XIV PREFACE
plus pur et le plus aigu : il se teinte à l'horizon d'une large bande rouge. L'Allemagne s'est jetée presque sans transition d'un extrême à l'autre et désormais ce pays, qui était hier le refuge du conservatisme monarchique, offre ostentatoirement au monde le modèle, savamment bâti, de la démocratie la plus complète; suffrage universel ])oussé jusqu'aux dernières limites, abaissé jusqu'à vingt ans, tant pour les femmes que pour les hommes; république obligatoire ; démocratie directe permettant aux électeurs non seulement de choisir des représentants, mais de se prononcer, par voie de consultation positive, sur les grands problèmes de la vie nationale; libertés individuelles et politiques réalisant, sans rien laisser dans l'ombre, le programme des libéraux les plus difficiles, etc. Il y a bien un point qui peut soulever quelques inquiétudes : c'est que le président de la République est élu par le peuple; qu'il est fortement armé; que, conformément à une doctrine autrefois formulée par Roosevelt, il a pour mission de se dresser comme un tribun du peuple en face des assemblées élues ; que, dans un conflit avec ces assemblées, il peut en appeler au peuple. Le président aujourd'hui en fonction a été élu par l'Assemblée Nationale, mais, lorsqu'il sera parvenu au terme de son mandat, son successeur pourra trouver, dans le texte voté à Weimar, tout l'équipement constitutionnel d'un Cromwell ou d'un Napoléon ; on pourrait même se demander si ces dispositions n'ont pas été déposées dans la Constitution pour servir d'instrument quasi-légal à une restauration monarchique. Abstraction faite de ce point noir, la Constitution nouveUe réalise la démocratie la plus parfaite, et, dans la mesure où est vrai l'axiome que démocratie