‹ La "Constitution d'Athènes" et l'œuvre d'AristoteChapitre 2 sur 47 · MAY S · texte numérisé non relu

MAY S

IB

^c)\AtojyiXjuujJ fCi/vtcO ,

A MON MâItRE

M. Alfred CROISET

Honiniage d'affectueuse reconnaissance

La surprise fui grande el reinolion profonde quand, au mois de janvier iSgi, les journaux anglais annoDcèrent au monde savant que la Constitution d'Athènes, attribnée à Aristole par le témoignage unanime de l'antiquité , avait été retrouvée à Londres sur un papyrus du Brilisk Muséum.

Le silence était gardé sur la provenance du papyrus, et un véritable mystài'e diplomatique cnvL'loppait les circonstances de la découverte. Aussi, en mémo temps que la curiosité, lu défiance fut-elle éveillée.

Nous possédions déjà d'assez nombreux fragments de cet ouvrage, conservés dans les citations des historiens, des grammairiens et des lexicographes (i). Mais l'authenticité, contestée par certains critiques (a), n'en était rien moins que certaine ; et les textes étaient si courts qu'ils n'olTraient aucun moyen de l'établir avec évidence, En i885, d'autres moi'ceaux avaient été déchiffrés sur un papyrus mutilé, acquis par la Bibliothèque de Berlin, et publiés par Blass (3). Bei^k avait i-cconnu

(i) V. Rose : Aristotelùi qai Jerebanlur Ubroram fragmenta (Lciiiaig. Tcubner. 1886).

(a) Voir, en porlii^ulicr, V. Rose ; Ariatoteteê pseude/iigraphuB (LcipaïK- TrabDcr. iBB3). ~ K. Ksitx : DU Verlorenen ScliriJXen des Arutottleê (Leipsig. Ti^ubn«r. iSSSi).

(3) Hermea (XV, p. 366).

qu'ils appartenaient à Aristote (i); et c'est sous le nom du philosophe que les avait réédités Diels (2). Mais ces fragments n'avaient ni plus d'étendue ni plus d'importance que les parties déjà connues. Ils ne permettaient pas davantage à la critique de porter un jugement motivé sur l'œuvre historique d' Aristote. D'autre part, l'on n'y retrouvait point les qualités de style, louées par les érudits de l'antiquité en des termes que justifiait si peu, aux yeux des modernes, la lecture des ouvrages systématiques, tels que la Rhétorique, YEthique à Nicomaque ou la Politique.

Enfin, dès l'année 1891, l'édition princeps de la Constitution d'Athènes parut sous le nom de Kenyon (3). Elle fut bientôt suivie par la publication du fac simile (4), destinée à lever tous les doutes et à établir l'authenticité de la découverte. L'on put ainsi voir en quel mauvais état est le papyrus. Le texte est écrit sur quatre bandes de diverses longueurs. L'avant-dernière est mutilée^ la dernière tout-à-fait fragmentaire. Dans toutes, des mots illisibles, des lacunes, des fautes grossières. Le commencement et la fin du traité manquent; plusieurs parties ne peuvent être reconstituées avec certitude.

Quatre mains ont copié l'ouvrage. L'écriture de la première (coL 1-12) est une demi-cursive, que de nombreuses abréviations rendent difficile à lire. La seconde main {col. i3 à milieu de 20) dessine une belle onciale, dans laquelle on relève de nombreuses fautes d'orthographe. La troisième (milieu de 20 à fin de 24) trace une demi-cursive mal formée, plus grande

(i) Rheinisches Muséum (XXXVl, p. 87).

(a) Abhandlangen de T Académie de Berlin (i885).

(3) A0HNAIÛN nOAITEIA, Ariatotle on the Constitution 0/ Athen, edited by F. G. Kenyon (London and Oxford. 1891).

(4) A0IINAIQN nOAITEIA, fac simile oj papyrus CXXXI in the British Muséum (22 pi. in-folio. London and Oxford. 1891).

l>"TRODUCTION 3

que celle de la première main. Knfin, la quatrième {col. aS à 3o) emploie généralement une âemi-corsive, très semblable à la première, mais plus belle. Ces indications sultîsent à montrer combien était ardue la lâche de l'éditeur et combien de reconnaissance lui doivent les amis des lettres grecques. Dcsoniiais ils peuvent lire, au moins dans leurs plus impoi-tantes parties, le récit des révolutions constitutionnelles et l'exposé des institutions démocratiques d'Athènes. Le plan de l'ouvrage apparaît dans toute l'unité de son ordonnance et dans toute la régularité de sa composition. La forme en a été assez respectée par le temps et les copistes pour que l'on y puisse retrouver toutes les qualités de l'écrivain, apprécier non seulement la simplicité, la concision et la clarté, mais aussi l'élégance et l'agrément de son style. La science peut enfin contri^ler, au moyen d'un texte étendu et continu, les jugements des lettres et des érudits de l'antiquité.

La publication de Kenyon était, sans doute, fort imparfaite, et il n'en pouvait être autrement; elle n'en donna pas moins un nouvel essor aux études péripatéticiennes. Les éditions se moltiplièrent : et, dans chacune, la lecture du papyrus était plus exacte, et le texte établi avec plus de vraisemblance. Nous les avons toutes consultées, et toutes nous ont été d'un grand secours. En les citant, nous reconnaissons bien volontiers ce que nous devons aux auteurs, dont nous avons accepté les interprétations toujours ingénieuses et souvent décisives. Ce sont celles de G. Kaibel et vo.N WiLAMOwiTZ-MoELLEiVuoBF (i); de H. VAN Hebwehden et J. van Leeuwkn (a); de

(I) AriatotelU [InXiTcia ' A'ir^'xiiiiv (Btrliu. Wfiaiuunii. l8ui). (3> De Re PubUca Athcnienaium ArâtoleliM ijal ferlur Uber '1 \a\\itix (Leyde. SijlbolC iSyi).

F. Blass (i); et aussi celles dans lesquelles Kenyon a mis à profit les travaux les plus récents de la critique (2). — Nous sera-t-il permis, à. ce propos, d'exprimer un regret : pourquoi rériidition française est-elle tant en retard, et pourquoi sommesnous obligés de lire Fouvrage d'Aristote dans un texte publié à Londres, à Leyde ou à Berlin? —

Nous avons aussi consulté, à chaque instant, les deux traductions françaises, si exactes qu'elles équivalent à un commentaire, de M. Th. Reinach (3) et de M. B. Haussoulier (4). Après ces deux traductions a paru le beau livre de M. Dareste sur la Science du droit en Grèce (5), dans lequel Fauteur présente un résumé analytique de la Constitution d'Athènes, Cet ouvrage nous a été fort utile. L'auteur a réussi à reconstituer, avec une certitude presque complète, les chapitres dans lesquels Aristote traitait des tribunaux athéniens, et dont il ne reste plus, dans le papyrus, que d'informes lambeaux. Nous avons suivi de très près cette analyse ; et, si nous n'avons pas averti le lecteur de tous nos emprunts, c'est qu'il nous eût fallu ajouter une note à presque toutes les pages de cet essai.

Outre les éditions et les traductions, des articles de revue, des opuscules, de gros ouvrages étaient publiés, en France et à l'étranger ; et tel en est le nombre, qu'ils suffiraient déjà à remplir une bibliothèque, et qu'il est désormais impossible à qui étudie la Constitution d* Athènes de les lire et de les

(i) Aristotelis IloXtTeta 'AÔTjvatwv (Leipsig. Teubner. 189a).

(2) La troisième édition, publiée sous le même titre que les deux premières, à Londres et à Oxford, est datée de janvier 189a.

(3) Aristote. La République athénienne. (Paris. Hachette. 1891).

(4) Aristote. Constitution d'Athènes. (Bibliothèque de l'École des Hautes Études, 99* fasc. Paris. 1891).

(5) La science du droit en Grèce. Platon, Aristote, Théophrasie (Paris. Larose et Forcel. 1893).

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discuter tous. Nous ae luentiuanei'ons ici que les articles ou les livres, dans lesquels nous avons puisé des renseignements, ou dont nous avons accepté on combattu les conclusions.

Ce sont dabord l'analyse de M. H. Wcil (i), puis les deux articles de M. Th. Reiuach (a), dans lesquels était débattue l'authenticité de certaines parties de la Constitation d'Athènes, et dont nous avons rapproché les dissertations de Headlaui (3), de Busolt (4), et de Thalheim (5), dans lesquelles sont traitées les mêmes questions.

Nous avons lu aussi, avec un vit' intérêt, les études de F. Cauer (6) et de J. Schwarcz (7), qui se prononcent contre l'authenticité de l'ouvrage ; de H. Uiels (8) et de K. Niemeyer (9), qui l'attribuent à Aristote. La compai'aison de la Constitation d'Alliène.s et de la Politique, qui fait l'objet du présent travail, avait déjà été tentée par P. Meycr (10). Nous devons beaucoup à l'auteur, qui nous a souvent guidé dans nos recherches, et qui avait, avant nous, tiré de ce rapprachement d'intéressantes conclusions. La plupart des textes de ta Politique, qui peuvent être confrontés avec la Constitulion d'Athènes, sont, d'ailleurs, indiqués dans les notes de la traduction française de M. B. Haussoulier, dont il a été parlé

(1) Journal des Savants (Avril 1891).

(a) La Conttitation tU Dracon et la Conutitution de l'an 4"' d'aprci Aritlote (Revue des Etudes grecqaes, li^i, p. 8a). Aristote oa Critiav? (ici., 189.. p. iSi'i).

<3) The Constitution of Dracon (Clastieal Revietv. Avril 1S91)

{',) Zar UefelsgebanK Drakana (Philalogaa. L. p, 3g3).

(5) Die drakontacke Verfasaang bel ArlstoteUs (Herin'». XXIX. |i. 458).

(6) Hat Arixtolelea die Sehrift 00m Slaaie d'r Alhener getehrieben? (Stutifiart. 1891).

(;) ArigtoteCes and die ' X'yr^vxi'-yi -Tit-h.'.tiî aiif dem Fapyra» des Brltish Miueama (Ldp»i)Ç. iSyi)

(8) Zioei Funde {Arehie /àr Geaehiekle der Philoaophie {i%^ii,^. ta. !\X^%).

(9) Zn AriêtoleUs ■A'Jï|Va!...v TtoXiTEiat {Neae Jahrbaecher fur Fhiloiogie tind Paedagogik (iSgi, p. 407-1^)'

(10} DU AriatoUU* PolUik and dU 'AOtjVxi'uiv tcoÏctil'x (Bonn. iggi).

plus haut. Il y a là, en effet, comme une première esquisse de la comparaison que nous nous sommes proposé d'établir entre les deux ouvrages.

Le vocabulaire et la syntaxe de la Constitution d'Athènes ont été caractérisés par J. B.Mayor(i), Newman (2), H. Richards (3) et Ghinnock (4). Dans leurs articles sont réunis tous les éléments d'une étude complète sur le style d'Aristote. Aussi y avons-nous fait de nombreux emprunts.

Ënfîn l'on ne saurait plus écrire sur F 'AÔTjvafcov xoXiTeia sans recourir aux deux importants ouvrages de G. Kaibel (5) et de von Wilamowitz-Moellendorf (6). Le premier a défîni, avec une grande précision, les qualités qui doivent être reconnues au style d'Aristote, et établi que les éloges des critiques anciens ne sont point exagérés; il a, et c'est la partie la plus solide et la plus décisive de son étude, démontré que les termes politiques avaient, à de très légères différences près, la même acception dans l'exposé historique et le traité théorique; enfin il a prouvé que l'écrivain s'était moins, préoccupé du rythme et du nombre oratoires que ne l'avait prétendu Fr. Blass, dans la Préface de son édition. En un mot, il a ramené à une juste mesure et, pour ainsi dire, remis au point les jugements excessifs et contradictoires, portés par les critiques sur le style de la Constitution d'Athènes,

Ce n'est pas à la forme de l'ouvrage, mais au fond, que

(i) Un-ArisioteUan words and phrases contained in the 'AOY|va((i)v TcoXiTeia (Classical Review, 1891, p. 122).

(a) Ariatotle on the Constitution ofAthen (Classical Reçiew, 1891, p. i55).

(3) Rare words in Aristotle's Constitution ofAthen (Classical Review, 1891, p. 184 et a7!i).

(4) Rare words in Aristotle's Constitution ofAthen {Classical Review, 1891,

(5) Stil und Text der 'AÔTjvatwv TroXiTeta dc« Ariêtoteles (Berlin. 1893).

(6) Aristoteles und Athen (a v. Berlin. 1893).

ISTIIOni'CTION

sVst attache von Wilaïuowitz-Moellcudurf. Il s'est surtout préoccupé lie déterminer à quelles sources avait puisé l'historien; il s'est, par conséquent, prononcé sur l'authenticité des parties les plus controversées; et, si les hypothèses qu'il a proposées ne sont pas toutes également vraisemblables, elles ont, du moins, le mérite de provoquer la discussion, d'éclairer d'une vive lumière les questions les plus obscures, et d'aider à la découverte de la vérité.

En résumé, c'est le problème de l'authenticité que soulèvent et s'etrorcent de résoudre les auteurs de tous les articles, mémoires ou livres, que nous avons cités et que nous avons trouvé profit à étudier. La même recherche nous a tenté, et, en comparant la ConulUution d'Athènes à celles des œuvres systématiques iI'Aristote, dont elle peut être rapprochée, nous nous sommes proposé d'établir que l'historien de la démocratie athénienne n'était autre que K; théoricien de la Poliliqae,

Le défaut des méthodes suivies par la plupart des savants qui ont discuté l'authenticité de 1' 'AOT,vaicov iroliTEi'a, c'est qu'elles ne sont pas assez générales et ne permettent d'atteindre qu'à une part de la vérité.

Les ans ont essaye de découvrir les sources auxquelles avait puisé l'historien et de déterminer à quelles l'ègles il avait soumis l'examen, la comparaison et l'interprétation des monuments que lui avait légués le passé. La Cunsiilulion d'AthMes révéliiit-clle une critique sévère, elle était l'u-uvre d'Aristote. L'auteur, au contraire, accordait-il créance à des témoignages suspects, il ne pouvait être' confondu avec le

8 INTBODUCTION

philosophe. Certes cette enquête est intéressante, et il est indispensable, pour se prononcer sur la véracité de l'historien, d'apprécier à leur juste valeur les documents auxquels il ajoutait foi. Mais la plupart des textes qu'il a consultés sont perdus. L'œuvre des annalistes, qu'il cite à plusieurs reprises, au cours de son récit, ne nous est point parvenue. Les conditions dans lesquelles a été composé l'ouvrage restent enveloppées d'impénétrables ténèbres. Point d'argument précis, ni de preuve positive; toutes les solutions proposées, toutes les démonstrations tentées, ne sont que d'ingénieuses et captieuses hypothèses. Le livre de von Wilamowitz-Moellendorf est séduisant; le système qu'y développe l'auteur est spécieux; mais la base n'en est point solide, et, dans ce savant édifice, il n'y a rien d'assuré.

D'autres critiques ont rapproché de 1' 'AÔTjvatcov TroXiTsia les témoignages des historiens, des grammairiens ou des lexicographes, relatifs à l'histoire de la démocratie athénienne ou au mécanisme de ses institutions. Nous doutons que cette méthode soit plus légitime que la précédente. Les poly graphes, que Ton oppose à l'historien, lui ont emprunté la plupart des renseignements qu'ils nous ont transmis. Il en est qui l'ont fidèlement copié; mais d'autres l'ont corrigé, ont altéré sa pensée, ont méconnu l'esprit de la constitution athénienne. Ces copies défectueuses ont perdu toute autorité depuis que l'original en a été retrouvé.

Ceux-là semblent suivre une méthode plus rigoureuse, qui étudient le style de l'écrivain et comparent le vocabulaire et la syntaxe de la Constitution d'Athènes à la syntaxe et au vocabulaire des IlpaYixaTeïai. Mais si les différences, souvent discutables d'ailleurs, qui ont été signalées dans le choix, l'ac-

iNTRonucrioN 9

ception et la consti-uction des mots, la liaison et la coordination des propositions, l'harmonie et le nombi'c des phrases, peuvent fournir des préventions pour au contre l'authenticité du traite, elles ne sauraient autoi-iscr la critique à trancher le débat. La forme ne saurait être abstraite des idées qu'elle enveloppe. Aussi bien les causes les plus diverses peuvent-elles modifier te style d'un écrivain, l'époque à laquelle il écrit, les influences qu'il subit, les modèles qu'il imite, les textes qu'il consulte, le sujet qu'il traite, le publie auquel il s'adresse. Dans l'œuvre encjclopéiUque d'Aristote, qui semble s'éti-e proposé de résumer toute la science des siècles passés et d'en faire pour ainsi dire le bilan, afin d'édifier son système sur une base solide et d'ouvrir à la philosophie une ère nouvelle, comme les conquêtes d'Alexandre commençaient la transformation du monde grec, n'cstil pas inévitable et nécessaire qu'il y ait plusieurs styles, et que peut-on conclure d'infmies variations dans le choix et l'ordre des mots, le tour et le nombre des phrases?

An contraire, rien ne nous parait plus légitime que de confronter les jugements, portés dans 1' 'AOï|Vaimv Tto),[T£ia, sur les honmies rt les institutions d'Athènes, avec les doctrines, professées par Aristote, dans sa Politique. Les idées d'un écrivain, quelle que puisse être la souplesse ou la mobilité de son esprit, ne sauraient, à un intervalle de quelques années, ee transformer au point de se contredire. La théorie n'est point, d'ailleurs, ai éloignée de la pratique, que le philosophe puisse démentir l'historien. Aussi nous sommes-nous proposé, selon l'esemple donné par P. Meyer, de rapprocher la Constitalion d'Athi-nex des ouvrages systématiques d'Aristote. et plus particulièrement de la Puliiii/ue.

Mais les résultats, que nous avons pu obtenir, en suivant

lO INTRODUCTION

cette méthode, la plus rigoureuse de toutes, à la vérité, ne nous ont pas paru établis avec une certitude suffisante. Pour éprouver nos conclusions, nous avons, après avoir analysé le fond, étudié la forme, et fait intervenir les considérations grammaticales, qui ne permettraient point, à elles seules, d'affirmer ou de nier Tauthenticité du traité. Quand nous avons noté des divergences entre le récit de l'historien et les théories du philosophe, nous avons recouru à l'œuvre des polygraphes, dont les allusions et les citations peuvent nous renseigner sur la forme primitive de la Constitution d' Athènes \ ou bien, nous avons tenté de remonter jusqu'aux sources, auxquelles puisait l'auteur, discuté la véracité des témoignages qu'il invoque, défîni les règles de critique qu'il s'est imposées, relevé toutes les dérogations à ces lois. Ainsi nous avons pu reconnaître, dans son œuvre, la trace certaine de remaniements et d'interpolations, et en éliminer des développements apocryphes, introduits dans le texte par des copistes ignorants ou des éditeurs prévenus. En un mot, nous sommes resté fidèle, dans la plupart de nos recherches, à la méthode qui nous avait paru la plus rigoureuse ; mais cette préférence n'était point exclusive ; et nous nous sommes aussi, quand nous l'avons cru nécessaire, engagé dans les autres voies, qui nous étaient ouvertes. L'exemple d'Aristote lui-môme nous invitait à profiter des découvertes antérieures; à coordonner, à combiner même les résultats acquis, afin d'en tirer des vérités nouvelles; à ne rien détruire de l'édifice commencé, mais à en poursuivre l'achèvement. Aussi bien n'avionsnous pas la prétention de dire le dernier mot sur une question qui reste pendante-; il nous a suffi d'éclairer certains côtés d'un problème, dont, après de longues et patientes études, nous doutons encore que l'on puisse jamais dissiper toutes les obscurités.

l.NTRODtJCTIOM II

Nous avone commencé par rechercher quelles relations existent entre les œuvres ays ténia tiques d'Aristote et la Constitution d'Athènes; puis nons avons analysé ce dernier ouvrage, afin d'en rapprocher tontes les parties de la Politique, qui le confirment on le contredisent; ensuite, nous nous sommes demandé si les jugements portés, dans l'exposé historique, sur les hommes et les institutions, s'accordent avec les principes politiques, énoncés dans le traité didactique. Enfin nous avons extrait de la Rhétorique une théorie du style ; et nous avons établi que le vocabulaire, la syntaxe, le rythme même de 1' 'Ahi,tx\uiw icoïiTEi'a étaient conformes aux règles formulées par Aristote, et présentaient, d'ailleurs, les mêmes caractères que les critiques de l'antiquité reconnaissaient aux œuvres aujourd'hui perdues. De cette étude, enfin, nous avons pu conclure que la Constitution d'Athènes a, certes, été remaniée et interpolée ; qu'en L'état où elle nous est parvenue, elle contient des éléments apocryphes; mais que l'authenticité n'en doit pas être contestée, et qu'elle a été composée par l'auteur même de la Politique,

l'BEMIEKE l'ARTIK

DES RELATIONS QUI EXISTENT ENTRE LA « CONSTITUTION D'ATHÈNES ET L'ŒUVRE D'ARISTOTE.

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