‹ La "Constitution d'Athènes" et l'œuvre d'AristoteChapitre 19 sur 47 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

L'Oligarchie. Les Quatre Cexts, Les Trente, Restauration de la Démocratie.

Le régime démocratique se maintint j usqu'au désastre de Sicile, en /^i3. Athènes, que sa défaite mettait à la merci de Lacédémone, se décida, sur la proposition de Pylhodoros, à rétàblîi" l'oligarchie. Le peuple espéi-aît ainsi se conciliei" l'alliance du Grand Hoi, dont l'appui .avait assuré la victoire de Sparte (c. XXIX). La Politique lui prête la môme intention. Aristote y explique, en effet, que les révolutions procèdent tantât par la violence, et tantôt par la ruse. La ruse emploie d'îibord la persuasion. l'ar des promesses mensongères, elle fait d'abord accepter au peuple la révolution; puis elle recourt à la force, pour se maintenir contre sa résistance. Ainsi les (Quatre Cents trompèrent le peuple, en lui disant que le Grand Roi lui fournirait les moyens de continuer la guerre contre les Lacédémoniens ; et, ce mensonge ayant réussi, ils essayèrent de gartier le pouvoir (i).

Le décret de Pythodoros confiait la rédaction d'une constitution à trente commissaires (:r:ô?ouÀ9i), choisis pai-mi les citoyens âgés d'au moins quarante ans. Ces commissaires sont mentionnés dans la Rhétorique, à propos d'une question adi-essée par Pisandre à Sophocle, au sujet des Quatre Cents (a). Dans la Politique, Aristote démontre que l'institution des comniis-

(t) PolOique, VIII, 3, B. i3o4. b. 8.

(3; Rhétorique, 111, 18, i4iS> b, a6 : ...oTov l^oiit)x^f,{ fp(iytiû[/,tvo; ûnà

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saires est essentiellement oligarchique. Recherchant si les diverses fonctions diffèrent dans chaque système politique ou restent identiques, il constate que quelques magistratures sont exclusivement spéciales à une forme de gouvernement ; tels sont les commissaires, dont rétablissement est contraire au principe de la démocratie et exige un ^énat. Sans doute, il doit y avoir des fonctionnaires, qui préparent les délibérations du peuple, pour lui faire gagner du temps. Or, s'ils sont peu nombreux, Tinstitution est oligarchique; et, comme le nombre n*en peut jamais être fort élevé, cette fonction appartient en propre à T oligarchie (i). Elle doit être classée parmi les magistratures proprement dites, c'est-à-dire panni celles qui confèrent le droit de délibérer, de décider ou d'ordonner. Ce sont les dernières qui sont les plus élevées, car ordonner est le caractère définitif de l'autorité (a).

Les commissaires, institués par le décret de Pythodoros, assurèrent d'abord la liberté de toutes les propositions qui seraient faites pour le salut public. Ils suspendirent ou abrogèrent toutes les lois destinées à prévenir ou à réprimer les innovations constitutionnelles. lis défendirent aux magistrats, sous peine de mort, d'en poursuivre les auteurs. Ces précautions une fois prises, les commissaires firent voter la gratuité de toutes les fonctions publiques, à l'exception de Tarchontat et de la prytanie, dont le salaire quotidien était fixé à trois oboles , et l'institution d'un corps souverain d'au moins cinq mille citoyens, pris parmi les Athéniens capables de servir l'Etat de leur personne ou de leur argent. Ce choix

(i) Politique, Vt, la, 8, 1299, b, 3o.

(a) Politique, VI, 12, 3, 1299, a, 26. L"Aôr,vauov iroXiTsia mentionne trente wpoêouXoi. Thucydide n'en comptait que dix (VIII, 67). Or Harpocration (art. ffuYYpacpeTç) note cette divergence entre Thucydide et les atthidographes, Androtion et Philoehore. Cette constatation n'est pas dépourvue d'intérêt. Elle prouve que l'auteur de la Constitution d'Athènes a puisé de nombreux renseignements dans l'œuvre des annalistes.

ET I,ŒUVIIE OABISTOTB II9

devait être fait par dix citoyens, élus dans chaque tribu et âgés d'au moins quarante ans (c. XXiX). Ce projet tic Constitution était oligarchique, car les fonctions publiques y étaient rendues gratuites, et tous les citoyens qui n'avaient pas de revenus et devaient travailler pour vivre en étaient écartés. Comme le dit Aristote dans la Politique, c'est la pauvreté qui distingue essentiellement la démocratie; et la richesse, l'oligarchie ; partout où le pouvoir est aux riches, majorité ou minorité, règne l'oligarchie (i).

Ce corps souverain, d'environ cinq mille citoyens, ne fut jamais constitué. Provisoirement, le pouvoir fiit exercé par les citoyens sous les armes, au nombre d'environ cinq mille. Ceux-ci désignèrent cent commissaires, chaînés de rédiger une nouvelle constitution. I^e projet qu'ils élaborèrent confiait la direction des affaires k un Sénat, dont les fonctions devaient être gratuites et annuelles, et qui recruterait parmi ses membres les titulaires de toutes les magistratures importantes. Les Cinq Mille étaient divisés par le sort en quatre sections. Bans chacnnc d'elles, les citoyens âgés d'au moins trente ans formaient un Sénat. Il y avait ainsi quatre assemblées, qui, à tour de rflle, siégeaient pendant un an. Chaque sénateur pouvait s'adjoindre un assesseur, ayant l'âge légal ; il devait être présent k toules les réunions, sons peine d'une amende d'une drachme (c. \X\).

Ces dispositions ne furent pas appliquées. En fait, le pouvoir fut exercé par un Conseil de quatre cents membres, choisis, à raison de quarante, parmi les candidats de chaque tribu. Provisoirement les stratèges étaient élus parmi les Cinq Mille; mais, à l'avenir, le Conseil devait nommer dans son sein une Commission de dix membres, investie d'un pouvoir dis^rélionnaire. Les Cinq Mille ne furent choisis que pour la t'urme. L'uli< garchie était établie (4ii avant Jésus-Christ, c. XXXl-XXXII).

(I) PolUUifu, 111. 5, ;, 1079. b, 39.

laO LA « CONSTITUTION d' ATHENES »

Une fois installés, les Quatre Cents firent à Sparte des propositions de paix. Mais, comme les Lapédémoniens exigeaient qu'Athènes renonçât à l'empire de la mer, les négociations furent rompues. L'auteur de la Constitution d'Athènes ne nous renseigne pas autrement sur le gouvernement des Quatre Cents. Mais, dans la Politique, Aristote est plus explicite. Il rappelle, en effet, dans un passage, que nous avons eu déjà l'occasion de citer, les discussions et les intrigues, qui divisèrent les oligarques. Parmi les causes de révolutions, que portent en elles les oligarchies, il compte la turbulence des oligarques, qui se font démagogues, car l'oligarchie a aussi ses démagogues. Il cite alors l'exemple de Chariclès, qui fut un démagogue parmi les Trente, et de Phrynikos, qui joua le même rôle parmi les Quatre Cents (i).

Le gouvernement des Quatre Cents ne dura guère que quatre mois. Après la défaite navale d'Erétrie et la défection de l'Eubée, les Athéniens le renversèrent et remirent le pouvoir aux Cinq Mille, c'est-à-dire aux citoyens en état de s'armer eux-mêmes. En même temps, ils décrétaient la suppression des salaires pour toutes les charges. Les principaux auteurs de cette révolution étaient Aristocrate et Théramène. L'historien loue le nouveau régime. « La cité fut alors bien gouvernée, car l'on était en guerre, et c'était aux citoyens capables de s'armer eux-mêmes, qu'appartenaient les droits politiques » (a). Or l'attribution des droits politiques aux citoyens qui sont capables de s'armer eux-mêmes est précisément Tun des principes de la politique d'Aristote. Traitant des expédients auxquels recourent les divers gouvernements, il dit que les démocraties assurent une indemnité aux pauvres, qui assistent au tribunal et à l'Assemblée, et promettent l'impunité aux

(i) PoUtiqae, VllI, 5, 4, i3o5, b, aa.

Oj) Conai. d'Ath., XXXllI, a.

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