CHAPITRE PREMIER Les sources de l' 'A0HN.\1UN HOAITEIA
Poui- définir avec précision le style d'un écrivain, il convient tout d'abord de distinguer entre les parties authentiques de son œuvre et les interpolations. Celte précaution n'est pas superflue, quand il s'agit d'une «euvre comme la Constitution d'Athènes. Nous avons, en cfTel, démontre qne le chapitre IV, dans lequel est exposée la prétendue réforme législative de Dracon, avait été introduit dans le texte par l'un des premiers éditeurs de l'ouvrage, à une époque qu'il est d'ailleurs impossible de déterminer. Nous ne devrons, par conséquent, en tenir aucun compte. Celte interpolation, à son tour, a elé la cause de remaniements plus ou moins considérables. Tous les chapitres ainsi retouchés devront également ëti'e tenus pour suspects. Il en sera ainsi des paragraphes 3 et 4 <^u chapitre XXV, qui attribuent à Tbémistocle uu rôle actif dans l'abaissement de l'Arcopage, et qui, suivant l'opinion exprimée par M. Th. Reinach, et à laquelle nous nous sommes rangé, ont été indûment insérés dans le texte, et doivent eu être éliminés.
L'on ne saurait donc alléguer contre l'authenticité de V 'Aôtjvatwv TToXiTÊia l'emploi d'expressions telles que : ôxav eSpa pouXTfjç y^ IxxXïjfffa; f^, qui se lit dans l'exposé de la Constitution attribuée à Dracon (IV, 3), et qui se retrouve précisément dans le texte du projet de Constitution, rédigé par les Cent commissaires, sous le régime oligarchique des Quatre cents : ràç S' eSpaç TToteïv T7|; pouXf,ç... (XXX, 4)- ^^ même, le mot [iovovitwv, compris dans le chapitre relatif à l'abaissement de l'Aréopage par Éphialte et Thémistocle (XXV, 4)» ^^ saurait être attribué à l'auteur. Peut-être en est-il ainsi du verbe <juveve[jLr|eY|<Tav, qui se lit dans la première partie du chapitre de résumé (XLI, 2), celle qui a vraisemblablement été remaniée par l'auteur de l'interpolation relative à Dracon. Ce mot appartient-il à l'historien? Nous ne saurions en décider. Quoiqu'il en soit, c'est un terme rare, bien que nous le trouvions, dans V Histoire des animaux (VI, 18).
Ce n'est pas tout, et notre champ d'études doit être resserré entre des limites plus étroites. L'exposé historique des révolutions constitutionnelles d'Athènes contient les citations de plusieurs textes ou projets de lois. Ainsi, au chapitre XXIX, 2-4, l'auteur rapporte textuellement le décret de Pythodoros et l'amendement de Clitophon. Il cite également les décisions prises par les Trente commissaires (XXIX, 4) et la Constitution qu'ils élaborèrent (XXIX, 5). Dans les chapitres suivants sont transcrits le projet de Constitution, rédigé par les Cent commissaires (XXX, 2-6) et la Constitution provisoire, qui devait être immédiatement mise en vigueur (XXXI, i-3). Au chapitre XXXIX, nous trouvons relatés les termes mêmes de la Convention, conclue sous l'archontat d'Euclide, entre les partisans des Trente et les démocrates (XXXIX, 1-6). Ces textes n'appartiennent pas à l'auteur ; ce sont des documents ajoutés à son œuvre, pour en corroborer le témoignage. Ils ne sauraient donc être compris dans le champ de nos recherches, et, par conséquent, nous ne
ET L'CEt'VRË d'arISTOTE IQS
saurions imputer à l'auteur des mots comme Tc^gTav«l^T|TELv, ïJiEUTxalsN et ittelctxXtiTO!, qni se lisent, le premier dans l'amendement de Clitophon (XXIX, 3), lea deux autres, dans le texte du projet de Constitution, rédig<^ par les Cent commissaires (XXX, 4). Ue même encore, l'expression ti vùv thtv, comprise dans le texte de la Constitution provisoire, élaborée par les Cent commissaires <XVXI, a), lui est étrangère. Au cours do récit, se rencontrent aussi de courtes citations, dont plusieurs contiennent des mots considérés comme insolites. Ces termes ne font pas partie du vocabulaire de l'bistorien. Ainsi, au chapitre XXXV, a, le participe \Lxw7it est employé dans un texte de loi, transcrit par l'auteur. Au chapitre LIV, G, le mot ixO'JfiaTa est pris dans le sens de sacrifice. Or, objectet-on (ij, il ne se rencontre que chez Hippocratc, où 11 désigne une éruption cutanée. Mais il suffit de lire la phrase de notre ouvrage : )iXr,poi Si >t«l U;>&Tr'>i(.vî Sékol t&'jî ÉjtI ri ix'lùy.a-ziz xaÀou- (iévQuî, pour reconnaître qu'elle est la citation exacte du titre officiel des itpoTiDioL. Mâme observation doit être faite au sujet du mot cpuXgxpivtîv, qui se lit dans la citation d'un dicton : SOev èIé^Ot, xoti To (AT, ^uXojtfi[>Eîv (XXI, 3). Dc même encore, le mot fjÀo?aTiX£fî, (VIII, 3), qui, d'ailleurs, se reti-ouve dans Poilus, est assurément le terme consacré pour désigner les rois des li'ibus.
Peut-être notre terrain n' est-il pas encore suffisamment déblayé. Si l'on rapproche la CortslituUon d'Athènes des sources auxquelles l'historien a puisé ses ■■enseignements, l'on reconnaît qu'il en a toujours suivi le texte de très près; que, pai'fois, il en a même transcrit expressément les termes. Certains mots rares se rencontrent ainsi dans son ouvrage, qui appartiennent en propre aux historiens ses prédécesseui-s, et qui ne sauraient, par conséquent, lui être attribués. Par exemple, dans le récit
(i) Voir J.-B. Major : Vn AratoUUan wurdt and phratea eonlained in Uie '.Vlï.vïiipiv T:oÀ!T!iï (ClassiVallefûif, iHyi, |>- laa).