LA <C CONSTITUTION D ATHENES
du retour de Pisistrate à Athènes, après son premier exil, Ton a noté le mot poétique Tcapat^aretv : xal 6 (lèv Xleiai^TpaTOç 1^' apfAaroç EiaYjXauve, TtapaiêaTOuaïjç Tf[ç ^uvaixo;... (XIV, 4)» ^^^ nous savons par Athénée (XIII, p. 609, c), que cette anecdote était empruntée à Clidème, et que cet annaliste se servait précisément de la forme TcapaiêaTeïv. Certains chapitres, dans lesquels sont accumulés les faits et les dates, et où le style semble à la fois moins précis et plus concis, paraissent très fidèlement imités, sinon exactement transcrits, de l'œuvre des atthidographes. Tels sont, en particulier, le chapitre XXII, 2-8, où sont relatés les événements, qui ont immédiatement suivi la réforme de Clisthènes; et le chapitre XXVI, a-4, où est mentionnée la décision, qui admit les zeugites à l'archontat. C'est dans le premier de ces deux passages (XXII, 2) que l'expression 7)poîîvTo xaTà (puXàç est appliquée aux stratèges, bien que ces magistrats fussent désignés par la yeipoTovia. D'autres rapprochements sont encore plus probants. La plus grande partie du récit des établissements successifs de Pisistrate à Athènes est tirée des Histoires d'Hérodote. Bien que l'auteur lui oppose le témoignage de certains annalistes (Iviot) (i), il ne lui emprunte pas seulement la plupart des faits, il lui arrive, à plusieurs reprises, soit par un souci exagéré de l'exactitude, soit plutôt par négligence, de conserver la forme même de son modèle. Le rapprochement des deux textes montrera combien peu il se préoccupait de dissimuler ses emprunts :
Hérodote 1, 69 et suivants.
...yevéffôai ol [/.STà Tauxa tov Ilei- (jtffTpaTOv TOuTOv, ôç ffTaffiaÇovTwv ffûv TcapàXtov xal tûv ex tou ire- 8 (ou 'AÔTjvaioiv, xal twv {/.ev Tcpoe- TTEWTO; MeyaxXeo; tou *AXx-
Const. d'Ath, :
XIII, 3 : çpatvovTai yàp àel ara- (TiàÇovTe; Tuepl TauTïj; ttj; àp^^Tj;...
XIII, 4 : ... *H<rav Se al aTa^eiç Tpeïç, [lia |i.èv tùjv TuapaXicov, <î>v TcpoeiŒTiqxet MeyaxXTj; b 'AXx-
(i) Const. d'Ath., XIV, 4-
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Auxoùpyou 'Apm-oXatSciu, xara-
<f^¥T,ffaî T'JjV tupawiBa ^T«ipe Tp£- T7JV «Tiîsiv, vuX^é^aï Se (rrasKuTaf
Xa\ Tlô lÔ^l^ Tniv ÛTTIplKpflUV KpO-
nà; [t')i;(avaTai TotaSe. Tp(u[jiaTiaaï tuuTÔv TE xil jjixtdvouï -îiXave t; TYjv àfOpV TÔ ÇeÛyoî i; éxTTEçeuvwî Toù( È/9poùt oï [iiv éiaùvovTa è; iypo> ■JjflÉXTjffstv ixoXéflai StiOm, tiigti TE TOÛ Sv)[j:ou <puXaxf,t Tivot Trpo« xuTOÙ xupTiaiiL, TcpoTipciv tuSoxt^'^oaf îv T?| irpiç MeyapÉaç yivo|XeV|ri orpattjî'YI
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yoC TptTï| S' ï] Twï Biaxp(ii>v, i(p' Ti TitaTjtivo! -^v Iltisi'ffTpaToç, St||*otixiût«to( eîvai Soxwv...
XIV, i : Kat«Tpo;u[L2T(o«!
ti»v ÎTiaov, lôî
Où)t, ^uXaxvjv ÉauTcù SoCvxi tqÙ
XIV, 1 : .... 5T,(JlOTLX<iT2TOÎ
S' elvai Soxûv b OtioiiTsaTOî xal af dSp' eûSoxip.i'jxù); îv tù npoc Mt^aptat itoXÉ|jL(o . . .
XIV, 1 : AaSwv Se toÙi iio:u- VTjSÔiouî xo[Xou|iÉvouç, è:;aviiTàç
[XETà TOÛTIUV Tlû S:^(JUO XaTET^E TTjV
XIV, 3 : Oûito) Et TT|; àf/.Tit ippiÇiajjitvrjç 6[x,oçpO¥-f, aivTEî ol TUEfl Tov MEfaxXÉa xal tôv Auxoûsvov (USaXov a^tiv...
LA « CONSTITUTION d'aTHÈNES Y
jCT|puxeu»â|j:Eyoç itpd; tbv Ilewfff- Tp«tov i<f' «> Tt fîiv 9t>YaTfp«
XIV, 4 : npoBiaonefpaî yàp Xdvov (ôî TÎ|( 'Afliiniî xataYiiu'niî IltiofoTpaTOV, Y^^sît" \i.sfi'k-riv x«l xaXV èÇiupàiv, (oç fiil> 'HpdSoTÔî ^T|ffiv, tx TOÙ Siiiioo Tùiv naïavituv, . . . Ti^v &«bv àiro|i,i[LX'r)sa|Livo(
x«lb [ttv n«iiTiaTpaTOç Èç' oipjia- TOî ïia^^Xauve irapaiëotTttûtrfiî fîiî Yuvaixoç, ol S Èv Tel auTEi Trpouxu-
MtyotxXtTiî ÎTtexijpuKeiicto ne[ffifftp«t4>, st poûlotTrf ol Tï|V euyiTipa ï;(Eiv Y"vaîxa i:tl t?,
'Ev Ss Tiù S-ii[i,ui Tùi niiav(ei . , , ■^v Y"*''! Tîi oûvo|j.a 'îiv ^ûi),
(jLÉYafiO! iiti T£(reÉp<ov Ttïixtiuv anoXciTcouira Tp«(( SiixtùXoi>; xcil âXXuiï tùsiSr^î. TaÛTTiv tT|V Yuvaîxct axiuzaavTtt TtavonXiTi i( âp<jL« iaèiëioavTSî xstl TrpoBéÇotvTEî aj^vi[ia oKv Tt ëfisXXe eÙTipEméçraTov çavÉEii-
5tpo8pd(i.ouç x-^puxoiî 7rp0Jtt|X-
ll'BVTEt, OÏ Ta éVTETaijJlÉvOt ''JY^
peoov àit[xd[<,ivoi i( TÔ âoTu, Xéyov- Tï! ToUSe- i 'A9-riva7o[, BÉxto9e «YaSSi vôu) rteiafarpaTov, tov aÙTi) ■!!
'ASi^vaiTi. , , xtETXYïi ■ > ■ AÙTixa Se Éï TE Tou; Si^[xaut ipzTi; aTcixcTO i( 'AOïiWn rieiainTpaTOv xataY^'»
xal ol iv Tû SaTEt -nEiOdfi.Evoi t'^v Y'>vaîxa eTvsi aÙT'riv T'r)V Oebv npooEÙyovT(i TE T^jv avBpcoTtov xai èBéxovxû IIïifffaTpaTov , . .
De inënie, an chapitre XIV, 4 ^^ 1' ' A9Tivai'(ov itoXiTtta, l'on a noté, dans le membre de phrase {] 5è TÏMx npoÉ^tptv tdii toT; AaxE Bai (1.0V foi ç /pT|irr-npia!;o(iÉvoiç. . . , les deux verbes itpoçÉptiv et ^(p-rjTr-ripiâU'rOai, qui n'appartiennent pas à la lan^e attique. Il eût aufli, pour en justifier l'emploi, de remarquer : i°) que ce passage est tiré d'Hérodote (V, 63) : Ouroi o! âvBpEî êv i«X(poi<ii xaTi^uEvoi àvÉïtEi^Ov T-r)v nu(l(V|v ;(pi^(jui9t , Sxtuf npofÉpïiv aipi Tà(
RISTOTE 199
'AÔiîvaî fÀEuOtpovv ; 2°) que le mot j^pTiffTïipfaÇdrûai se lit chei le même écrivain, an livre VIII, i34.
Cette comparaison des textes d'Hérodote et d'Aristotc est intéressante. Elle prouve que l'auteur de la Constitution d'Athènes ne se faisait aucun scrupule d'emprunter aux historiens et aux annalistes, non seolemeot le fond, mais la forme même de son récit. Elle nous avertit, par conséquent, que nous devons être très prudents dans nos recherches, touchant le vocabulaire et même la syntaxe de l'écrivain, et que nous courons le risque de lui attribuer des mots et des tournures, simplement transcrits des textes, qu'il consultait.
Cest ainsi que dans les chapitres, qni viennent d'être rapprochés du texte d'Hérodote, et dans la rédaction desquels nous savons que l'auteur avait consulté, peut-être même cité l'œuvre des annalistes, l'on a relevé comme insolites les expressions
Cïjteîv TTiv ôXiYŒpx'" (XIII, 4)f ol «vTtfftasiÛTo» (XIV, 1), b|xo!ppov:^savTe( (XIV, 3), Tt)V Sebv àicopupuiaâiMvof (XIV. 4)t TcpoSiafficei'pac Xdyov (XIV, 4)-
Or, on lit, dans la Poétique (i4, i453, h, 11) : Où Yàs itîoav Seî Ct,teÎ> -fjSovTiV iitb tpaYcuSîat kXkà. x-J]y oixei'iv, où le verbe Ïïiteîv est employé dans une acception toute voisine ; et, dans le Panégyrique d'Isocrate (gS), ïtiteiv aioT»|pi'av. — 'AvT«rr«(ruÔTT,( appartient au vocabulaire d'Hérodote (I, 9a) et de Xénophon (ffélléniques, VII, 1). — 'AT(0|xia«îa9at est justifié par des exemples de Platon (Cratyle, 4^7. *) et de Xénophon {Mémorables. III, 10, 3). — 'OjjioçpoviîiTivteî, qui se renconti-e, d'ailleurs, chez Hérodote (VII, 339), est vraisemblablement form<< d'après la périphrase de ce même écrivain : tiÙuto (fpviîaavTn,
Aussi bien Aristote a-t-il peut-être tiré ces expressions de
aOO LA « CONSTITUTION d'ATHÈNES »
l'œuvre des atthidographes, de ces evioi, au moyen desquels il complétait ou contrôlait le témoignage d'Hérodote. Ne peut-on pas admettre qu'il a rencontré chez l'un d'eux le mot TcpoBiaa- Tuefpa;, dont, en eflTet, aucun autre exemple ne nous est parvenu? IlapaiêaTeTv ne nous étonnerait pas moins, si Athénée ne nous en avait indiqué l'origine. Il est vraisemblable que £7ttBtav£[i.eiv, qui se trouve dans le court exposé de la réforme monétaire de Solon (X, 2) provenait également d'une source qui nous est inconnue.
Dans son récit du meurtre d'Hippias par Harmodios et Aristogiton, Aristote a consulté Thucydide, qu'il contredit, d'ailleurs, sans le nommer. Il y a, dans V Histoire de Thucydide, deux récits de la conjuration. La longue digression du VI* livre (54-59) contient plusieurs erreurs, que Thucydide a corrigées luimême, dans un morceau du I©' livre (ao), qui fut évidemment écrit après la fin de la guerre et qui appartient à la dernière rédaction de l'ouvrage. La Constitution d'Athènes s'accorde avec cette dernière narration, qu'elle complète et fait comprendre. Au VJe livre, Thucydide avait raconté que les conjurés s'étaient proposé de tuer Hippias, pendant qu'il ordonnait, au Céramique, la procession des Panathénées; que, se croyant trahis, ils rentrèrent dans la ville, pour tirer au moins vengeance d'Hipparque, celui des tyrans qui les avait offensés. Au 1er livre, il dit que la procession était dirigée par Hipparque, dans l'intérieur de la cité,- près du Léokorion. Persuadés que leur secret était découvert, les conjurés se jetèrent sur lui, afin d'agir avant d'être arrêtés. Or, telle sera la version d' Aristote, qui nous expliquera pourquoi son prédécesseur, corrigeant les erreurs de son premier récit, motivait ainsi la conduite d' Harmodios et d'Aristogiton. C'est qu'Harmodios, dont Aristogiton avait embrassé la cause, avait été outragé, non par Hipparque, mais par le troisième fils de Pisistrate, Thettalos.
Quelque contradictoires que soient, d'ailleurs, ces témoi-
RT L ŒUVRB D ABI8TOTB
gnages, et quelques modiScatioDS que dût leur faire subir Aristote, il n'en a pas moins retenu, comme il avait fait, en consultant Hérodote, un grand nombre d'expressions, 11 gutrii-a pour s'en rendre compte de confronter les trois textes :
Thucydide :
Ariatotc ;
VI, 54, 2 : n.coTpiTou Tip
XVIIl, 1 iMiïctv Zï x.^p.o, [l-EV
TTlpaioÛ teXeutt^ooiïtoî ïv t-?, tu^œv-
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Sii ïàt îjXixfi! "iTiîcapyOî xal 'iTCTr-aî.
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Tfi ^li«l ItoXlTIXÔt Xli ÉflffCJV inE-