‹ La "Constitution d'Athènes" et l'œuvre d'AristoteChapitre 20 sur 47 · ET LŒUVBB D ABI8TOTE · texte numérisé non relu

ET LŒUVBB D ABI8TOTE

riches, qui restent éloignés des séances. Or cctUt combinaison n'esl pas équitable. 11 faut donner un salaire aux pauvres et frapper les riches d'une amende. Tous les citoyens participeront an gouvernement de l'État. Il ajuute alors : u Le coqis politique doit être exclusivement composé des citoyens en état de s'armer » (i). Dans quelques États, il suffit, non pas de jtorter. mais d'avoir porté les armes, pour faire partie de la cité. A Malie, les droits politiques appartiennent à ceu& qui font partie de l'armée, et c'est parmi eux que sout chuisis les magistrats (3). Il en fut de même chez les Grecs, après la chnte de la royauté. Les premières républiques n'étaient formées que de guerriers portant les armes. A l'origine, c'étaient des cavaiitTs, car la cavalerie faisait alors toute la force des nnni'es. Miiis à mesure que les États s'agrandirent et que l'infantei-ie prît plus d'importance, le nombre des hommes jouissant des droits politiques s'accrut dans une égale proportion (3). .\ristote avait déjà, en critiquant les théories d'Hippodamos de Milet, exprimé la même idée sur la nécessité de reci-uter parmi les citoyens en état de s'armer les stratèges, les gardes de la litê, et, en un mot, tons les principaux magistrats (4).

Après le renversement des Quatre Cents, le peuple, trompé par ses conseillers, commit la faute de condamner les sti-atèges, qui avaient été victorieux aux lies Arginnses, et de rejeter, sur les instances de Cléophon, les propositions de paix faites par Sparte, après cette défaite. L'année suivante (4o5 avant Jésus- Christ), il essuya le désastre d'.4^os-poùmus , qui rendit Lyaandre maître d'Athènes. Les Athéniens étaient alors divisés en trois partis : les démocrates désiraient le maînlien du

(t) PoUUque. VI. 10, 8, rag?, b, i.

(a) PoUtigm, VI, 10, 9, 1997. b, la.

(3) PoUUqat, VI. to. 10, 1997, b. 16. Noos avons déjà iili- k' pussanti- <lans lequel Aristote établit que la cavalerie est l'arme de lull pareil io (VI, 'i, t, 1389, b, a;).

<4) PoOUque, 11. 5, S. lA&J, a, ai.

laa LA « CONSTITUTION D

régime populaire ; les aristocrates, organisés en associations, et les exilés, rentrés à Athènes, souhaitaient l'oligarchie ; enfin, les partisans de Théramène s'attachaient à l'ancienne Constitution, qu'ils prétendaient restaurer. Bien qu'il fût stipulé dans le traité que les Athéniens garderaient les institutions de leurs pères, le vainqueur appuya les oligarques, et le peuple dut rétablir l'oligarchie (c. XXXIV). En combattant la démocratie, Ly sandre se montrait fidèle à la tradition de Sparte, ainsi définie par Aristote, dans ta Politique : Les peuples, qui ont tour à tour exercé l'hégémonie de ta Grèce, ont fait prédominer dans les États soumis à leur puissance leur propre Constitution, tantôt l'oligarchie, tantât la démocratie ; ils se souciaient seulement de leurs propres intérêts, et point du tout de ce qui importait à leurs tributaires (i). Aussi les gouvernements succombent- ils parfois à des causes de destruction, qui leur sont extérieures, par exemple, quand ils ont auprès d'eux un État constitué sur un principe opposé au leur, ou quand cet ennemi, tout éloigné qu'il soit, possède une grande puissance. Témoin ta lutte de Sparte et d'Athènes : partout les Athéniens renversaient les oligarchies, et les Lacédémoniens, les constitutions démocratiques (a).

Sous la pression des vainqueurs, le peuple désigna donc trente magistrats, qui furent investis de tous les pouvoirs. Les Trente recrutèrent un Conseil de cinq cents membres et les autres fonctionnaires parmi les candidats présentés par les Cinq Mille. Ils s'adjoignirent dix archontes pour le Pirée, onze geôliers et trois cents gardes.

Leur gouvernement fut d'abord modéré. Ils abolirent les lois d'Éphialte et d'Archestratos contre l'Aréopage, ainsi que toutes les lois de Solon, dont l'interprétation prêtait à la discussion. C'était ôter au peuple le droit de trancher tes contes-

(1) PoUtlque, VI, 9, ii. 1196. a, 3a.

(a) PoUtlqae, VIII, 6. 9, i3o7, b, ao.

ET l'œuvre d'aIUSTOTB 123

tations. Ils se débarrassèrent des intrigants et des sycoptiantes. et ainsi se concilièrent la faveur de tous les hommes scnsi's. Mais, quand leur pouvoir fut assuré, ifs niassacréii?iit tiui.s ies citoyens que désignaient leur naissance, leur fortuno ou lenis titres, autant pour affaiblir leurs ennemis que pour [ucn parer leurs biens : ils n'exécutèrent pas moins de quinze i-i-nts ]iei-sonnes. Dans la Politique, Aristote, traçant leurs liL-voirs aux chefs des oligarchies, les engage à faire de nombreuses dépenses pour la cité. Le peuple, alors, ne se plaindra plus de ne pas, arriver aux emplois, et sa jalousie pardonnera sans peine â qui doit payer si cher l'honneur de les remplir. Ainsi, pour leur installation, les magistrats devront faire de iii.-i^nilic[iie^ sacrifices, construire des monuments publics, donniT iU-h \i»uqnets et des fêtes. Mais aujourd'hui, dit le philusuplu', los chefs des oligarchies, loin d'agir ainsi, font précisininit imil le contraire; ils cherchent le pi'ofit autant que l'huiuuiH-, Ivl il '

termine par ce trait de satire : « Aussi peut-on dire iivcf véiiié '

que les oligai-chies ne sont que de petites démoi-nilits (i) ». 1

ï.*s excès commis par les Trente furent bUmts jiar Tiié- i

ramène. Arislote constate, en effet, dans la Potitii/iii-, que la désunion règne parfois entre les oligarques. La (li-uKii-ralic. dit-it. est plus stable et moins sujette aux chan^eineiiK que I

l'oligarchie. En effet, dans l'oligarchie, la division piiii naliie I

soit parmi les oligarques eux-mêmes, soit entre les uli^tia'i|tii-s et le peuple (a). Théramène conseilla donc aux Trenir île ii>sit leurs violences et d'admettre les meilleurs citoyens hu\ iilluiics. Les oligarques refusèi-ent d'abord; mais, craignnui i|iril ne devint le chef du parti populaire et ne les renver«;'ii ils ilrrssèrent une liste de trois mille citoyens, auxquels ils pi<'riiii'ril de donner les droits politiques. Nous devons ra[i|>flir îi i Ir passage de la Politique, dans lequel c'est Charichs. «pii r-t

(0 PolUlqut. Vil, 4. 6, i33i, a, 4o.

(a) PolUiqae. VIII. i, 9. iBoa, a, 8.

ïa4 LA « CONSTITUTION d'aTHÈNES »

nommé comme ayant été un démagogue parmi les Trente (i). Ce texte ne contredit point, d'ailleurs, ta Constitution d'Athènes ; car Aristote n'entend pas dire que Théramène n'ait pas joué le même rAle parmi les oligarques.

La proposition des Trente ne satisfaisait pas Tliéramène. Pourquoi, disait-it, ne conférer les droits politiques qu'à trois mille hommes? Le nombre des bons citoyens était-il donc si [Jeu élevé? La Politique donne raison à Théramène. Lorsqu'il juge la Constitution de Solon, Aristote dit que l'on ne saurait écarter la masse des citoyens de toutes les charges, ni les priver de toute distinction publique; ils deviendraient, en efiet, les ennemis de l'État (a). Théramène reprochait encore aux Trente de prétendre imposer une domination aussi lourde à un peuple, dont ils eussent été impuissants à réprimer la révolte. Les tyrannies ne peuvent, en effet, se maintenir que si elles disposent de forces assez grandes pour résister à la volonté du peuple. Il n'est, dit Aristote, dans sa Politique, qu'un point essentiel que la tyrannie ne doit jamais oublier : c'est d'avoir toujours la force nécessaire pour gouverner, non pas seulement avec l'assentiment, mais aussi malgré la volonté générale. Renoncer à cette force, ce serait renoncer à la tyrannie même (3). Mais, au lierf de suivre les sages conseils de Théramène, les Trente l'accusèrent auprès des Lacédémoniens et leur demandèrent des secours. L'harmoste Kallibios vint donc, avec sept cents soldats, occuper l'Acropole. Cependant Thrasybule s'emparait de Phylé avec les émigrés. Les Trente marchèrent contre lui et furent battus. Ils résolurent alors de désarmer les citoyens et de perdre Théramène. En conséquence, ils firent approuver du Conseil deux lois : l'une, qui leur conférait te droit de metli-e à mort quiconque n'était

(I) PoUttqtie, VIII, 5, 4, [3o5, b. m.

(a) PoUltque, III, 6, 6, iiUi, b, aS.

(3) PoUUqae. VIII, g. lo, 13)4, a, 34.

BT l'obuvrk d'aristote ioS

pas inscrit sur la liste des Trois Mille; l'autre, qui refusait les " droits politiques à quiconque avait fait de l'opposition à l'oligarchie des Quatre Cents. Or Thérainène était atteint pm- les deux lois. Dès qu'elles furent ratifiées, il fut mis h mort. Tous les ciloyeus, à l'exception des Trois Mille, furent ensuite désarmés (c. XXXVI et XXXVII). Les Trente se conduisirent comme les tyrans et, en particulier, comme Pisî>^trate, qui avait désarmé le peuple pour affermir son pouvoir (i). Aristote établit, en effet, que l'oligarchie a les mêmes défauts que la tyrannie; elle ne se propose d'autre but que d'acquérir des richesses, afin d'entretenir sa garde et de goûter les jouissances du luxe; en même temps, elle se défie de la multitude et lui Ate ses armes (a).

Pendant que les Trente prenaient ces mesures extrêmes, les bannis, déjà maîtres de Phylé, s'emparaient de Munichie. Victoire facile, car, suivant l'observation d'Aristote, dans sa Politique, les habitants du Pirée étaient pbis attaL'hés à la démocratie que les Athéniens (3). Les Trente se portèrent contre les émigrés, mais furent vaincus. Dès le lendeninin, les Athéniens de.lf ville abolirent le gouvernement et investirent un comité de dix citoyens de pleins pouvoirs pour terminer la guerre.

I*s Dix ne remplirent pas leur mandat, mais domaniièfent à Lacédémone du secours et de l'argent. Poar frapper la cité d'épouvante, ils mirent à inorl un citoyen considéffible, Deniarétos, et se maintinrent grâce à la garnison lacédémonieune, commandée par Kallibios, et à l'appui des cavaliers, qui

(!) Voir plus haut les passages de la Politique, qui rappellent on expliquent cette précBQtioa de Pisistrate (Vlll. 8, ■}, i3ii, a, 8; 9, 9. iSij, a, 33,- $. I», i3i5, a, 3i).

(a) PoiaUiiu, VIII. 8. 7, i3ii. a, B.

(3) FoUUqat, VIII, a, la, i3o3, b. 7 ! LtamiÇoum Si ivi'oTE al Ttoïei-; xot Bià Toùî -cdirouc, éVov ^\ eùçuùiî ë^vi T] >rj"pi itf<)î to (jifav tîv«i «iÂiv, '.'.ni... xaî 'A9T,vir|5iv oùy^ ijxoûoî «ariv, àXXà [lïiXov 6T||t5Tixol ol ti>i Ilei^aîs

OlxOÙVTIÇ Tlûï ib iSTU.

s'opposaient le plus énergiquement au retour des bannis. Nous savons, en effet, par un passage de la Politique précédemment cité, que les cavaliers sont particulièrement favorables au régime oligarchique (i). Mais tous les partisans de la démocratie se rangèrent du côté des bannis, déjà maîtres du Pirée et de Munichie. Le peuple renversa donc les dix commissaires et en nomma dix autres, qu'il choisit parmi les meilleurs citoyens. Rhiuos et Phayllos, les chefs de ce comité, s'entendirent avec Pausanias, roi de Sparte, et les dix conciliateurs, que celui-ci fit venir de Lacédémone, pour rétablir l'accord entre les partis et restaurer la démocratie. La convention, acceptée par les pai*tis, sous l'archontat d'Euclide (4o3 avant Jésus-Christ), permettait aux partisans de l'oligarchie de quitter Athènes et d'aller s'établir à Eleusis ; l'amnistie était assurée à tous les citoyens, à l'exception des Trente, des Dix et de leurs agents; les dettes de guerre restaient à la charge, des partis qui. les avaient contractées (c. XXXVIII et XXXIX).

Lei| anciens partisans des Trente furent effrayés. Ciomme ils hésitaient à faire leur déclaration de départ, Archinos, par un acte de bonne politique, les retint de force à Athènes, en supprimant les derniers jours du délai fixé pour l'inscription. Il ne montra pas moins de sagesse en accusant d'illégalité le décret de Thrasybule, qui conférait le droit de cité à tous ceux qui étaient revenus avec lui du Pirée, et parmi lesquels se trouvaient de nombreux esclaves. Il traîna aussi devant le Conseil et fit mettre à mort sans jugement le premier des citoyens récemment rentrés à Athènes, qui témoigna sa rancune et voulut user de représailles. Grâce à ces mesures, les passions s'apaisèrent, et bien que la convention stipulât que chaque parti devait acquitter sa dette, les Athéniens s'entendirent pour rendre aux Lacédémoniens l'argent que leur avaient

(i) Politique, VI, 3, a, 1289, b, 36.

ET L ŒUVRE D ARISTOTE laj

emprunté les Trente. Enfin, deux ans après Tamnistie (4oi avant Jésus-CShrist), les Athéniens se réconcilièrent avec ceux de leurs concitoyens qui avaient émigré à Eleusis (c. XL).

G*est à ces événements que se termine le récit des révolutions politiques, qui forme la première partie de la Constitution d'Athènes. 11 est résumé dans un chapitre (XLI) où sont énumérées les onze Constitutions, qui ont régi Athènes jusqu*en 4oi. La dernière était encore en vigueur au temps où était composé ou révisé le traité.

A cette énumération se mêlent quelques appréciations. Ainsi l'auteur fait remarquer que la cité commit ses plus grandes fautes après Tépoque d'Ephialte, lorsqu'elle était poussée par les démagogues, et employait tous les moyens de conserver son empire maritime. Or ce jugement est confirmé par un passage de la Politique, que nous avons analysé plus haut et dans lequel Aristote, passant en revue les diverses formes de la démocratie, définit le régime sous lequel la souveraineté n'appartient plus à la loi, mais à la multitude. Quelques traits de ce tableau trahissent une intention satirique, et nous ne doutons point que le philosophe n'y fasse allusion à la Constitution athénienne. C'est, dit-il, lorsque la souveraineté passe de la loi à la multitude qu'apparaissent les démagogues. En effet, quand le peuple est monarque, il rejette le joug de la loi et accueille avec faveur les flatteurs, qui l'engagent à régner en despote. Le démagogue et le flatteur se ressemblent, car tous deux ils ont un crédit sans bornes, l'un sur le tyran, l'autre sur le peuple corrompu. Le démagogue rapporte toutes les afiaires au peuple, afin de le déterminer à substituer la souveraineté des décrets à celle de la loi. 11 ne peut, en eflet, que gagner à ce que le peuple devienne tout-puissant, car il dispose de lui grâce à la confiance qu'il lui inspire. Le gouvernement dans lequel les démagogues prennent un tel ascendant n est plus, à vrai dire, une démocratie, mais une démagogie. Ce n'est même plus

laÔ La « CONSTITUTION d'athènbs »

une Constitution, car il n'y a de Constitution que là où la loi est souveraine. La loi doit décider des affaires publiques, comme le magistrat tranche les affaires particulières ; et, puisque les décrets ne peuvent jamais statuer d'une manière générale, l'État, où tout se fait à coups de décrets, ne peut être considéré comme une démocratie digne de ce nom (i). Ailleurs encore, recherchant quelles sont les causes de révolutions dans les démocraties, Aristote cite, en première lig^ne, la turbulence des démagogues. Dans les affaires particulières, ils contraignent, par leurs dénonciations, les riches k se réunir et à conspirer. Car la crainte rapproche même les pires ennemis. Dans les affaires publiques, c'est la foule qu'ils poussent à se soulever. Le philosophe cite alors plusieurs exemples, puis il conclut ainsi : L'observation d'antres faits encore démontre que, dans la démocratie, la marche ordinaire des révolutions est celle-ci : tantôt les démagogues, voulant se rendre agréables au peuple, soulèvent les classes supérieures de l'État par les injustices qu'ils commettent envers elles, soit en demandant le partage des biens, soit en les chargeant de toutes les dépenses publiques; tantôt ils se servent de la calomnie pour obtenir la confiscation des grandes fortunes. La puissance des démagogues est d'autant plus dangereuse qu'il est devenu facile de capter la faveiu* populaire. A l'origine des cités, il fallait, pour devenir chef du peuple, sortir des rangs de l'armée. Grâce aux progrès de la rhétorique, il suffit d'être habile à parler (a). Lorsque l'auteur de l' 'A6T|vaio)v toXitei'o a cité la dernière Constitution, celle qui était encore en vigueur de son temps, il ajoute que, depuis la restauration de la démocratie, le peuple n'a cessé d'accroître son pouvoir. Il gouverne tout par ses décrets et par les tribunaux, dont il s'est rendu maitre. Les attributions judiciaires, qu'avait autrefois le Conseil, sont

(i) Politique, VI, 4. 4-3, lay», a, 4 et saivants.

(9) PoUUque, VUI, 4, i-5, i3o4, b, 91 et suivanls.

ET L ŒUVRE d'aRISTOTË tÙQ

passées à l'Assemblée du peuple; « et c'est justice, car il est plus aisé de corrompre un petit nombre d'hommes qu'une foule par l'appât du gain et par des faveurs (i) ». Pour attirer le peuple à l'Assemblée, Agyrrhios iit donner à ch&gue citoyen présent un salaire d'une obole ; Hérakleidès de Gtozomène, de deux oboles; et le même Agyrrhios. de trois oboles. Le peuple eut ainsi intérêt à être assidu.

Noua doutons que ce développement soit à sa place à la Tm d'nn résumé; il conviendrait mieux, ce semble, au chapitre précédent, où l'auteur racontait comment fut restaurée la démocratie. Quoi qu'il en soit de cette question, le jugement, qui est ici porté sur les empiétements de la démocratie, est de tons points conforme aux théories développées dans la Politiqae. Aristote, expliquant comment la démocratie dégénère en démagogie, montre que tous ceux qui croient avoir à se plaindre des magistrats, en appellent au jugement exclusif du peuple ; celui-ci accueille volontiers la requête ; et, ainsi, tous les pouvoirs légaux sont anéantis (a). Ailleurs, il parle des cunÛscâtious, que les démagogues font prononcer par les tribunaux (3). Ces confiscations sont surtout fréquentes dans les démocraties, où le peuple est .fort nombreux, et où il est nécessaire de rémunérer [es citoyens, qui assistent aux assemblées. Lorsque l'Etat n'a pas de revenus propres, il faut lui créer des ressources, soit par des contributions spéciales, soit précisément par les confiscations, que prononceht des tribunaux coiTompus. Or c'est là une cause de ruine pour bien des démocraties (4). Aristote considère que le Conseil est une institution démocratique ; mais il remarque que le pouvoir en est aimulé dans les démocraties où le peuple s'assemble en masse, pour iléeidci-

<i> Coful. (fdU., XU, 3.

<3) PoUUque. VI. 4, «, 1991, a, 38.

(3) PoUUqae, VU, 3, a, tSao. a, 4.

(4) PoUtUiae, VU, 3, 3, iSao, a, 17,

:; 7-fr''y^7'^

l3o LA <X CONSTITUTION D ATHENES )»

lui-même de toutes les affaires, surtout lorsque sa présence à rassemblée est rétribuée ; ses réunions sont alors fréquentes, et il juge tout par lui-même (i).

L'explication donnée par Fauteur de la Constitution d'Athènes, qu'un petit nombre d'hommes est moins corruptible qu'une foule, peut sembler ironique (2). Il n'en est rien, pourtant. En effet, dans la Politique, Aristote, se demandant sll vaut mieux, quand la loi est muette, s'en remettre à l'autorité d'un seul

homme, supérieur à tous les autres, ou au jugement de la majorité, reconnaît que chacun des membres de cette majorité est inférieur, sani^ doute, à cet homme, mais qu'il en est des États comme des repas où chacun paie son écot; ils sont toujours plus complets que ne le serait le repas fait, au prix de la cotisation, par. un convive isolé. Aussi la foule est-elle, la plupart du temps, meilleur juge qu'un individu, même, supérieur. De plus, toute grande quantité, comme, par *exemple, une masse d'eau, est toujours moins corruptible; la majorité est donc moins accessible à la corruption que la minorité. La colère ou toute autre passion peut fausser le jugement d'un individu, au lieu que la majorité tout entière ne peut être furieuse ou aveuglée (3).

Quant au salaire de l'Assemblée, Aristote en parle à plusieurs reprises, dans la Politique. Nous avons déjà résumé les réflexions, que lui inspirent les expédients, auxquels ont recours les divers gouvernements, pour faire prévaloir le parti sur lequel ils s'appuient. Les démocraties, afin de favoriser le peuple, accordent une indemnité aux pauvres, qui siègent au tribunal et dans l'Assemblée, et assurent l'impunité aux riches, qui n'y assistent pas. Or, pour que le régime politique soit

(I) PoUtiqne, VI, la, 8, 1299, b, 87.

(a) Ne serait-on pas tenté de rapprocher cette Justification des éloges ironiques, adressés à la Ck)nstitution athénienne par l'auteur du pamphlet de la rioXiTsia 'AÔ7jva(a)v, attribué à Xénophon?

(3) Politique, lU, 10, 5-6, ia86, a, 214.

ET l'œijvhb d'abistotb i3i

équitable, il faut combiner ces deux systèmes, douner un salaire aux pauvres et frapper les liches d'une amende. Tous alors prendront part à la direction des affaires ; autrement, le pouvoir n'appartiendra jamais qu'aux uns, à l'exclusion des autres (i). Enfin, rappelons le passage précédemment cité, et dans lequel le philosophe condamne les démocraties, où les démagogues, pour rémunérer les citoyens, qui se rendent à l'Assembtée, frappent les riches de contributions spéciales ou font confisquer leurs biens par des tribunaux corrompus (3).

L'Ethique est d'accord avec ta PoUtiçue, pour blâmer le salaire des fonctioniiBires publics. Le magistrat, à qui est confié le pouvoir, est le gardien de la justice et de l'égalité. Il ne s'attribue jamais plus que ce qui lui revient, puisqu'il est juste. Il ne se donne jamais une part plus considérable des biens qui sont à répartir, à moins qu'U ne doive en avoir davantage. Par suite, il travaille, non pour lui, mais pour autrui. Il mérite donc une récompense, qu'il faut lui accorder, l'honneur. Ceux qui ne se contentent pas de ce noble salaire deviennent des tyrans (3).

(I) PoUtiqae, VI. 10. 8, »g:, a, 35.

(a) PoUUqae. VU, 3, 3, i3>o, a, 17.

(3) BtMgtu à Nieomaqut, V, 6, 7, ii34, b, 6.

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