‹ La constitution anglaiseChapitre 8 sur 8 · BAC.F.HOT · texte numérisé non relu

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lisme qu’ils avaient rêvé a été, sinon l’objet réel, < moins le prétexte accepté du coup d’Ëtat; il ne passe pas une élection sans qu’ils envoient au Cor législatif autant de membres appartenant à l’oppo: tion qu’il leur est possible d’en envoyer. Cependa l’empereur se flatte, et avec raison, de gouverner j moyen du suffrage universel ; fermement appuyé s la peur et sur l’ignorance des innombrables propri taires des campagnes, il dédaigne l’opposition d ouvriers intelligents aussi bien que celle des class lettrées des grandes villes; il sait qu’il n’a p leurs sympathies, et il les laisse faire. Comme France est, en comparaison de l’Angleterre, un pa homogène; comme sa population agricole dépasse < beaucoup la population des villes, et comme un en pire fondé par l’élection détruit l’influence des mim rités, il est certain que dans ce pays le résultat c suffrage universel a été d’établir un gouvernemei fort. Mais ce gouvernement est établi sur l’esclava^ de la classe intelligente à laquelle nous voulons préc sèment donner le droit de suffrage ; de plus, n’ayai pas un pays homogène, et possédant un gouverm ment parlementaire qui accorde une certaine ii fluence aux minorités, nous n’obtiendrions pas d suffrage universel le bien que les Français en ont r< tiré, et nous en aurions tous les inconvénients, car l’oi vrier intelligent serait ici débordé par le nombi comme il l’est en France.

Ainsi, la nature de notre système social nous intei

dit res changements brusques et téméraires que les docteurs politiques nous prescrivent. Sans doute, ces changements n’amèneraient pas les massacres et les confiscations que des esprits peu réfléchis appréhendent. Malgré les leçons de M. de Tocqueville et de cent autres on se laisse dominer par les terribles exemples de la Révolution française. On croit que la démocratie signifie la guillotine, et que suivant l’expression de Sidney Smith « elle détruit en même temps la vie et les revenus de l’homme » . Mais chez nous la démocratie signifierait la domination du capital et surtout la prépondérance sans cesse croissante des fortunes nouvelles dont les détenteurs spéculeraient sur l’ignorance du peuple. Cela ne détruirait pas subitement notre constitution, mais notre constitution en souffrirait beaucoup parce que le Parlement en souffrirait lui-même. Que faut-il donc faire? Notre système électoral est-il donc si perfectionné, si délicat qu’on ne puisse y toucher ? Ne pouvons-nous donc mettre la constitution en harmonie avec les besoins de notre temps comme nos pères ont fait à leur époque?

Il faudra faire quelque chose. Ces ouvrière qui sont nombreux, organisés, intelligents, qui vivent en présence des plus grandes fortunes et des plus merveilleux phénomènes du crédit, il serait imprudent de les fatiguer en leur offrant constamment, pour leur refuser ensuite, le droit de suffrage. Assurément nous pouvons résister à leurs forces en nous appuyant sur

le reste du pays. Quoique puissants et redoutables par le nombre, ils seraient vaincus s’ils s’attaquaient à la propriété ou troublaient l’ordre public; si leur cause était injuste nous pourrions leur résister; mais comment employer la force physique ou morale devant une réclamation légitime ? La classe ouvrière est digne d’obtenir le adroit de suffrage, il est à désirer qu’on le lui accorde.

L’expédient le plus simple qu’on ait encore proposé dans ce but, ce serait de revenir à l’ancien système anglais des suffrages différents selon les bourgs, qui existait avant l’acte de 1832. Ce système peut-il ou ne peut-il pas être rétabli, je l’ignore, mais je crois hors de doute qu’on a eu tort de l’abolir. Il fournissait à notre constitution un élément de variété, là précisément où il était utile qu’il y en eût. Sir James Mackintosb, lord Russell et d’autres whigs en ont fait l’éloge dans leurs écrits. Dans la précipitation presque révolutionnaire du moment et avec ce désir qu’on avait de ne pas surcharger de détails la loi nouvelle, on a malheureusement mis de côté le legs précieux que le passé nous avait transmis. Mais s’il est possible d’en ressusciter le bienfait ce sera le moyen le plus rapide et le plus facile de trancher la difficulté actuelle.

Je n’ai pas à exposer ici tel ou tel plan qu’on a suggéré pour obtenir que les ouvriers soient représentés ; la question de la réforme électorale ne nous occupe qu’au point de la difficulté qu’elle offre, non pas sous le rapport de la solution qu’elle peut avoir.

Elle nous fournit un excellent exemple des effets que l’iiistoire et le caractère «le notre peuple ont eus sur notre constitution ; elle montre combien il est malaisé «le conserver et de perfectionner un système parlementaire chez un peuple mélangé et dont les classes inférieures sont ignorantes et pauvres; elle nous prouve incontestablement ce fait que notre constitution n’est pas pas fondée sur l’égalité, ni sur des principes qui favorisent ouvertement l’intelligence et la propriété, mais sur certains sentiments anciens de déférence et sur un curieux moyen de représenter à peu près le bon sens et l’intelligence ; ces deux fondements ne doivent pas être ébranlés brusquement, car une fois entamés ils ne sauraient être reconstruits, et ce sont pourtant les seuls appuis d’une politique telle que la n«jtre chez un peuple tel que le peuple anglais.

Ces observations peuvent servir de couronnement à mes études sur la constitution anglaise. Mes études auront atteint leur but si elles aident à dissiper quelques préjugés surannés dont la tradition avait obscurci un sujet important; si elles engagent d’autres personnes à le traiter à leur point de vue d’après le témoignage de leurs yeux et non par ouï-dire ; si même les erreurs que j’ai pu commettre excitent quelque grand penseur à résumer l’expérience de l’Angleterre pour l’utilité du genre humain.

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