‹ La conspiration de l'étrangerChapitre 69 sur 75 · I. Arch. nat., F"^ U · texte numérisé non relu

I. Arch. nat., F"^ U

ROBESPIERRE ET BENJAMIN VAUGHAN a65

Le Comité adopta le rapport d'Herman et son projet d'arrêté, auquel Barère ajouta de sa main cette dernière phrase : « La commission des relations extérieures est chargée de s'assurer de Texécution de cet arrêté et du passage de Vaughan en Suisse* ». Donnèrent leurs signatures : B. Barère, Carnot, C.-A. Prieur, Billaud Varenne,, Collot d'Herbois.

Le nom de Robespierre, on l'aura peut-être remarqué, est venu pour la première fois sous notre plume, en transcrivant le rapport d'Herman.

Herman a fait part à Robespierre de TafiFaire Vaughan, parce que depuis l'absence de Saint- Just, en mission à l'armée du Nord, c'est Robespierre qui dirige par intérim le bureau de police administrative que le Comité de Salut public a institué en floréal. Mais on ne voit pas que Robespierre se soit intéressé spécialement à Vaughan. Il est même curieux qu'il n'ait signé aucun arrêté le concernant.

Une légende, formée après.thermidor, fit cependant de Benjamin Vaughan un ami de Robespierre en même temps qu'un agent de Pitt.

M. Alger, dont la principale qualité n'est pas le sens critique^, croit que, dans son court séjoUr à Passy, Vaughan « fréquenta l'évêque Grégoire et Robespierre, à qui il faisait de fréquentes

I. Recueil des Actes du Comité de Saht public, à la date du 8 messidor.

a. Voir notre précédent article : Danton et l'or anglais.

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visites ))^ Nul témoignage, aucune référence bien entendu n'appuient cette affirmation.

L'inventeur de la légende n'est autre que Barère lui-même. On lit dans ses Mémoires* que, le jour même du 9 thermidor, parvint au Comité de Salut public une lettre adressée de Genève à Robespierre par Benjamin Vaughan. Barère et Billaud ouvrirent la lettre et y découvrirent la preuve que Robespierre conspirait avec Pitt.

Je n'ai pas retrouvé aux archives la lettre de Benjamin Vaughan, mais voici « la copie textuelle » que Barère en donne dans ses Mémoires :

Copie textuelle de la lettre de B, Vaughan à Robespierre,

Citoyen,

L'homme vraiment grand n*a pas besoin qu*on le dit grand. Il le sait et il le reconnaît quand on le traite en grand. Je vais donc vous parler de grandes choses avec de la simplicité.

Quand l'eâu passe une certaine profondeur, la vue ne se distingue pas ; et quand l'appareil pour la félicité passe de certaines bornes, la félicité ne s'augmente pas avec l'appareil. Après un certain point, tout réside dans l'âme, et pas dans les choses. La France a donc assez de la territoire pour défense au dehors, et assez de la territoire pour profiter de la concurrence des volontés de plusieurs en dedans. Sa gloire même ne dépend pas de son étendue ; car Sparte et Genève ne se sont rendus renomés ni par leur nombre d'arpens ou leur nombre d'in-

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