‹ La constitution allemande du 11 aout 1919;Chapitre 9 sur 84 · XVI PREFACE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE

la portée d'une expérience tentée dans le vaste cadre d'un des plus grands États souverains de l'ancien monde? Et sur combien d'autres points l'expérience allemande va-t-elle être appelée à nous donner d'utiles leçons : véritable proportionnalité de la représentation, organisation rationnelle du jugement des élections, liberté absolue non seulement de l'association mais de la personnalité civile, etc.

Bien plus, c'est la démocratie politique elle-même, dans son principe premier, qui va être confrontée avec des conceptions nouvelles ; la vieille formule démocratique (à laquelle, soit dit en passant, je reste passionnément fidèle) de la représentation du nombre, la démocratie « formelle », comme parlent les Allemands, va être confrontée avec une démocratie prétendument ce réelle *, avec la représentation des entités économiques et des intérêts. Attendons les résultats du « conseil économique d'Empire ».

L'école unique à la base, avec avancement vers le secondaire et le supérieur, non point d'après les privilèges de la fortune, mais d'après le mérite des enfants, compte en France de nombreux partisans. Qu'ils veuillent bien calmer leurs impatiences et attendre, avant de s'exposer à découronner notre élite, de voir ce qu'a donné l'expérience allemande. Qu'ils n'oublient pas en attendant qu'il y a des enfants qui arrivent à un développement magnifique mais tardif, et qu'il y a souvent dans une classe des enfants doués de plus d'intelligence native que le maître chargé de statuer sur leur avenir!

La formidable lame de fond qu'a été la révolution au lendemain du désastre a amené à la surface toutes les vieilles préoccupations qui fermentent depuis des siècles au cœur de l'humanité. La Consti-

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tution de Weimar prétend être non seulement politique mais économique. Et ici, elle donne l'impression profonde d'un peuple qui a perdu son équilibre, d'une nation désaxée, ballottée au gré de vents violents mais contradictoires. L'Allemagne nouvelle étant née d'une poussée bolchéviste et s'étant confirmée dans un mouvement social-démocrate, il a fallu donner à ces tendances les satisfactions compatibles avec les nécessités du relèvement ou même de la simple survivance de l'Allemagne. De là, les contradictions de la Déclaration des droits : chacun est obligé de travailler « sans préjudice de la liberté personnelle » ; le libéralisme économique est condamné, mais la liberté économique est garantie dans la mesure indiquée par la loi. Pour obéir à une poussée dont le point d'origine est à Moscou, la Constitution établit le système des Conseils (Rate) qui n'ont guère de commun avec les soviets que le nom, puisqu'ils sont réduits à la surveillance du droit ouvrier et n'ont ni droits politiques ni pouvoir de décision. La Constitution permet la socialisation totale ou étatisation, la socialisation partielle, la nationalisation, mais elle précise que ces mesures ne seront prises qu'en cas de « maturité » ou d' « extrême besoin ». Tous les législateurs de tous les pays sont autorisés à prendre de pareilles mesures non point par des dispositions positives, mais par le silence des Constitutions.

11 ne faut pas cependant méconnaître qu'à l'heure actuelle, l'Allemagne est dominée par un mouvement socialiste; que si la guerre se perpétue, sous l'ancienne liberté économique, entre l'employeur et l'employé, il faudra chercher entre eux un régime nouveau de coopération. C'est ce régime que

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