‹ La "Constitution d'Athènes" et l'œuvre d'AristoteChapitre 5 sur 47 · LES OUVRAGES DITS EXOTÉRIQUES · texte numérisé non relu

LES OUVRAGES DITS EXOTÉRIQUES

La Constitution d'Athènes a sa place marquée dans l'œuvre d'Aristote. Doit-elle être classée parmi les ouvrages désignés par le nom à*exotériques (eÇcoTepixol X6-(oi)?

Cette épithète, dont il importe tout d'abord de préciser le sens, a été employée par Aristote lui-même, par Cicéron, et, après lui, par tous les critiques anciens. Suivant Cicéron, dont cette distinction ne s'applique, d'ailleurs, qu'aux livres qui ont pour objet la définition du souverain bien, les œuvres exotériques auraient été destinées par le philosophe à répandre et vulgariser sa doctrine; elles devaient, par conséquent, être accessibles à un grand . nombre de lecteurs et revêtir une forme plus littéraire. C'est par là qu'elles différaient des ouvrages didactiques ou XIpaYfAaTeTai, véritables mémoires ou traités, résumés et notes de cours, réservés à Pinstruction d'un petit nombre d'élèves (i).

(i) De tinibus, Y, 5, m : « De summo autem bono, quia. duo gênera librorum sunt, unum populariter scriptum, quod e^a)Tepix6v appellabant, alterum limatius. quod in commentariis reliqucrunt, non semper idem dicere videntur, nec in summa tamen ipsa aut varietas est ulla, apud hos quidem quos nominavi, aut inter ipsos dissensio. » Bien entendu, le mot limatius s'applique ici, non à la forme, mais au fond même des traités. Ces ouvrages exotériques sont les mêmes dont Cicéron dit, en un autre endroit, qu'ils étaient précédés de préambules : ad Atticum, IV, x6 : «... Quoniam in singulis libris utor prooemiis, ut Aristoteles in eis quos è^cDTspixouç vocat. » C'est vraisemblablement aux Dialogues d' Aristote que Cicéron fait ici allusion.

LA « CONSTITUTION D ATHENES », ETC. aj

Si cette interprétation était exacte, le mot exotériqne ne pourrait s'appliquer à la Constitution d'Athènes. Le Recueil des noXiTElut fut, sans doute, publié (t); mais ce n'était point seulement un ouTrage de vulgarisation; il avait été composé pour l'école péripatéticienne , puisque nous savons , par Aristote lui-même, que l'étude du droit constitutionnel devait suppléer pour ses disciples à la pratique des affaires publiques, et les préparer aux spéculations de la Politique théorique. Mais tel ne paraît pas être le sens qu'Arîstote attribuait au mot exotériqae. Dans celles des œuvres du philosophe, qui nous ont été conservées, il y a huit passages, où il est parlé d'È^wTEoiKoi Xi-fm. Deux sont, il est vrai, dans l'Ethique à Eudème, et l'on sait que ce traité ne doit pas être attribué à Aristote Ini-nièine; mais il est l'exacte expression de sa pensée, et, pour résoudre eelte question, il fait autorité. De tous ces textes, sept seiiihlent désigner quelque livre inconnu, distinct de rou\Tage auquel ils appartiennent (a). Le huitième, contenu dans la Physique. est le plus intéressant, parce qu'il peut nous conduire à une déCnition précise.

Dans le IV* livre de ce traité, Aristote étudie l'espace, le vide et le temps. Il aborde , en ces termes , les questions relatives au temps : « Ce qui vient d'être dit nous amène à traiter du temps. Il convient tout d'abord d'en débattre par le moyen d'une discussion exotériqne (SiairosTinit ^te^I aJtciC nal 8ii ÉScuTEjixiûv ÀÔYu)v), de déterminer s'il est ou s'il n'est pas une réalité, puis quelle en est la nature. S'il n'existe pas du tout, ou s'il existe à peine et à l'état indistinct, peut-être ponrra-

(i) Noua établiroQs. dans la suite de celte étude, qnc CIcêron connaissait sÎDOn la PoUtique, au moins les ll9)riTEixi. Voir de Finlbu«. V, ', : • ... OuHliuia fere civitalum non Graeciae solum sed etL.1111 liurbnriiit' iil> Arislolele mores. Instilula, disciplinas, a Tbeophraslo le^i's ctiom rogiiovimus. ■ Cf. encore de Legibu», IIl. 6, (4.

(1) Tel est le cas des deux passages de la PoUliqae dans lesquels il ['<it question d'iÇioTepixol Ufoi : lII. 4, 4, iv^. b. 3a; IV, i, j, i3a3. a. aa (éd. F. SUMmUd).

t-on le démêler par là » (i). Alors, sur la première question : « le temps a-t-il ou n'a-t-il pas de réalité ?» il résout plusieurs de ces difficultés, désignées par le mot aTroptai, dont l'idée est impliquée dans le verbe 8ia7ropT|<7ai. 11 passe ensuite à la seconde question : « quelle est la nature du temps » ? (2) Il se pose alors à lui-même une nouvelle série de problèmes (aTcopiai), et, quand il les a résolus, il poursuit ainsi : « Que le temps ne soit pas le mouvement et qu'il ne puisse être conçu sans mouvement, cela est évident. Mais puisque nous recherchons quelle en est la nature , il nous faut commencer par déterminer en quoi il participe du mouvement» (3). Cette nouvelle question élucidée, il conclut enfin par cette définition : « Le temps est manifestement le nombre du mouvement et exprime la relation de ce qui est postérieur avec ce qui est antérieur ; il est continu, étant le nombre d'un mouvement continu» (4). N'est-il pas certain que, dans ce passage, les mots eçwTepixot Xdyoi désignent les discussions dialectiques, par lesquelles Aristote, démêlant toutes les difficultés, dont est enveloppée la question, parvient à affirmer l'existence et à préciser la nature du temps? Suivant la très juste distinction de Grote (5), qui se réfère au Ilepi ^evéereo); xal (p6opa; (6), les discours exotériques ont pour matière la discussion (t6 SiaTropeTv) ; le traité lui-même a pour objet la définition (to Siopt^eiv). Cette discussion est la dialectique, dont les dialogues platoniciens nous offrent des exemples et des modèles, et dont Aristote lui-même a formulé les règles dans le traité des Topiques, Elle est distincte de la philosophie ; mais elle en est l'auxi-

(i) Physique, IV, 10, 317, b, 219 (éd. C. PrantL). (a) Physique, IV, 10, a 18, a, 3o.

(3) Physique, IV, 11, aig, a, i.

(4) Physique, IV, 11, aao, a, ai^.

(5) Grote. Aristotle (London. Murray. i883).

(6) I, 3, 317, b, i3. Grote signale la même opposition dans VEihique à Eudème, I, 8, lai^, b, 16.

ET l'œuvre h'ahistote a5

liaire. Emule de l'iaton, Aristotc lient à se montrer habile dialecticien, en si^^atant et en résolvant toutes les dilïicultés que soulève sa doctrine (i). En résumé, le mot exotériqae ne désigne pas nécessairement une œuvre distincte du traité lui -môme. Aristote entend par là une discussion dialectique et critique, contenue soit dans son livre, soit dans un autre ouvrage, peu importe même qu'il en soit ou non l'autenr; soit môme une conversation engagée avec ses disciples, et du résumé de laquelle il n'a pas voulu embarrasser son développement.

La Constitution d'Athènes et, en général, les IIoIiteÎh, ne peuvent donc ôtre classées parmi les ouvrages exotériqaes. Elles étaient sans doute indispensables aux disciples d' Aristote, pour comprendre par l'étude critique de quelles institutions et de quelles lois il était parvenu à découvrir et à déQnir les principes de la science politique; et, pour les lecteure modernes,

/ la Conslitation d'Athènes et les fragments des Constitutions

I perdues restent le plus utile commentaire de la Politique: le

lien est cependant plus lâche entre le récit des révolutions

\ politiques accomplies dans les cités grecques ou barbares, et la recherche de la meilleure forme de gouvernement, ([u'entre la définition d'un pnncipe métajihysique et la discussion des diflicultés qui l'obscurcissent, ou des objections qu'on lui oppose.

(i) Démontrant rulilité des Topiques, Arislole dit (loo, b, 3i) : XpjatpiOï ■J; :tpaLY(utTiia. . . Flpbî àï làî xaxx ipiiîitrosLav £TtitrtT||iaî, on Buvî[j.ivot ■jipiç ajjnfiiTEfa oiJTtûfTjdai pïov Év Ixi^TToiî xa^a'^i^ibi tilïiSÉ; tt xal

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