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CHAPITRE TROISIEME La constitution D'ATHÈNES est-ellb antérieure

ou POSTÉRIEURE A LA POLITIQUE ?

Aristote démontrait, à la fin de V Ethique à Nicomaque (i), que la lecture des Constitutions est la préparation nécessaire à l'étude de la Politique, S'il est vraiment l'auteur de la IloXiTeiîSv ffuvaYtoyiQ et, en particulier, de Y 'AOïjvafcov TroXitefa, à laquelle nous prouverons que se réfèrent, en maint endroit, les IIoXiTtxà, l'exposé historique doit avoir été rédigé açani le traité philosophique. Or, il ne paraît pas qu*il en soit ainsi, à en juger du moins par les indications chronologiques, que contient la Constitution d'Athènes.

Nous n'avons pas à discuter ici de la date qu'il convient d'assigner à la Politique. Nous adoptons, sur ce sujet, les conclusions de V. Rose (2), établies avec une vraisemblance suffisante. Si donc les inductions de ce critique ne sont point engouées, c'est vers 34o qu'Aristote aurait commencé à rédiger ses XIpayiJLaTeïai et à exposer son système de philosophie, longuement élaboré durant les années précédentes. Ses premières œuvres auraient été les Topiques, les Analytiques et la Rhétorique, composées vers 338. Elles auraient été suivies de V Ethique, postérieure à la mort de Speusippe et, par conséquent, à l'année 337. Enfin la Politique, qui en est la suite naturelle, aurait été écrite vers 334, c'est-à-dire peu de temps après le retour d' Aristote à Athènes et l'ouverture du Lycée.

(I) Ethique à Nicomaque, X, 9, ao, ii8x, a, m.

(a) De AristoteUs U^rçrum ordine et auctoritate (Berolini. i854).

LA « CONSTITUTION d' ATHÈNES, » ETC. aj

La Conatitation d'Athènes est-elle ou R'est-elle pas aatérieure à t'amiée 334. ** ^ quelle époque de la vie d'Aristote la rédaction de cet ouvrage doit-elle être rapportée? La question a été souvent débattue, et nous ne pensons pas qu'elle ait encore été tranchée. Deux hypothèses mé^iteIlt surtout d'être prises en considération : ce sont celles qui ont été présentées par M. P. Foucart et M. H. Weil.

M. P. Foucart, dans une communication faite à rAcadémie des InscriptioDs et Belles-Lettres, au mois de février 1893, et, depuis, dans un récent article de la Revue de Philologie (1), soutient que 1' 'AeTivaiiov TtoXiTsia parut entre les années 334 et 33a. Son ai^umentation est tout entière fondée sur le texte mutilé du chapitre LIV, 6 :

KX^ipot SI xal (TÉpouï Sîxa toÙ; xar' ivioniTov xaXou[i.£VQui;, ai âuai'a; Tt Tivoiï SÛ0U9I [xsl T]àï xEvrtfriptSaï àitoùrzï Stoixoùotv tiXt^v nava(iT|vai'iuv «[loi Se] itïVTEfrjpiBiç |ji(a [pi'tv ei]ç Af|Xov (Érri Se xal ÊjtT£TT|[;îç ivraufla), Stur^pa Se BpaupiBvia, Tpfnf] [Se 'HpâxXeiJo! , TETiçTT] Se 'E!XEu[ff£via, 7[é{ii.irTT|] t\ IlavaSi^vata , xal toOtcuv oùSE|Jiia Èv tiû oiÙtiû iK[i«UT<5] YiYVt[T«i] ... Se . . . xdTat . , , * A I . . . ItA Ktiçio-oç ùivtoî «PZo*TOî (a).

1°) La mention de l'archonte Géphisophon (339/8) ne prouve pas que l'ouvrage soit postérieur à 3a8. A l'époqut; où le chapitre fut rédigé, il n'y avait, en Attique, que cinq fêtes quinquennales : l'historien en donne la liste. Or une sixième ««irtïTilpi'î, les 'Afiipiîpaiia , figure dans un décret de Tarchontat de Nicétés (ol. lia, t =s 33a/i). Le Conseil et le Peuple décer-

(i) ArUtole. Con$lUation d'Athène». Note» «nr (a tecontU partie (Janvier 1895).

<a) m Le peuple lire également au sort dii anlrea aae ri 11 en leurs, qu'on appelle les sacrificateurs de l'année, et qui of^nl certains sacrillces et président k toutes les fête a quinquennales, les Panalhénéts excL'pléL's. Ces f£tes quinquennalea sont : la première, celle de Délos (lii il y a uussi une Kte septennale); la deuxième, celle de Brauron ; la Iroislème, ri-lle (méraldès ; la quatrième, les Eleuiiuies ; la cinquième, 1rs l'analhènées. L'on n'en célèbre Jamais pins d'une dans la même année, mais. . . sous l'arehoatat de Cépbisophon ».

a8 LA « CONSTITUTION d' ATHÈNES »

nent une couronne d'or à Phanodémos, auteur d'une loi qui créait les ressources nécessaires à la célébration de la fête (i). Elle existait déjà lorsqu'Oropos appartenait à la Béotie, mais c'était la ville ou le temple qui en faisait les frais. Par le décret de Saa, les Athéniens les prennent à leur charge. Les *A(jL(piàpaia deviennent ainsi une TcevTSTVjpiç athénienne. Elles

furent célébrées, pour la première fois, la quatrième année de la môme olympiade, sous l'archontat de Céphisophon (329/8). Un décret, daté du trente-troisième jour de la troisième prytanie, accorde une couronne d'or de mille drachmes aux dix commissaires, élus pour prendre soin de la procession, des jeux et de la panégyrie tout entière (2). Si le chapitre LIV, 6, de r 'AÔTjvaiwv TcoXiTsta avait été écrit après l'institution des *A(jL(piapaia, l'auteur n'aurait pu passer sous silence la nouvelle fête quinquennale, à laquelle la cité attachait tant d'importance. Il semble donc que l'ouvrage ait été rédigé avant 332.

20) Au chapitre LVI, i, il est dit que le Conseil, suivant le vote du Peuple, fait construire des galères à trois ou quatre rangs de rames (3). Le plus ancien inventaire de la marine où se trouvent des T£Tp/,p£tç est de l'année 330/29 (4). Mais les dix-huit galères de cette catégorie ont pu être construites dans les années précédentes 334/33o, dont nous n'avons pas les inventaires. Celui de 334 ne contenant aucune mention de T£TpY,p£i<;, on peut en conclure que la Constitution d* Athènes est postérieure à cette date.

3°) Le membre de phrase où est nommé l'archonte Céphi-sophon est une addition, faite après la publication du livre. En 329, l'énumération des pentétérides n'était plus exacte ; un

(I) C. 1. G. S. no 4a53.

(a) C. I. G. S. no 4a54.

(3) EiutfxsXeÏTai Bk xal twv 7r£7ro(Y](JL£va)v Tpii^ptov xal tôv ffxeuwv xal twv vficoffotxwv, xai TTOifiTTai xaivà; Tpiv^pEtç y^ TETpi^pEiç. . .

■ LCEUVHK DAHISTOTE

k-cU'uv aura ciiiniileté la liste, t'n ajoutant sui' son niaiiiiscril le nom lU- la nouvelle f^te (r).

Si CCS inductions étaient fondées et si la Constilulton d'Athènes datait de 334-33a, elle serait ])lus récente (jue la PoUlique. Telle est bien l'opinion de M. H. Weil (3). qui croit le traité postérieur môme il l'arehontat de Cé|iliiso]ilion.

jo) On peut inférer une autre date de ce qui est dit au sujet des galères sacrées ; « On élit aussi à main levée un intendant pour la galère paralienue et un autre pour celle d'Animon u (3). Dans ce passage, la première galère porte son ancien nom de Pai-aloa ; la seconde n'y est plus désignée par celui de Salaminia, mais pai- celui d'Aminon. KUe fut ainsi appelée (larce qu'elle portait les oITi-andes annuelles au temple de Zeus Amnion, par une flatterie à l'adresse d'Alexandi'C, qui se vantait d'être le iils de ce dieu. Or. les Athéniens ne se eésignèrcnt qu'en 334 ^ déférer les honneurs «tivins au roi de Macédoine. Nous atteignons ainsi aux dernières anuoes de la vie d'.Aj-istote, qui devait mourir en 3aa.

a°) L'on peut arriver à une détermination plus précise encore. Au chapitre XLI, lorsque l'auteur, ré.sumant la première partie de son traité, énunière les diverses constitutions qui ont régi Athènes, il déclare que la dernièi-e est celle qui suivit le renversement des Trente, et que les institutions démocratiques, dont il va expliquer le mécanisme, subsistent encore au moment oii il écrit. Le passage est intéressant et mérite d'être cité en entier ; « La onzième révolution est celle qui suivit le retour des émigrés de Phylé et du Pirée. et qui a établi le régime aujourd'hui en vigueur, et sous letiuel le peuple n'a cessé

(i) U. P. Foucart propose dooc de combler oinsi la lacnne [Ï'ty,J Se (itpos] x(nx\ ['AfiJçfiipaiJaL Èm Kt;-,ii70ç«ivtoî àf/svTcç. Mais il reconnaît que l'édilfur Kenyon, consulté sur celte rcrslitutîon. ne iToil pas qu'elle s ' a ce o m mode aux traits, qui apparaissent sur le papyrus,

(1) Journal iUm Savanû (Cahier d'Avril 1891).

(3) Conat. d'Ath,, LXI, 7.

3o LA « CONSTITUTION D* ATHÈNES »

d'accroître son pouvoir. Il s'est, en eflfet, rendu maître de tout; il gouverne tout par ses décrets et les tribunaux, dans lesquels il règne souverainement. (Test à lui qu'ont passé les anciennes attributions judiciaires du Conseil. Et il semble que ce soit justice, car il est plus aisé de corrompre un petit nombre qu'une grande quantité d'hommes par l'argent et les faveurs » (i). Or, après la fin de la guerre lamiaque, Antipater abolit la démocratie et fit dépendre Texercice des droits politiques d*un cens assez élevé pour exclure douze mille citoyens de la cité. Cette réforme fut faite en San, l'année même où mourut Aristote. Un an auparavant, après la mort d'Alexandre, en 3a3, Athènes avait repris courage, espéré reconquérir sa liberté et rendue à la galère d'Ammon son ancien nom de Salaminia. Cette velléité d'indépendance, attestée par des monuments épigraphiques, est donc postérieure à la rédaction de la Constitution d'Athènes. 11 semble, par conséquent, que cet ouvrage ait été composé la première année de la cent quatorzième olympiade, c'est-à-dire en 334/3. Si cette date est exacte, r 'AÔ7)vaia>v noXiTcia aurait été écrite juste dix ans iq}rès la Politique, et un an avant la mort d' Aristote.

Les deux hypothèses développées par M. Foucart et M. Weil vont donc à l' encontre du témoignage d' Aristote lui-même, à la fin de VEthique à Nicomaque. Il y a là une contradiction, qu'il importe de résoudre.

Les deux parties, dont se compose la Constitution d'Athènes présentent un caractère tout différent. La première est le récit des révolutions constitutionnelles ; la seconde, Texposé des institutions et des magistratures de la cité. L'on pourrait donc être tenté de croire qu'elles ne sont pas contemporaines, mais ont été rédigées à des époques différentes de la vie du philosophe.

(i) Conat. (TAth,, XU, a.

ET l'œuvrb d'ahistotb 3i

Et, de fait, Ton y peut relever certaines disparates, d'ailleurs plus apparentes que réelles. Au chapitre XLI, dans lequel est résumée loute l'histoire constitutionnelle de la cité, l'auteur, énumérant les constitutions, qui l'ont tour à tour r^f^ie, désigne le gouvernement des Trente par le mot de tyrannie :. .. « en dixième lieu, la tyrannie des Trente et des Dis » {r, tùiv Tf[ixoYTa xcrt ■>) twi Béxa TÛpœvvi!) (i). Or, au chapitre LUI, il l'appelle une oligarchie. Parlant des Quarante, il dit, en effet : « On tire aussi au sort, à raison de quatre par tribu, les Quarante, à qui ressortissent les antres affaires civiles. Primitivement, ces magistrats étaient au nombre de trente, et allaient de dème en dème pour rendre la justice ; mais après l'oligarchie des Trente (|*(tb Se tV kicl tûv Tpiâxovm oXiT!ip;(iavj , ils furent portés à quarante n (3). C'est, d'ailleurs, comme une oligarchie, que le régime des Trente est considéré dans la Politique. Aristote, exposant les causes des révolutions, qu'implique la forme même de ïoligarckie, cite l'exemple des Trente. Les oligarchies, dit-il, sont aussi détruites (xivoùvrat S'al ôliyas/iai...! par la turbulence des oligarques, qui se font démagogues. Le démagogue peut, en effet, se rencontrer parmi les oligarques eux-mêmes, quelque peu nombreux qu'ils soient; ainsi, à Athènes, Chariclés fut bien un démagogue parmi les Trente ; et, parmi les Quatre Cents, Phrynikos joua le même rAle (3). En ce point, la seconde partie de la Constitution d'Athènes diffère donc de la première, et s'accorde seule avec la Politique.

Il y là une contradiction, mais seulement entre les mots, non entre les idées. L'auteur peut appeler le gouvernement des Trente, ici, une oligarchie, et là une tyrannie; ces deux dénuminations sont légitimes, suivant qu'il considère le régime, qui fut one oligarchie, ou qu'il juge les hommes, qui fm'ent des tyrans.

(1) Contt, iFAlh., XU, a. <9) Conat. tTAth., LUI, I.

<3) PolUtqat, VIll, 5, j, i3(â. b, aa.

33 LA a CONSTITUTION D ATHENES »

Le point de vue auquel il se plaçait est changé; ce n'est pas à dire que son opinion se soit modifiée. Cette interprétation est, d'ailleurs, justifiée par Aristote lui-même, dans sa Politique, Distinguant les diverses espèces d'oligarchie, il cite celle dans laquelle la souveraineté des magistrats est substituée au règne de la loi (ÔTav... ap^'V) \yT\ o vo|jlo;, àXX^ ol àpj^ovTeç), et il ajoute que cette forme est aux oligarchies ce que la tyrannie est aux démocraties (Kaî edriv àvTi(TTpo(poç auTiq èv Taîç oXi^ap^^iaiç wdTiep t) Tupavviç 6v Tatç p.ovapytaiç xal Trepî y\ç TeXeuxataç eÏTroiiev 5Y)p.oxpaTiaç èv TaTç 8Y)(jLoxpaTtaiç) . C'est le gouvernement de la force (xal xaXoudt St) t7)v ToiauTTjv ôXiyapx^*^ Suvadreiav) (i). La contradiction n'est donc qu'apparente, et il n'y a rien là qui puisse nous induire à croire que les deux parties de l'ouvrage n'ont pas été écrites dans le même temps.

Il serait, au contraire, aisé de démontrer qu'il y a entre elles d'étroites relations. En plusieurs endroits, l'exposé des institutions démocratiques se réfère au récit des révolutions politiques d'Athènes. Ainsi, au chapitre XLVII, en parlant des dix trésoriers d'Athéna, l'auteur nous apprend qu'ils étaient désignés par lei sort, à raison d'un par tribu, parmi les pentacosiomédimnes ; et il ajoute : « Ainsi le veut la loi de Solon, qui est encore en vigueur » (2). En effet, au chapitre VII, 3, il est dit que Solon divisa les citoyens en quatre classes censitaires, pentacosiomédimnes, cavaliers, zeugites et thètes; et que les magistratures , à savoir les charges des neuf archontes , des trésoriers^ des polètes, des onze et des colacrètes, étaient attribuées aux trois premières classes, selon les degrés du cens. Au chapitre LV, lorsque l'historien commence à traiter des archontes, il fait observer qu'il a raconté plus haut comment ces magistrats ont été institués à l'origine. Or, ce récit est la

(i) Politique, VI, 5, i, laga, b, 7.

(a) Const d'Ath., XLVII, i.

; L ŒUVRE DAHIStOTB

matière du chapitre III. A la Sa da mênie chapitre (i), décrivant l'installation des archontes, il dit qu'ils montent sur la pierre consacrée, et jurent de remplir leurs fonctions en toute justice et selon les lois, de ne pas accepter de présents en raison de leurs fonctions, et d'olTrir, s'ils venaient à en recevoir, une statue d'or massif. Il est remarquable que cette formule de serment avait déjà été mentionnée au chapitre VII, i. Lorsque Solon eut promulgué sa constitution, les neuf archontes prêtèrent serment sur la pierre et s'engagèrent à offrir une statue d'or, dans le cas oii ils violeraient la loi (a). Sans doute, aucune conclusion ne pent être tirée de ces rapprochements ; ils autorisent, du moins, cette présomption, que le même auteur a rédigé les deux parties de l'ouvrage, et cela, à des époques si voisines qu'en composant la seconde, il avait présents à l'esprit les moindres détails de la première.

D'ailleurs, quand on ht la seconde partie, celle qui contient précisément les indications chronologiques, qui ont permis à' M, Weil de reculer la date de l'ouvrage jusqu'à l'année 3a4/3, l'on est tout naturellement porté à croire que c'est elle surtout qui a serW à la préparation de la Politique ; qu'Aristote y puisait les faits sur lesquels il appuyait son système et les exemples dont il illustrait ses théories. Dans la Constitution d'Athènes, l'historien, définissant la compétence judiciaire de l'arehonte-roi, indique en ces termes les accusations de meurtre,

(0 Contl. d-Ath-, LV, 5.

(a) 11 peut £tre iatéressanl d

VU, 1. OiE'Èvv

T«Ç ItpOÇ TCÛ i(9lU X

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€(T>71V TUW VlS^LUlV, OÛTUlî àtlVÛO-JS!.

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LV, 5. ioxiamOÉvTEç Se toùtov

if ui Ta TD|jLi ' iarlv, kf ou xal si àictiTT|T3i) ajjukravTEf aTTOgctLvovTai tî; Sixiretï xal o\ (iiXpTupE; i^6y.v\i-na» Ta; u:,0[pTufi'aç, àvdëcîwttt B' Êtt! toùtm Q|j.vûouiriv, Sixii'u); âp^tiv xal xarà TOut vd^ou;, xsl Sùpa ]jiTj Xi^'JiEoElai ■tvjç àfX% ïvtt*. xiï Tt XiGiooi àvSpfoVTa àvaOï^ativ /pu^oùv.

qai lui ressortissent : « On distingue raccusation de meurtre et raccusation de blessure. L'accusation de meurtre ou de blessure préméditée est portée par écrit devant l'Aréopage, de même que l'accusation d'empoisonnement, si le poison a donné la mort, et l'accusation d'incendie. Cte sont les seuls crimes dont connaisse ce Sénat. Les causes de meurtre involontaire, d'intention, de meurtre d'un esclave, d'un métèque ou d'un étranger, sont jugés en avant du Palladiou. Si l'accusé avoue l'homicide, mais soutient qu'il l'a commis avec l'excuse légale, par exemple après avoir surpris sa victime en flagrant délit d'adultère, ou par mégarde à la guerre ou dans les jeux, il est jugé en avant du Delphinion » (i). Or, l'on retrouve le souvenir de ces distinctions dans la Politique, lorsqu'Aristote détermine quelles sont les diverses espèces de tribunaux. Les tribunaux qui connaissent de l'homicide peuvent, dit-il, être de plusieurs espèces, suivant qu'il s'agit d'un meurtre prémédité ou involontaire, « suis^ant que le crime est avoué ou qu'il jy a doute sur le droit du prévenu » (2).

Un autre exemple paraîtra plus décisif encore. Dans la Politique, Aristote établit qu'il y a, dans chaque forme de gouvernement, trois pouvoirs, le législatif, l'exécutif et le judiciaire. Les Etats ne peuvent différer réellement que par l'organisation de ces trois éléments. Le premier est l'assemblée générale délibérant sur les affaires publiques ; le second, c'est le corps des magistrats, dont il faut déterminer la nature, les attributions et le mode de nomination; le troisième, c'est le corps judiciaire (3). Or nous démontrerons, dans la suite, que l'ordre adopté ici par le philosophe reproduit exactement la division de la seconde partie de 1' 'Aôvjvaiwv iroXiTeia. En effet, l'auteur y traite d'abord du pouvoir législatif, c'est-à-dire du

(i) Comi. d'Ath., LVII, 3.

(2) Politique, VI, i3, i, i3oo, b, 24-

(3) Politique, Vï, 11, i, 1297, b» 38.

KT LOIUVRIS d'aBISTOTË 35

Conseil des Cinq Cents (chapitres XLIII-XLIX); puis du pouvoir nécDttf, c'est-à-dire des magistratures (chapitres L-LXII), qu'il distingue en magistratures conférées par le sort (chapitres Ij-LX), et en magistratures électives (chapitres LXI-LXII); et enfin du pouvoir judiciaire, c'est-à-dire de l'oi^anisation des tribnimux (chapitres LXIII à la fin du papyrus).

Ces rappi-ochements de textes, comme la plupart des comparaisons que nous ferons dans la suite de cette étude, donnent au lecteur l'impression très nette qu'en rédigeant la Politique, Aristote avait sous les yeux la seconde partie de la Constitution d'Athènes, et bien que l'on ne puisse rien établir d'assuré sur une impression, l'on est tout naturellement porté à faire bon marché des indications chronologiques, qui semblent y contredire.

Au conti'aire, la première partie de l'onvrage ne contient aucune date précise, et rien, par conséquent, n'empêche de la rapporter à une époque antérieure à la rédaction de la Politique ; or il semblerait bien plutôt que les jugements, portés par l'historien sur les hommes et les institutions d'Athènes, sont inspirés par les théories exposées par le philosophe- Dans la Politique , Aristote distingue les dilTérentes formes de la démocratie, et il définit ainsi celle dans luquelle la souveraineté appartient non plus à la loi, mais à la multitude : Ce sont alors les décrets populaires, et non plus la loi, qui décident. Ce changement s'opère sous l'influence des démagogues. En elFet, dans les démocraties, où la loi gouverne, il n'y a point de démagogues; ce sont les meilleurs citoyeus, qid ont la direction des affaires. Les démagogues ne se montrent que là où la loi a perdu la souveraineté. Unité politique formée d'une pluralité, le peuple devient un vrai monaixine; c'est la majorité qui règne, non pas individuellement, mais en corps... Dès que le peuple est seul maître, il prétend agir on monarque, et rejeter le joug de la loi; il devient despote; les flatteurs sont en honueur, et cette démagogie est à la démo-

cratie ce que la tyrannie est à la royauté. De part et d autre, même caractère, même oppression des bons citoyens; ici les décrets, là les ordres arbitraires ; entre le démagogue et le flatteur, même analogie ; tous deux, ils ont un très grand crédit, le flatteur sur le tyran, le démagogue sur le peuple. C'est lui qui est cause que la souveraineté des décrets est substituée à celle des lois, car il rapporte tout au peuple ; il grandit parce que le peuple est maître de tout, et parce que lui-même est maître de l'opinion populaire, et que la multitude lui obéit. Ceux qui accusent les magistrats disent que c'est lé peuple qui les doit juger ; et celui-ci acueille volontiers cette assignation, de sorte que tous les pouvoirs sont anéantis (i). Cette définition de la démagogie s'applique si exactement à la démocratie athénienne que les commentateurs l'ont considérée comme un tableau satirique de la situation politique d'Athènes au temps et surtout après la mort de Périclès. Or l'on en retrouve les principaux traits épars dans la première partie de la Constitution d'Athènes, lorsque l'auteur expoâe l'état des partis et les progrès de la démocratie pendant la guerre du Péloponèse. Par exemple, il constate qu'après la ruine de l'Aréopage, il se produisit, par la faute des démagogues, un certain relâchement dans la pratique des institutions. L'avènement de la démagogie, qui en fut la conséquence, était favorisé par l'aflaiblissement du parti modéré, épuisé par la guerre (2). Ailleurs, parlant de Périclès, l'historien remarque qu'avec lui la constitution devient encore plus démocratique, et cela, parce qu'il avait enlevé au Sénat de l'Aréopage quelques-unes des attributions qui lui restaient, et parce qu'il avait tourné l'ambition d'Athènes vers l'empire de la mer. Le peuple, enhardi par ses premiers succès, accapara peu à peu toute la souveraineté (3). Les démagogues, Qéon et Cléophon,

(i) Politique, VI, 4i 3. 1292, a, 4 et suivants. (ii) Const. d*Ath., XXVI, i.

(3) Comt (VAtK XXVII, i.

ET l'(kuvre d'aristotk 3^

sont jaR^s avec une très grande sévérité. A partir de Cléon, se succédèrent à la télé du peuple les démiigugues les plus audacieux et les pins empressés à gagner la faveur de la multitude, sans voir plus loin que l'intérêt présent (i). Enfin, dans le chapitre qui sert de résumé et de conclusion à la première partie de l" ouvrage, l'auteur déclare que, depuis le rétablissement du régime démocratique, le peuple s'est successivement emparé de toutes les prérogatives. Souverain dans l'Assemblée, il s'est rendu maître des tribunaux, et, pour n'être point éloigné des séances par les nécessités pressantes de la vie. il a fait payer sa présence aux délibérations, d'abord une, puis deux, et enfin trois oboles (a). Un autre rapprochement semblera peut-être encore plus frappant. Dans la Politique, .\j'istote, jugeant l'œuvre législative de Solon, dit qu'il passe pour un bon législateur parce qu'il délruisil l'oligarcbie, trop effrénée; qu'il mit lin à l'esclavage du peuple et établit la démocratie par une juste combinaison des institutions essentielles aux divers régîmes; en effet, le Sénat de l'Aréopage était un élément oligarcbîque ; le recrutement des magistratures par le choix (Tàç àp/,àî aîpETiî) représentait l'élément aristocratique; enfin le tribunal était démocratique. Il sentble que Solon conserva les institutions auparavant établies : le Sénat de l'Aréopage et le choix des magistRitures. mais qu'il créa la démocratie, en composant les tribunaux de tons les citoyens (3). Un peu plus bas, il ajoute : Solon n'avait accordé au peuple que la part indispensable de puissance, en soumettant le recrutement des magistrats à uij choix, et en les obligeant à rendre leurs comptes. En effet, sans ces deux pi-érogatives, le peuple est ou esclave ou hostile (4). Or, telles sont bien les ûmovations que l'auteur de

(1) Conat. d'Ath., XXVIII, 4 (a) Coitât. tTAth., XLI, 3. (3) FoUUqttt, II, 9, a, 1333, b, 35.

(O PoUtiqat, II, 9, 4, la:4, a, l5.

la Constitution d'Athènes attribue à Solon; et tel est aussi le jugement qu'il porte sur Tensemble de son œuvre. Bien que nous devions traiter plus bas, au cours de notre analyse, des chapitres dans lesquels sont exposées les réformes de Solon, il est indispensable, pour rendre plus lumineux ce rapprochement, d*en citer dès maintenant quelques passages. Uhistorien rappelle que le législateur appartenait au parti des modérés : «Solon, par sa naissance et sa réputation, comptait parmi les premiers des citoyens; par sa fortune et sa situation, il appartenait à la classe moyenne. Les autres témoignages s'accordent sur ce point; et lui-môme il le déclare dans les vers où il exhorte les riches à la modération» (i). Ailleurs, il explique que, parmi les mesures prises par Solon, les plus favorables aux progrès de la démocratie furent l'abolition de l'emprisonnement pour dettes, la faculté donnée à tout citoyen de poursuivre toutes les injustices commises, et surtout le droit d'en appeler au tribunal. « Car, maître du vote, le peuple devient maître de toute la constitution » (2). Plus loin, l'auteur raconte que Solon, importuné par les reproches qui lui étaient adressés au sujet de sa constitution, fut obligé de quitter Athènes. Les deux partis lui étaieut hostiles, parce qu'il s'était, par modération et par souci de l'intérêt public, refusé à favoriser leurs rancunes et leurs ambitions. En même temps, il s'était, par Tabolitiou des dettes, aliéné beaucoup de nobles; les deux partis avaient changé d'attitude à son égard, parce que sa constitution n'avait pas répondu à leur attente; le peuple avait cru que Solon ferait un partage de toutes les terres ; les nobles s'étaient imaginé qu'il leur rendrait les institutions du passé... Mais lui s'était opposé aux deux partis, et, alors qu'il eût pu, avec l'appui de l'un ou de l'autre, usurper la tyrannie, il avait

(I) Conat d'Ath., V, 3.

(a) Conat. d*Ath,, IX, i et a.

ET l'œuvre d'aristote 3g

prt-réit?, au prix de la haine de tous deux, sauver sa pairie et rédiger les meilleui-es lois (i).

L'impression que l'on reçoit de ces comparaisons, et qui est tout opposée à celle que donnaient les précédents rapprocbements, ne doit pas nous induire en erreur. Elle s'explique, en effet, par la nature même des sujets. Dans la seconde partie de T 'A5r|Vai(uv Tto).iT£[a, l'historien énumère les magistratures athéniennes, en analyse le niécanisnie, en démontre le jeu; nous trouvons là, exposés en tous leurs détails, les faits qui forment la base réelle et solide du système édifié dans la Politique. et qu'il sullit au philosophe de résumer ou de rappeler dans de rapides allusions. 11 semble donc que ce tableau ait chi'o- Qologiquement précédé la Politique. Dans la première partie de l'ouvrage , au contraire , l'auteur l'aconte les révolutions , qui s'accomplirent à Athènes, depuis la fondation de la cité, jusqu'à la restauration de la démocratie après l'expulsion des Trente. Il ne fait pas seulement œuvre d'historien, mais aussi de critique : il juge les hommes et les institutions. Or, ces jugements, ainsi épai's dans le récit, sont les mêmes qui, dans la PoUtiqucy sont réunis en un corps de doctrines, énoncés en des formules générales, qui des faits dégagent la loi. Toute la différence est dans la forme, là discursive, ici systématique. Il semble, à première vue, que l'iûstorien ait délié le faisceau, si étroitement noué par le philosophe. Mais ce n'est là qu'une illusion. C'est bien plutôt le philosophe, qui a réuni en une puissante synthèse les appréciations isolées de l'historien. Si distincts que soient les caractères des deux parties qui compo.sent la Constilizlion (/'.4/A('nes, si différent aussi qu'en soit le contenu, il ne semble pas douteux qu'elles ne soient contemporaines, et que l'ouvrage n'ait une parfaite unité.

L"A(iT|Vai(uv ■Koh-:dii, comme les parties authentiques du Uecueil

(I) Conêt. iFAtli., XI, a.

4o LA « CONSTITUTION D'ATHÈNES »

des IIoXiTsïat, est antérieure à la Politique^ c'est-à-dire à Tannée 334. Nous n'avons aucune raison de récuser Aristote, qui en témoigne lui-même, à la fin de VEthique à Nicomaque (i). Or il avait commencé à exposer son système dès 34o. Les Constitutions authentiques furent donc vraisemblablement rédigées entre les années 344 et 335. Le philosophe, qui devait revenir à Athènes et y ouvrir son école en 335, était alors en Macédoine, où il avait été appelé par le roi Philippe, pour y être le précepteur de son fils Alexandre. Mais il ne semble pas avoir employé tout son temps à l'éducation du prince. Il avait, en effet, fondé, dans le Nùficpaiov de Mieza, une école semblable à V Académie d'Athènes, avec des allées d'arbres et des bancs dé pierre, que Ton montrait encore au temps de Plutarque. Il est vraisemblable que, devant ses disciples et surtout dans les leçons qu'il donnait à son royal élève, Aristote ait enseigné la Politique, comme il devait le faire, quelques années plus tard, dans le Lycée, et que dès lors il ait au moins commencé à former le Recueil de ses Constitutions, Il semble, d'ailleurs, avoir été, durant cette période de sa vie, mêlé aux affaires, et s'être, par conséquent, préparé par la pratique à découvrir et à démontrer les principes de cette science. C'est ainsi qu'il rendit auprès de Philippe des services aux Athéniens, dont il fut en quelque sorte un agent diplomatique. Il demeura quelque temps à Stagire, qui avait été prise et ruinée par Philippe durant la guerre d'Olynthe. Avec l'assentiment du roi, il entreprit et dirigea la restauration de la cité. Il rappela les habitants dispersés, rédigea une constitution, et promulgua des décrets touchant les droits réciproques de l'ancienne population et des nouveaux colons. Sans doute il échoua et les intrigues de ses rivaux empêchèrent le rétablissement complet de la cité. Tels furent cependant les bienfaits de son inter-

(i) Ethique à Nicomaque, X, 9, ao, ii8t, a, la; X, 9, aa, 1181, b, i3.

ET LŒUVRK D ARISTOTE 4^

veiition qne les habitants de Stagire en perpétuèrent le souvenir par une fôte iinnuelle (i). Une constitution ne s'imppovise pas. L'œuvre du législateur n'est utile et durable que si elle est fondée sur une expérience consommée des hommes et des institutions. Aristote, qui fut toujours historien en même temps que philosophe, et qui. dans l'exposé de son propre système, n'énonce jamais ses idées personnelles, sans avoir analysé et critiqué les théories de ses devanciers, afin d'en extraire la part de vérité contenue en chacune d'elles, avait dû, avant d'établir le texte de sa constitution, étudier les révolutions, les lois et les coutumes des cités les mieux régies et les mieux policées. Peut-être son entreprise législative

(i) Les bio|;rBphea HDODymes d'Aristote coDsidèrent cette entreprise Upslativc comme contempa raine, noQ de Philippe, mats d'Alexandre. Sx eodice Mareiano aS; : Ty^v te yip eiutoû itaipLoa SriyEiia KaTaaxct3<EÎTG[v

>ùt'7, xx-tiSiSovcci. Cf, dans une autre biographie ex eodem. eodice :

'Otl 5è XOtl XOIVV, TtoXXoÙç Elj ÈtUOITiOE, St^XoÎ X3i\ TO TÏ|V T|7)V STOLfeiaiUV

Tiiliv xaTJtrxaçftEÏoav itEitlEiv tov 'AXÉ;nv3(iov aiftiç xtiÇeiv, . , Cf la Vila laliita : • Quod autem et communiter benefeclt multis. demouslral illud qnod eivitalf m suam Stagirain dirutiiro prins a Philippo indaxit Atexandram regem llerum rei^dillcHre et regjoncm aliam ipsi Iradin. Mais il n'est pas vraisemblable ^D'Alexandre se soit, durant la conquête de l'Asie, prëocca[>é de réédilicr les cités rasées par son père. Aristote, d'aillears, s'établit à Athènes, dés qu'Alexandre quitta la Macédoine, et aucun monument n'aulorise â croire qu'il abandonna son école, pour aller relever Stagire.

Il est curieux que certains commentateurs aienl cru qu'Ariatole avait pu rédiger sa n^XiTEicùv •j\i<i:tyuiff,, parce qu'il avait accompagné Alexandre dans son expédition en Asie lÈliai. in Porpfi. U. 9, b. ï6 : (E'[-^a\i,^i.itai Si aùtâ Elut xat TtoXiTEÏai Biaxoaini xevTyjxovTa tôv àpiû[i,iv, ïç n'jvcyfi'^iiia tx toÙ ioX1t,v yy^v itîpiiXSEÏv dùv 'AXEçivSprji Tia patrtXEÎj. Mais noua ne savons pas qu' Aristote ait quitté Athènes entre les années 335 et 3a3. Il passe même pour avoir composé, durant cette période un DEpi ^g[tiàel3; el un 'AXÉ^avSpg; 7, ùic'Ep 37I01XIIÛV, qui semblent avoir été des dialogues, dans lesquels il conseillait Alexandre sur la manière de gouverner son nouvel empire cl sur les relations qu'il eonvenail d'établir entre les Hellènes et les Asiatiques. Si, d'ailleurs, la Politique a vraiment été écrite en 334, '<' Hecaeil de rloXiTeili devait être commencé depuis longtemps déjà. L'anonyme du Codex Parisina» ifl'Jg pense qn' .Aristote l'a composé alin d'éclairer Alexandre, obligé, pour organiser sa conquête, de fonder des cités <p. 5i, a : h ;xiv ^àp 'ApiffTOTiXif|ï ffuviiiv xai 'AXs(iïEpi;i tiÔ xti'ittij îioXiTEfaç XÉfirai \t.ix' bÙtoù 'RipiiXOtiv, luv àvEYpi^cto TDv p-ov xaxà btoi/eÏov. . .) Cette hypothèse n'est pas plus vraisemblable que In précédente.

43 LA « CONSTITUTION d'aTHÈNKS »

a-t-elle été l'une des causes qui ront déterminé à former le Recueil des Constitutions; en tout cas, elle nous induit à croire que la rédaction en doit être rapportée à son séjour en Macédoine.

Si la Constitution d'Athènes fut composée à Pella ou à Mieza, Ton peut supposer avec quelque vraisemblance qu'Aristote commença la révision de son ouvrage après s'être établi à Athènes et avoir ouvert son école du Lycée. La Politique était déjà rédigée, et les théories professées dans ce traité ne laisseraient pas que d'avoir influé sur les appréciations formulées par l'historien. En publiant ce livre, dans lequel était racontée l'histoire de la démocratie, et expliqué le fonctionnement des magistratures athéniennes, Aristote chercha sans doute à se concilier, la bienveillance du peuple, qui ne se préoccupait point de pénétrer le sens de la philosophie nouvelle, mais de reconquérir son indépendance perdue, et pour qui le fondateur du Lycée n'était que le précepteur d'Alexandre, l'ami et le correspondant d'Antipater, par conséquent l'ennemi des Grecs. Pour donner à croire que son dessein ^vait été d'élever un monument à la gloire d'Athènes et que son livre était récent, il devait y faire mention des événements survenus depuis qu'il l'avait rédigé pour la première fois. Ainsi s'expliqueraient la mention de l'archonte Géphisophon et la désignation de la galère Salaminia par le nom d'Ammon. Peut-être même que, sans démentir ses préférences avouées ni se départir de son impartialité, le théoricien de la Politique, si sévère pour la démagogie, jugea avec plus d'indulgence les hommes et les institutions de la démocratie athénienne.

Cette révision avait été commencée par le philosophe durant les dernières années de sa vie. Ni les événements ni la mort ne lui permirent de l'achever. La guerre lamiaque, qui devait se terminer par la défaite des Grecs, l'occupation d'Athènes, le suicide de Démosthènes et l'exécution d'Hypéride, raviva les

ET I.'tKUVHK d'aRISTOTK ^3

rancunes contre le TauiDier d'Antipatcr. Accusé par Eurymédon el Déinophile. qui lui reprochaient comme une impiété d'avoir composé un hymne en l'honneur d'Herraéias. tyran d'Atarne, Aristole dut s'enfuir et se retirer à Chalcis. Il espérait, sans doute, revenir dans sa patrie d'adoption, qui, en dépit de la conquête, restait à ses yeux le foyer philosophique et littéraire de la Grèce. Mais il mourut au lendemain de la bataille de Grannon. Ce furent donc ses disciples qui publièrent la Constitution d'Athènes, et ainsi il se peut que nous reprochions au maître des fautes commises par les élèves et aggravées dans la suite par des copistes maladroits on des correcteurs ignorants. Nul doute, en effet, que l'ouvrag'e n'ait été interpolé , la pensée de l'auteur dénaturée, et la vérité altérée.

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