‹ La "Constitution d'Athènes" et l'œuvre d'AristoteChapitre 15 sur 47 · I-A " CONSTITUTION D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

I-A " CONSTITUTION D'ATHÈNES

Ailleurs encore, le philosophe établit que le législateur ne peut refuser toute fonction puhlique à la masse des citoyens, sous peine de les rendre ennemis de l'Etat. Il convient de leur accorder le droit de délibérer et de juger. Solon eut, par conséquent, raison de leur attribuer le choix et la censure des magistrats (Éiri te tôç à^yaifealxi xai Ti; sûeùvaî icôv àpx<i«<uv], tout en leur refusant des chaînes individuelles (i).

En résumé, nons ne sommes pas autorisés à considérer le chapitre VIII, i, comme interpolé, ni à l'éliminer de ï 'My\taiUot TToXiTEi*. Fustel de Conlauges (a) s'était efforcé, dans un article qui fait le plus grand honneur k la science française, de démontrer que le tirage au sort n'avait pas le caractère exclusivement démocratique, que les historiens modernes lui ont attribué, et qu'il avait, par conséquent, longtemps avant l'époque de Périclès, été appliqué à la nomination des archontes athéniens. La découverte de la Constitution d'Athènes a conHrmé l'hypothèse de l'éminent historien et imposé silence k ses détracteurs.

Revenons à 1' 'Advjvafcuv tto^ltelo: et à la Constitution de Solon. Chacune des quatre tribus, conservées par le législateur, avait à sa tête un roi de la tribu (cpuXoëaaiXeùi;) ; elle se subdivisait en trois trittyes et en douze naucrarJes, dirigées par les naucrares, qui levaient les contributions et soldaient les dépenses. Solon institua un Conseil de quatre cents membres, cent par tribu. Il maintint à l'Aréopage la garde des lois et de la Constitution, et l'investit du pouvoir de frapper d'une amende, sans jugement et sans appel, les citoyens qui transgresseraient les lois; le montant de l'amende devait être versé au trésor, sans que le motif de la condamnation fût déclaré. Enfin, une loi força les citoyens a prendre parti dans le cas de sédition, et punit l'abstention d'atimie et de déchéance (c. VIII, 3-5).

(i) Politique, III, 6, 6. i38t, b, 3a.

(3) Sur le tirage aa tort appliqué à la nomination de» archonte» athinienê {Reeue historique du droit, 183S, p. 6i3).

ET l'œuvre d'aristotb ^5

Solon déclara, en ootre, que non seulement la partie lésée, mais même tout citoyen, pourrait dénoncer et poursuivre toute infraction aux lois; et que toute décision d'un magistrat pourrait être l'objet d'un recours devant les ti'ibuuaux populaires. L'auteur pense que ces deux mesures furent, avec l'abolition de la con- '

trainte par corps, les plus favorables au développement de la démocratie (ta ôïinoTutiiTiTi), Rendre le peuple maître du vote, c'est, en etl'ct, mettre toute la Constitution à sa merci (c. I\, i-a). Les textes que oous avons précédemment cités, montrent qu'Arislotc confirme ce jugement dans sa Politique. \

La rédaction de cette Constitution était souvent compliquée J

et obscure : elle prêtait en maints endroits à des contestations. L'auteur ne pense pas que Solon ait recberchc cette obscurité, afin d'augmenter le pouvoir du peuple, en lui laissant le di-oit de mettre, par son vole, fin à tous les conflits. La véritable raison, c'est que Tbonime ne saurait, surtout dans la rédaction des lois, atteindre à la perfection (c. IX, a). Telle est, d'aiUeui's, l'opinion exprimée par Aristote, dans la Politique. Il en est des lois comme des arts; elles ne peuvent préciser tous les détails ; les dispositions n'en peuvent être que g^énérales, au lieu que les actions humaines sont toutes particulières. Aussi seral>il nécessaire, à certaines époques, d'y apporter des modilications. En raison de leur nature, les lois ne peuvent être immuables (i). La même théorie était développée dans la Rhétorique. Il y a, dans la loi écrite, des lacunes. Parfois elles ont été involontaires; parfois elles ont été voulues par le législateur; c'est qu'alors celui-ci s'est senti hors d'étal de rien prescrire, parce qu'il ne pouvait disposer que d'une manière généi'ale et ne prévoir que les cas les plus ordinaires. Il doit s'abstenir, parce que le détail des circonstances serait inlini (a). Quand les lois sont bien faites, elles fixent elles-nK^mcs tous les points

(i> PoUtique, II, 5, la. 1369. a, 9.

<3> Rhétorique, t, i3, i3;ji, a. 38.

litigieux, autant du moins qu'elles le peuvent, afin de laisser le moins de latitude possible à l'arbitraire des juges. Il est, en effet, plus facile de trouver une ou plusieurs personnes éclairées qu'un grand nombre d'hommes capables de rendre des arrêts et de bien juger. De plus, la législation et la jurisprudence sont le fruit de longues et intelligentes méditations, tandis que les jugements sont l'affaire d'un instant et qu'il est malaisé que le juge reconnaisse pleinement la justice et l'utilité commune. Enfin la décision du législateur n'est jamais ,particulière ni relative à des intérêts actuels; il ne dispose que pour l'avenir et d'une façon toute générale. Tout au contraire, le citoyen, qui siège dans l'Assemblée du peuple ou au tribunal, ne prononce jamais que sur des objets du moment, dans des causes où, bien souvent, son affection, sa haine et son intérêt sont en jeu, de telle sorte qu'il ne peut plus démêler clairement la vérité, et que ses passions obscurcissent son jugement. 11 faut donc toujours laisser le moins possible à l'appréciation souveraine du juge (i).

La réforme sociale de l'abolition des dettes et de la contrainte par corps fut complétée par des lois relatives aux mesures, aux poids et aux monnaies. La mine valut désormais cent drachmes. Elle se subdivisait en statères et autres sousmultiples. Soixante-trois mines formèrent un talent (c. X).

Après avoir rétabli l'ordre et promulgué sa Constitution, Solon s'éloigna d'Athènes. Il voulait éviter d'avoir à modifier son œuvre. Il avait, en effet, mécontenté tous les partis par sa modération; les pauvres désiraient le partage des biens; les riches revendiquaient leurs anciens privilèges. Il aurait pu, avec l'aide d'un parti, usurper la tyrannie : il préféra s'exiler et sauver l'État (c. XI).

(1) Rhétorique, l, i, i354, a> 3i.

Page 1