichien, accusateur public du Bas-Rhin qui aujourd'hui est détenu à l'Abbaye pour ses attentats, et qu'on a découvert hier comme étant à la tête du mouvement qui devait ouvrir les prisons ». On .sait que Saint-Just avait fait arrêter Euloge Schneider et qu'il l'avait exposé aux regards des Strasbourgeois lié au poteau de la guillotine. Saint-Just relevait encore contre Hérault le fait qu'il avait écrit une lettre compromettante à un prêtre réfractaire. Mais ^c'était bien en somme comme hébertistes qu'Hérault et Simon -étaient arrêtés, a Hérault et Simon, concluait Saint-Just, sont prévenus de complicité dans la conspiration. » Il n'y avait alors qu'une conspiration : celle de l'Etranger, celle de Proli, celle <l'Hébert.
I. Barère a développé dans ses Mémoires (t. 11, p, i5g-i65) Faccusation de Saint-Just. D'après lui, Hérault aurait fait porter «hez lui une grande quantité de cartons diplomatiques et les aurait confiés à Proli.
Comment se fait-il qu'Hérault, arrêté comme 'îiébertiste, ne fut pas traduit au tribunal révolutionnaire avec Proli son ami? N'ayant pas à ma disposition de voyante extralucide, c'est ce que je -ne me charge pas d'expliquer d'une façon préremptoire. Je remarque simplement qu'au procès <les hébertistes, il ne figura parmi les accusés qu'un seul député, Anacharsis Cloots, tandis qu'au procès des dantonistes les députés étaient presque en majorité. Pourquoi Simon, arrêté en même temps qu'Hérault, ne fut-il pas jugé comme lui avec les dantonistes ? Pourquoi sera-t-il compris >dans la fournée de Chaumette et de Gobel ? Au fond ces questions ont peu d'importance. Les dantonistes furent inculpés au même titre que les bébertistes comme « agents de l'étranger », nous dirions aujourd'hui comme suspects d'intelligences avec l'ennemi. Il n'y eut en réalité qu'un seul et même procès divisé en plusieurs séries. ^Les séries furent composées au petit bonheur.
Ce n'est pas comme ami de Danton, mais comme « agent de l'étranger », qu'Hérault de Séchelles fut jngé avec lui. Mais on ne cessait pas pour cela de le regarder comme l'ami d'Hébert. Cela •est si vrai qu'on lit dans les fameuses notes que Robespierre remit à Salnt-Just pour l'aider à rédiger son réquisitoire la phrase suivante, qui suffirait à elle seule, à lever tous les doutes : « Hérault extrêmement lié avec Proli. Hérault ♦tenait des conciliabules de conspirateurs. Ami
JMathiez. — Conspiration. 17
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d'Hébert et autres^ » ! Robespierre devait con naître Hérault un peu mieux que M. Aulard.
Aussi bien le procès des hébertistes avait-il été d'avance le procès d'Hérault. En déposant contre Proli, les dantonistes Sambat, Moenne, Dufourny n'avaient pas manqué de s'attaquer à son protecteur. Dufourny rapportait un propos de Desfieux qui avait dit dans une lettre « qu'il étoit bien extraordinaire qu'Hérault de Séchelles qui étoit l'ami de Proly (puisqu'il l'avoit logé pendant six mois et que Proly avoit fait différentes rédactions pour lui), qu'il étoit bien extraordinaire qu'Hérault déclarât ne pas le reconnoître et ne se donnât aucuns mouvemens pour sa liberté n^. Au procès des dantonistes, Hérault fut-il accusé d'avoir été l'ami, l'agent, l'instrument de Danton, de Chabot, de Basire, de Delaunay ?
Nullement. Cette accusation eût été bien extraordinaire devant l'homme qui occupait le fauteuil, devant le chef de la conspiration, Fabre d'Kglantine qui, le premier, on s'en souvient, avait dénoncé Hérault comme l'instrument de Proli, comme l'agent de l'Autriche I Est-ce pour cette raison, pour rendre plus frappante, par ce contraste, l'entente vers le même but des deux
I. Voir réditîon critique que nous avons donnée des notes de Robespierre dans les Annales révolutionnaires de juillet-septembre 1918.
a. Procls instruit et jugé au tribunal révolutionnaire contre Hébert, an II, p. 43-43.
HÉRAULT DE SÉCHELLES aSg
branches de la conspiration qui différaient seulement par les moyens, qu'on réunit dans la même fournée Hérault et Fabre d'Églantine, le dénoncé et le dénonciateur? Ce ne serait pas impossible. Quoi qu'il en soit, les débats ne firent apparaître à aucun moment une intimité quelconque de Hérault de Séchelles avec les autres accusés. Et pourtant, si Hérault avait été, comme on le veut, 5
le collaborateur de Danton pour les affaires |
diplomatiques au Comité de Salut public, Toccasion était belle de compromettre Danton avec l'ami de Proli. Or, on ne l'essaya même pas !
On reprocha à Hérault ses prétendues correspondances avec l'ennemi.
Pour le convaincre, on lui donna lecture, entre autres documents, de la lettre de Las Cazas à Hénin qu'on maquilla pour la circonstance. II protesta énergiquement que c'était un faux. « La teneur de ces lettres, le style perfide dans lequel elles sont écrites, indiquent assez qu'elles n'ont été fabriquées chez l'étranger que pour suspecter les patriotes et les perdre. Eh certes, le piège est trop grossièrement tendu pour s'y laisser prendre. Si vous admettez de pareilles dénonciations, si vous lancez l'anathème contre les dénoncés, bientôt vous allez voir disparaître du sol de la liberté les patriotes les plus vrais, les plus utiles à la chose publique...* ». Il rappela qu'il