PREMIERE PARTIE
Des relations qnl existent entre • Constitution d'Athènes n et rœnvre d'Aristot«
CHAPITRK PREmER
Dk la place QU'AmSTOIB ASSIGNE DANS SON ŒUVRE
AU Recueil des HUAITEIAl.
La Constilulioit d'Athènes el la Politique ne font pas partie du □lônie ensemble d'ouvrages. Mais il existe entre elles d'étroites relations, que le philosophe Ini-uième a pris soin de définir.
La Rhétorique, l'Ethique et la Politique forment un seul corps de doctrine d'une parfaite unil^. Duns la Rhétorique, Aristote démontre que la eonnaissancc de lu Politique est indispensable à l'orateur. Il doit, en cflet, s'instruire de la législation [vo{i,cyO£>Tiiil , parce que e'ost sur les lois que repose le salut de l'Ktat (iv fàp toîc vdjtoit Éariv r, fftuTTjpia ttjî TriXiiuî); savoir distinguer entre les divers régimes, reconnaître ce qui convient à chacun, démêler quelles causes en peuvent amener la ruine, et si ces causes sont impliquées dans son principe même ou dans ce qui lui est opposé. II doit donc demander à l'étude du passé et des autres peuples quelle est la meilleure forme de gouvern émeut, et comment les Constitutions s'adapt«nl ft des
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situations différentes. Les descriptions des voyageurs et les récits des historiens lui seront, par conséquent, fort utiles (i).
Dès le début de VEthique à Nicomaque, la Morale est, de même que la Rhétorique, subordonnée à la Politique. Tout art, toute science ((jlêôoBo;), toute action, toute détermination, a pour but quelque bien (aYaôou Ttvo; IcpteaÔat Soxet). Comme il y a un grand nombre d'actions, de sciences et d'arts, il y a aussi une infînie variété dans les objets, que Ton peut désirer d'atteindre. Mais certaines sciences sont soumises à d'autres, qui les emploient à leurs fins. Aristote appelle ces sciences archiiectoniques, parce que la fîn en est la plus importante (êv aTçào'aiç Se xà twv àpj^tTexTovtxwv teXti TuàvTwv ê^tIv alpeTwTepa twv U7t' aÙTQt). Or. telle est la Politique. C'est elle, en effet, qui décide de quelles autres notions l'on a besoin pour administrer la cité, qui sont ceux qui les doivent acquérir, et jusqu'à quel point ils doivent en être instruits. Les sciences les plus recommandables, stratégie, économie, rhétorique, en dépendent. Puis donc qu'elle est la mesure des autres connaissances pratiques, et que, de plus, elle prescrit, par des règles positives, ce que l'on doit faire et ce dont l'on doit s'abstenir, il s'ensuit que la fin en doit comprendre celle de toutes les autres sciences, et qu'elle est le bien propre de l'homme. Un individu se propose, sans doute, le même objet que tout un peuple. Il est cependant plus noble de s'occuper
du bonheur d'un peuple ou d'un Etat. Tel sera donc, dit Aristote, l'objet de ce traité^ qui est une sorte de politique ((xeiÇov ye xaî
TeXetÔTEpov xb t7|ç 7c6Xe(i)ç cpaivexai xai XaêeTv xal acoJJeiV àYaTnrjTov (i.èv yàp xai àvt (jlôvo), xàXXtov Se xal ÔetOTepov eôvet xai TcôXeaiv. *H (jlèv o5v {jiéOoSoç TOÙTCDV èçp{eTai, ttoXitixt^ tiç oûaa) (a).
Dans le dernier livre du même ouvrage, le philosophe concède que les théories, qu'il a exposées, et que les définitions
(i) Rhétorique^ I, 4* i3^> a, 3o.
(a) Ethique à Nicomaque, I, i-a, 1094, a . i et suivants (éd. F. Suaemihl).
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de la vertu, de l'amitié et du plaisir, qu'il a proposées, ne sauraient se suffire à elles-mêmes. Elles doivent recevoir leur sanction dans la réalité. La fin qne le roora liate doit s'cirorçer d'atteindre , ce n'estpas de connaître jbéaEMH?™?'!' '^^ '^? contempler le s rè gles, <^'p'!i.«lf Ifls appliipiAi- lïnpp |ff p ratfq ^ ff de la v ie. 11 ne suffit pas de savoir ce qu'^est la vertu, il faut aussi s'efforcer d'être vertueux (i). Or, l'homme est ou devient tel ou par nature, ou par habitude, ou par éducation. La disposition naturelle ne dépend pas de nous; c'est par une sorte d'influence toute divine qu'elle se rencontre chez certains hommes. D'autre part, l'éducation n'a pas prise sur tous les caractères ; il faut que l'âme, contractant des habitudes, ait été disposée à la recevoir, comme est cultivée la terre qui doit nourrir un germe (a). Les lé^slatenrs doivent, sans doute, gagner les hommes è la vertu par ta persuasion, et les y engager simplement au nom du bien, assurés que le cœur des honnêtes gens, préparé par de bonnes habitudes, entendra cette voix; mais ils doivent aussi décréter des répressions et des châtiments contre les hommes rebelles et corrompus, et même débarrasser la cité de ceux cjui sont moralement incurables (3). P ar c qnséjuent, si Ion. veut amender les hommes^ jl faut d'abor d su fiii"^ l^jgjalntpiip caic'est par les lois que rhumanJté dÊïiepL!n enieure^^
A queUe source te moraUste puisera-t-il donc la sticnce du législateur? Devra-t-il s'adresser aux hommes d'État, sous prétexte qu'elle est une partie de la Politique? Ou bien faut-il dire que la Politique ne ressemble pas aux autres sciences, dans lesquelles ce sont les mêmes personnes qui exposent et appliquent les règles? Les Sophistes se vantent de la bien cn-^cigner. Mais pas un d'eux ne la pratique. En fait, elle semble
(i) Ethique d Nlcomaque, X, g, i. ii;g, a, 33. (a) Ethique à Nieomaque, X, 9, 6, 117g, b, lo. <3) EOdqiu à Nieomaque, X, 9, 10, iiSo, a, 6. <4) Bthiqiu d Nieomaque, X, 9. aa, ii8i, b, t3.
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être une prérogative des hommes d'État, qui paraissent s'y livrer par une sorte de puissance naturelle, et la traiter par Texpérience plutôt que par la réflexion. On ne les voit jamais en écrire ou en parler, ni transmettre leur science à leurs parents ou leurs amis. 11 est probable pourtant qu'ils le feraient s'ils le pouvaient, car ils ne sauraient laisser un héritage plus utile aux Etats qu'ils gouvernent, ni trouver, pour eux-mêmes et ceux qui leur sont chers, rien de supérieur à ce talent (i). L'expérience leur est, d'ailleurs, d'une très grande utilité. Autrement, ils ne deviendraient pas plus habiles par l'habitude de ffouverner. Quand donc l'on veut s'instruire dans la science
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politique, il faut joindre la pratiQue à la théorie (toï; loteaevoi; Tceoi TToXiTtxf.ç ÊtSévai TcpoffSeïv eotîcsv eaTreipiaç) (2).
Si les Sophistes se targuent d'une vaine science, s'ils n'enseignent pas vraiment la Politique, c'est qu'ils ne savent ni ce qu'elle est, ni quel en est l'objet. S'ils s'en rendaient un compte exact, ils ne la confondraient pas avec la Rhétorique, et, surtout, ils ne la ravaleraient pas au-dessous d'elle. Ils ne croiraient pas davantage que l'on puisse faire un bon code, en recueillant les lois les plus renommées, et en faisant choix des meilleures. Les lois sont l'œuvre des hommes instruits dans la science politique. Ce n'est donc pas assez, pour devenir législateur, que de les étudier, ni même d'être en état de reconnaître quelles sont les meilleures. Les livres ne suffiraient pas à former un médecin : utiles à ceux qui ont déjà de l'expérience, ils ne servent de rien aux ignorants. Il en est de même des recueils de lois et de constitutions (twv v6[xa)v xai tûv ttoXitêiûv al ffuvaYwyai). Ils seront consultés avec profit par celui qui est déjà capable de spéculer sur ces matières, de discerner ce qui est bien et ce qui est mal, de reconnaître quels systèmes conviennent aux
(i) La même idée avait été, à plusieurs reprises, exprimée par Platon. Voir, entr'autres passages, ProtagorcLS, 819, a, et suivants. (a) Ethique à Nicomaque, X, 9, 18, 1180, b, a8.
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diverses cités. Mais si l'on compulse ces recueils sans s'ôtre mis en état de les bien comprendre, l'on ne jugera pas sainement des lois et des institutions, qui s'y trouvent réunies (i).
Ainsi la Politique est le complément et comme le couronnement nécessaire de l'Ethique. Pour devenir un bon législateur, l'expérience, et, à son défaut, l'étude des Constitutions, est insutQsante. Ce n'est pas assez que d'apprécier une loi à sa juste valeur; il faut encore déméjer pour quelles raisons elle est parfaite, ou par quels endroits elle est incomplète. Seule, la théorie nous enseignera les principes, au nom desquels nous prononcerons sur les lois promulguées par les législateurs. Mais cette théorie ne serait elle-même qu'un édifice fragile, si elle n'avait pour fondement la connaissance des faits, c'est-à-dire des Constitutions, qui ont régi les Étals. L*étade de l'histoire constitutionnelle des cités, qui suppléera k la pratique des aQaires, dont le philosophe reste éloigne, sera la préparation indispensable et comme l'introduction naturelle aux considérations de la Politique. — Tnl est le sens d'un dernier chapitre que Schlosser et Susemihl considèrent, il est vrai, comme interpolé, et dans lequel sont exprimées les mêmes idées qui viennent d'être résumées. Puisq<ie le champ de la science législative est resté inexploré, l'auteur, y est-il dit, traitera lui-même de la Politique, et ainsi il complétera sa philosophie des choses humaines (£n<uc ci; âùvajxiv y; x«|ii ta àvOpuixiïa çiXoootpiï Tclamir^j. Il citera et adoptera tout ce qu'il trouvei'a de bon dans l'œuvre de ses devanciers ; puis, d'après les Constitutions qu'il a recueillies [ix twv «uvrjTfiÉviuv TtûÀtTEiùiv), il recherchera quelles sont les causes de la conservation et de la ruine des États en général et de chaque régime en particulier. Cette étude préparatoire achevée, il dotennincra
(1) Ethique d Nteomaqae, X, 9, go, 1181, a, la.
quelle est la constitution la plus parfaite et quelles sont les lois les mieux appropriées aux diverses espèces de gouvernement (i).
Si ce passage est vraiment apocryphe, il est, du moins, Toeuvre d'un commentateur fort ancien, peut-être même d'un disciple d'Aristote, et nous ne pouvons en méconnaître Tautorité.
Ce témoignage est d'ailleurs confirmé par le philosophe luimême, qui fait allusion à un Recueil de Constitutions, Il devait donc exister, dans Técole péripatéticienne, une IIoXiTetûv duvaytoYi^, dont r 'AÔTjvaiwv TioXiTeta faisait naturellement partie, dont il est même vraisemblable qu'en raison de son importance et de l'intérêt qu'elle présentait pour les Athéniens, elle occupait la première place.
On objectera peut-être qu'Aristote ne déclare pas expressément qu'il fût l'auteur de ces Constitutions, Il est vrai. Mais VEthique est un ouvrage d'école, une XIpaYfxaTefa, c'est-à-dire un abrégé de l'enseignement du maître, spécialement rédigé pour les disciples. Si Aristote a composé de sa main les IIoXiTeTai, si ses élèves l'ont aidé dans ses recherches, est-il donc nécessaire de leur rappeler un fait, qu'aucun d'eux ne peut ignorer?
D'autre part, si ce Recueil de Constitutions^ qu'Aristote luimême considère comme nécessaire à qui prétend s'initier à la Politique, n'appartenait pas en propre à l'école péripatéticienne, s'il n'était l'œuvre du philosophe, ou s'il n'avait, du moins, été formé sous sa direction par ses élèves, nous nous étonnerions à bon droit, qu'avant d'y puiser d'aussi nombreux renseignements, il n'en discutât ni l'authenticité ni la véracité.
Nous inclinons à croire qu'Aristote, impuissant à achever lui-même cette enquête sur la législation des divers États,
(i) Ethique à Nicomoquet X, 9, aa, 1181, b, i3. (Cf. les mots 9uvY)Y[xév(ov et ffuvaycDYY)).