XII PREFACE
liste. Une fois de plus, le socialisme se montre autoritaire et centralisateur. Il en résulte que les socialistes de tous les pays s'abstiennent d'afficher quelque hostilité contre l'unité allemande. Paysanne et catholique, la Bavière restera-t-elle soumise au mot d'ordre socialiste venu de Berlin? Ce livre nous signale des résistances. Elles sont à la fois politiques et sociales.
A l'arrogance broyante et hautaine des Hohenzollern, les Bavarois se plaisaient à opposer la simplicité familiale des Wittelsbach. La révolution a-t-elle tué, jusque dans leurs derniers germes, ces sentiments? Que deviendront, devant une renaissance possible de ce loyalisme antique, les dispositions constitutionnelles sur la République obligatoire? L'unité allemande n'en sera-t-elle pas menacée? N'y a-t-il qu'illusion dans ce sentiment de quelques-uns que la Bavière pourrait devenir, contre le nouvel évangile politique et social qui nous vient de l'Est, une digue de protection pour la civilisation occidentale? Ce livre fournit le fil qui nous permettra de nous conduire à travers le dédale d'événements qui seront singulièrement compliqués. M. Brunet, qui a vu les choses de près, ne s'exagère pas la portée des sursauts sporadiques du séparatisme bavarois. Mais il a trop le sens de l'histoire pour nier, d'une façon brutale, la possibilité des recommencements.
Le cœur d'un grand nombre de Français souffrirait peu à la pensée que les Bavarois, qui ont largement collaboré avec les Prussiens à déshonorer la guerre.
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seraient exposés à gémir de nouveau sous le joug des Wittelsbach. Mais il y a un danger; c'est que le mouvement réactionnaire parti de Munich ne parvienne à Berlin et que la restauration de la vieille Bavière n'entraîne la renaissance de la vieille Prusse. Nous perdrions ainsi le seul bénéfice que nous puissions dégager, du point de vue français, de la Constitution nouvelle.
Nous reprochions aux institutions politiques de l'Allemagne de 1914 d'être organisées en système de domination. Ce n'est pas qu'en réalité nous nous intéressions à la liberté du peuple allemand : mais nous dénoncions, dans cette organisation politique interne, uu danger extérieur. L'Allemagne de Bismarck était constituée en vue de la guerre, que l'Empereur, en fait, était maître de déchaîner sur le monde. Le pays était soumis à une discipline quasimilitaire; comme des chefs de guerre, les monarques étaient soustraits, tant dans leur politique interne que dans leur politique étrangère, au contrôle de leurs sujets ou des assemblées choisies par ces derniers suivant des modes plus ou moins archaïques. Les Allemands supportaient cette servitude comme un élément de leur force militaire; ils étaient fiers du hochement du casque impérial ou du cliquetis de sabre dans les Vosges qui inclinait les nations pacifiques devant les prétentions allemandes. La Constitution allemande était un organisme d'agression, l'instrument politique par excellence de l'attaque brusquée : et elle pesait comme un nuage noir en permanence sur la paix du monde.
Le vent de la guerre et l'ouragan de la révolution ont complètement dissipé le nuage. Désormais, le ciel politique allemand est du bleu démocratique le