PRÉFACE
Aucun livre ne pouvait, mieux que celui de M. Brunet, se passer d'une préface.
'Il est établi sur une documentation de premier ordre, recueillie sur les lieux, de cet excellent poste d'observation qu'est le poste de Conseiller juridique de notre ambassade à Berlin. Il se présente comme le résultat d'une enquête scientifique, comme un rapport, composé avec un souci évident d'impartialité et d'objectivité. Il s'inspire des méthodes et de l'esprit de notre jeune école du droit constitutionnel : à égale ' distance d'une part du byzantinisme nébuleux des écrivains germaniques et, d'autre part, du positivisme dédaigneux des théories et des principes qui caractérise la littérature politique angio-américaine, il obéit à des préoccupations à la fois juridiques et historiques; il commente les textes et observe les faits; il décrit le présent des institutions et pressent leur avenir : il est dans la meilleure tradition française.
Ce beau volume comble, dans notre littérature politique, une lacune grave et qui commençait à
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devenir surprenante. Il va devenir le manuel indispensable des publicistes, des hommes d'État, de tous les Français soucieux des destinées de l'Europe et du monde.
Aucun citoyen conscient ne peut en effet rester indifférent à l'organisation constitutionnelle de ce peuple de soixante-dix millions d'habitants, établi à la charnière du vieux continent.
Du point de vue spécialement français, la réalité des institutions de l'Allemagne actuelle nous touche doublement ; d'abord, elles peuvent exercer une répercussion sur notre sécurité extérieure; et ensuite, l'épreuve pratique qu'elles font subir à certaines idées nouvelles ou de nouveau posées peut contenir pour nous les plus graves et les plus utiles leçons.
C'est un lieu commun dé la science politique que les institutions internes d'un pays ne sont pas dénuées d'influence sur les relations internationales. Ce livre dégage le bénéfice que la guerre nous a valu dans cet ordre d'idées, bénéfice qui demeure, à l'heure présente, assez hypothétique.
Au lendemain de nos désastres de 1870, nous sentions l'oppression que créait à notre flanc cet édifice formidable d'un Empire dont Bismarck avait construit l'unité, contre îwas, par le fer et par le feu, igné et ferro. Nous paraissions donc en droit d'espérer que, à la faveur d'une tourmente qui avait ébranlé, jusqu'à leurs bases, tous les organismes politiques du vieux monde, cette construction du génie belliqueux de la vieille Prusse se désagrégerait, que certains de ses éléments hétérogènes reprendraient leur indivi-